jeudi 3 décembre 2009

"Le Sabre de sang" de Thomas Geha

C’est sur un champ de bataille que Tiric Sherna le shao découvre la supériorité militaire des qivhiens, ennemis reptiliens que les sept royaumes, faute de s’être alliés, n’ont pas su combattre.
Comme il est d’usage, les prisonniers sont enchainés pour être amenés à Ferza, la capitale qivhienne, et tant pis pour ceux qui mourront en cours de route. Les survivants seront esclaves. Durant le long et pénible trajet, Tiric se lie d’amitié avec celui dont il partage les chaînes, Kardelj. Tous deux sont de solides guerriers, ils seront donc vendus facilement quoique séparément. D’autant plus facilement que Zua Lazpoa, première dame auprès de l’Impératrice et son héritière, a perçu l’insolence indomptable de Tiric. C’est donc à juste titre qu’elle le pense capable de l’emporter dans les jeux de l’arène sur le champion de sa rivale auprès du trône.
Malheureusement, ou heureusement, Tiric et Kardelj vont se retrouver face-à-face et refuser le combat. L’impératrice va donc les obliger à affronter plusieurs combattants assistés de trois monstrueuses araignées cuirassées.
Si improbable que ce soit, ils en seront vainqueurs et donc jetés dans un cachot où ils trouveront un vieillard à demi-fou qui a aussi encouru le déplaisir de l’impératrice.
Mais Zua Lazpoa ne l’entend pas ainsi. On ne perd pas un pareil esclave de bon cœur quand il pourrait faire bien davantage, assassiner l’impératrice pour lui permettre de le remplacer, par exemple. Elle va donc les faire évader tous trois et, guidés par une servante dont le sacrifice est prévu, leur permettre de réussir.
En fin de compte, elle prendra donc le pouvoir mais ni Tiric, ni Kardelj ne l’auront attendue et, aidés par Karhzoa, la servante à laquelle ils ont promis la vie sauve, ils s’enfuiront vers Cauzyr non sans rencontrer pas mal de dangers.
Ils y trouveront un havre de paix dans le domaine d’Apêo, le prisonnier qui les accompagnait et reprendra son métier de forgeron. Hélas Tiric, en découvrant d’où celui-ci tient les étranges pouvoirs d’une de ses mains et pourquoi il a perdu la raison, découvrira aussi le sabre qu’il a forgé, l’arme idéale pour reconquérir la puissance du royaume shao en le délivrant des qivhiens. Le Sabre de Sang. Tant pis pour Apêo mais aussi pour Kardelj et Karhzoa qui avaient réussi pour leur propre compte une improbable union des shaos et des qivhiens.
Le premier tome d’une fantasy très « combattante », sans aucun temps mort et pleine d’idées sous une belle couverture due au talent de Catherine Le Carrer.
Le deuxième tome, L’Histoire de Kardelj Abaskar, est annoncée pour mars 2011.

--Hélène


Éditions Critic
251 pages – 18 €
ISBN : 978-2-9534998-0-3

mardi 1 décembre 2009

"L'exilé de Ta-Shima - II" d’Adriana Lorusso

L'ambassadeur Extramondin Rasser a enfin obtenu de pouvoir « passer le pont », et même visiter Ta-Shima, sous escorte bien sûr. Sa pieuse première épouse, qui considère les Ta-Shimoda comme des barbares sans rédemption possible, refuse de l'accompagner. Sa malheureuse seconde épouse, toutefois, qui prend plaisir à bavarder dans leur langue avec les A-six de la maison, et qui a d'ailleurs eu le bon sens de leur demander comment il lui faudrait se vêtir, décide de venir avec lui. Quant à Arsel, la fille de l'ambassadeur, elle est convaincue qu'en le fréquentant davantage elle pourra séduire le shiro Oda Huang, qui leur servira de guide.
Mais c'est le jeune shiro Rinvar Johnson qui obéit non sans répugnance à l'invitation sexuelle explicite qu'il a perçue dans le comportement de la jeune fille « grosse comme un cheval, aux cheveux jaunasses », avec une cascade de conséquences pour la plupart imprévisibles,
Le climat de la planète comme son organisation sociale sont familiers aux lecteurs du premier tome. Il est donc logique que ce nouvel opus soit focalisé sur les « étrangers », les « barbares », et leurs relations avec ces « humains normaux » que sont les Ta-Shimoda. La critique de ces conventions irrationnelles mais fanatiques qui régissent les relations inter-personnelles, notamment sur le plan sexuel, ne manque ni de vigueur ni d'humour. On ne peut guère lui reprocher que d'être trop appuyée.
C'est d'ailleurs une remarque qui s'adresse à l'ensemble du roman, qui comporte trop de longueurs et de redites pour s'avérer aussi passionnant que son prédécesseur. Par ailleurs, certaines idées prometteuses tournent court sans qu'on sache pourquoi : au moins deux Extramondins découvrent la vérité sur les manipulations génétiques des Jestak. Il est surprenant que personne n'approfondisse les recherches de l'un d'entre eux, qui pourraient justifier une invasion, voire même une annihilation, de la planète.
On peut regretter aussi de ne pas du tout voir Rinvar sur Neudachren. Enfin la conclusion, pas du tout préparée pour le lecteur, semble artificielle et parachutée.
En revanche, après les révélations contenues dans la dernière partie de Ta-Shima quant aux relations entre shiro et A-six, il est très intéressant de voir comment l'auteure les pousse à leur limite, pour tester les conséquences de cette soumission sans question possible à une injonction inconsciente. Il est d'ailleurs fascinant de voir comment les seuls personnages qui testent véritablement ces limites sont des Ta-Shimoda hors normes, du fait de leur histoire personnelle (Suvaïdar, élevée par des A-six bien au-delà de la norme habituelle) ou familiale (Tarr).

--Mureliane


Éditions Bragelonne

lundi 30 novembre 2009

"Tøøns" de Roland C. Wagner

Dans les années 80, Roland C. Wagner a certainement initié nombre de jeunes rôlistes aux littératures de l’imaginaire à travers ses passionnantes chroniques dans Casus Belli. C’est en tout cas mon cas et je lui en suis intensément reconnaissant. Avant d’être l’un des auteurs de SF français les plus reconnus, Wagner est avant tout un fan de SF et un immense connaisseur du genre. Un peu à l’image d’un Gibert Gallerne (Gilles Bergal au Fleuve Noir), journaliste dans la somptueuse revue de BD Fantastyk et aujourd’hui auteur de thrillers à succès.
La carrière d’écrivain de Wagner commença à la même époque dans la mythique collection « Anticipation » du Fleuve, essentiellement composée d’auteurs français, rappelons-le. De véritables romanciers populaires, parfois décriés (le méprisé, et pourtant grand professionnel quoiqu’on en pense, Maurice Limat), parfois respectés (Brussolo, G. J Arnaud...), qui, en tout cas, avaient presque tous l’immense mérite de savoir conter une histoire en s’efforçant de ne jamais faire bailler le lecteur. Roland C. Wagner fut l’un d’eux avec des romans souvent inventifs et pleins d’humour. Il collabora même quelques années plus tard avec Jimmy Gieu sous le nom de plume de Richard Wolfram.
Romancier populaire, oui, mais aussi créateur d’univers déjantés pleins d’idées aussi folles que brillantes. Dès son premier bouquin (Le Serpent d’Angoisse, sans doute collector aujourd’hui), Roland Wagner a posé les bases thématiques de son œuvre, avec notamment ce fantastique concept de psychosphère, sorte de dimension parallèle nourrie de notre inconscient collectif. Dès ses débuts, aussi, Wagner s’est intéressé au polar (le dictionnaire de Claude Mesplède nous apprend qu’il aurait commencé par essuyer des refus dans le genre avant d’aborder la SF). Comme de juste, et comme d’autres avant lui, il s’est vite amusé à mêler les deux genres, qui s’y prêtent d’ailleurs très bien. Cette fusion a abouti à sa célèbre série des Futurs Mystères de Paris (titre hommage à Léo Malet), née chez le Fleuve et aujourd’hui rééditée à l’Atalante.
Tøøns est le sixième volume d’une série de neuf (pour l’instant). Cette fois, le détective mutant Tem (alias Temple Sacré de l’Aube Radieuse !) « transparent » (les rares qui le remarquent l’oublient aussitôt), toujours aidé par des « fées » virtuelles qui n’ont pas leur langue dans la poche, est confronté à une invasion de créatures issues des cartoons ! On croise même Titi au détour d’un chapitre... Reprenant le concept génial de Qui veut la peau de Roger Rabbit, adapté à sa sauce de façon très cohérente, psychosphère incluse, Roland C. Wagner déploie tout son humour et toute son imagination dans cette histoire quelque peu abracadabrante. Comme d’habitude, l’auteur maîtrise les codes du roman policier et trousse une enquête assez intéressante où un kangourou cartoonesque (magnifique sur la couverture de Caza) dérobe les exemplaires d’un vieux roman de SF écrit par le grand-père de Tem (ce qui nous vaut quelques clins d’œil rigolos au petit monde de la SF). Pour nos intrépides héros, ce n’est là que le début d’une sinistre machination qui pourrait bien changer leur vie, voire la face d’un monde déjà bien barge en temps normal. Regrettons quand même que le Paris futur soit au final peu décrit. Vraiment dommage quand on lit le titre de la série et quand on pense au génial Paris des Nestor Burma de Malet. Cela ne semble curieusement pas vraiment intéresser Wagner qui a, c’est vrai, fort à faire avec ses créatures très originales. N’empêche, Tem est aussi sympathique et drôle que Burma, ce qui n’est pas peu dire. Tout comme ses comparses, d’ailleurs.
Trois nouvelles s’ajoutent à cet agréable roman. La première, excellente, tourne autour de la disparition du Sacré Coeur ! La seconde, carrément complémentaire du roman Tøøns, est un peu trop longue, malgré une superbe idée de singe mutant prophète d’une nouvelle religion. Quand on vous dit que les gens sont prêts à croire n’importe quoi… Dommage qu’un Terminator-like, le cyberninja, voit ses scènes d’action traitées par-dessus la jambe. Bon, c’est un choix aussi respectable qu’un autre : l’action ne semble vraiment pas la priorité de Wagner.
La troisième nouvelle se révèle être une bonne enquête, intéressante sans être passionnante, à l’image de Tøøns dans son ensemble. Ce qui ne l’empêche pas d’être un bon bouquin.

--Patryck Ficini


Éditions l’Atalante
380 pages – 16 €
ISBN 978-2-84172-485-7

dimanche 29 novembre 2009

"Dragons d'une aube de printemps - Chroniques de Dragonlance III" de Weis & Hickman

Voilà, j'ai refermé le dernier tome des Chroniques de Dragonlance.
Avant toute chose, un petit rappel s'impose : les héros de la Dragonlance forme une sorte de famille autour du vieux Flint bourru, une fratrie désassortie qui se distend au fil des épreuves. Il y a les jumeaux Raistlin et Caramon, Tanis le demi-elfe, Tass l'insouciant...
Si le tome 2 nous avait beaucoup fait voyager, mettant en scène les figures de la Chevalerie ou Gilthanas, le frère de l'elfe Laurana, et son amour pour un délicieux dragon d'argent, ce tome-ci est plus confidentiel, se composant autour du petit groupe de héros.
La première partie va donc nous faire vivre un tournant décisif de la guerre : le camp des "gentils" a repris espoir. Les dragons du bien sont entrés en scène ; Laurana, l'elfe insouciante devenue guerrière, prend le titre de Général doré à la tête des armées. Et c'est là que l'on retourne à l'individu, grain de poussière dont chaque action va influer sur le monde.
Laurana, amoureusement naïve, va se laisser piéger par Kitiara, son reflet maléfique : l'elfe blonde et l'humaine brune, toutes deux éprises de Tanis, toutes deux femmes de pouvoir.
Tanis, Caramon, Tass et Flint, accompagnés de la rousse Tika (à croire que chaque femme a sa couleur), vont laisser derrière eux Lunedor et Rivebise, le couple de barbares, pour partir libérer Laurana tout en essayant de percer le mystère de Berem, l'homme éternel qui semble un enjeu majeur dans la guerre qui fait rage.
Dans la famille adoptive, chaque membre suit donc désormais son chemin, Raistlin partant le premier dans une voie très personnelle.
Finalement, ce troisième tome, tout en nous conduisant vers la fin de cette guerre commencée en automne, ressemble beaucoup à l'envol des oiseaux hors du nid : Tanis va devoir mûrir, Caramon devra trouver son individualité...
Car, si la Dragonlance a bien une qualité, c'est celle de ne pas être répétitive : chaque saison est vécue pleinement, différemment.
Cette trilogie ne peut donc pas se lire comme trois romans indépendants : si vous tenez ce tome entre les mains, c'est que les deux précédents vous auront suffisamment séduits.
Si vous avez aimé le souffle de l'aventure des épisodes précédents, vous ne devriez pas être déçus.
Un regret cependant : même si le monde de Krynn représente une équipe de plusieurs auteurs, et donc la perspective de plusieurs livres, on peut déplorer que l'histoire de Raistlin, fondamentale dans le déroulé de l'intrigue, ne soit qu'à peine évoquée (car le sombre personnage sera le grand absent cette fois-ci). C'était sans doute souhaitable en terme de marketing, pour vendre ensuite d'autres aventures, mais ça laisse une impression d'inachevé quand on referme le bouquin.
Donc la fin de l'histoire vous attend, fin nuancée puisqu'elle s'ouvre sur de nouveaux horizons, nos personnages n'étant qu'à un tournant de leur existence et certainement pas déjà prêts à rentrer chez eux pour se marier et faire beaucoup d'enfants.

-- Sybille

Traduit par Aude Carlier
Milady
ISBN : 978-2-8112-0029-9
21,50 €

Article paru initialement le 18/12/08. La version poche vient de paraître : ISBN 978-2-8112-0215-6, 8 €.

"Liberclic" de Serge Cintrat

Irwin est un grand criminel. Arrêté et condamné, on lui donne une chance de rédemption grâce au programme « Punition et Réhabilitation » consistant à rester rivé devant un écran d’ordinateur et incarner un personnage virtuel plusieurs décennies durant. Irwin aura tout le temps de se demander quelle est sa véritable place dans ce miroir aux alouettes pénitentiaire et si Ernesto, son alter ego informatique, est aussi virtuel qu’il paraît.
Cette nouvelle, publiée individuellement dans un mini format (10,5 x14,5 cm), est l’une de la « collection Vagabonde » de Souffle du Rêve, une petite maison d’édition créée par Bernard Henninger. Je ne sais pas ce qu’il en est des grands formats de cet éditeur (un roman, une bd et un recueil de poésie) mais, concernant l’ouvrage qui nous intéresse, on est plus proche du fanzine peu soigné que de l’éditeur un minimum professionnel : massicotage approximatif, illustration kitsch conçue main (merci les logiciels de traitement d’images), impression parfois baveuse.
Pour ne rien arranger, le ramage se rapporte au plumage : l’histoire est incroyablement quelconque. Si le néologisme maladroit du titre ne laissait rien présager de bon, ce récit cotonneux tant sur le fond que sur la forme nous confirme rapidement qu’on n’est pas tombé sur le texte de l’année. L’auteur a une marque de fabrique assez étrange : il consacre tous ses efforts à rester nébuleux et imprécis jusqu’à point final. Ainsi on ne sait pas pour quel crime Irwin est condamné, ses quarante ans d’enfermement passent en une ellipse, personnages et société demeurent vides de descriptions et points de repères, etc... L’encéphalogramme plat pendant les trente minutes que dure la lecture.
Cela étant il est peu probable que beaucoup de lecteurs potentiels parviennent de prime abord à adhérer au prix irréaliste de l’ouvrage.

-- Michaël F.

Éditions Souffle du rêve
22 pages - 2,80 €

mardi 17 novembre 2009

"La Griffe du demi-dieu – Le livre du Nouveau Soleil II" de Gene Wolfe

Au cours de son voyage vers Thrax, Sévérian s’est arrêté à Saltus en compagnie de Jonas. À la demande de l’alcade, il s’apprête à procéder à l’exécution de Morwenna, accusée par la vieille Eusébie d’avoir tué enfant et mari, et du brigand Barnoch qui a été emmuré quelque temps plus tôt.
Le tout se déroulant dans une atmosphère de liesse puisque l’alcade a organisé une foire à l’occasion de l’évènement, au milieu d’une telle foule que le jeune homme, qui a cru y voir Dorcas, ne la retrouve plus mais, par contre, donne les moyens de se libérer à l’homme vert enchainé dans une tente par un montreur de curiosités.
Or voici qu’une lettre de Thècle lui est remise. Elle n’est donc pas morte ? Sévérian, en se précipitant au rendez-vous qu’elle lui donne, y trouvera l’inattendu et, un court instant, la belle Aghia, bien décidée à le tuer.
À peine tiré de ce danger, il sera fait prisonnier et amené dans la forêt auprès de Vodalus, seigneur nécrophage et rebelle, qu’il a sauvé autrefois et acceptera de se faire son messager auprès de l’autarque. Il ne ressortira cependant pas indemne de l’expérience.
Et c’est arrivé au Manoir Absolu qu’il retrouvera la troupe du Dr Talos, sa chère Dorcas, Baldanders et Jolenta, avant de reprendre sa route, après avoir joué un spectacle devant l’autarque mais avec, cette fois, un nouveau but.
Ce deuxième tome du Livre du Nouveau Soleil est donc consacré au voyage entre Saltus et la ville de pierre qui se trouve sur le chemin de Thrax.
Entre temps, Sévérian trouvera l’occasion de lire à ses compagnons, en même temps qu’à nous, des contes de son petit livre brun comme celui de l’Étudiant et de son Fils.
Il y a, dans la manière d’écrire de Wolfe, un « flou » voulu qui se nourrit des souvenirs du personnage, de ses rêves de ses questions, et qui lui donne un charme extrêmement particulier auquel on n’est pas forcément sensible. Pour ma part, j’aime beaucoup. C’est pourquoi je salue le tour de force de Patrick Marcel qui, en « harmonisant » une précédente traduction qui rendait le texte quasi-incompréhensible, permet d’en apprécier dans cette nouvelle édition toute la profondeur.
En effet, sous un déguisement qui oscille entre SF et fantasy, c’est bien une quête initiatique que l’on trouve ici. Le jeune bourreau qui fut puni pour sa compassion, son amour même, envers une des prisonnières de la Citadelle, condamnée, entame à présent un long voyage, sur terre et en soi, dans un monde où les seules réalités secourables semblent être son épée, Terminus est, et la Griffe, pierre précieuse et puissante dérobée sans le vouloir aux soeurs Pélerines.
On ne résume pas Wolfe, on le lit et, en ce qui me concerne, avec beaucoup de plaisir.

-- Hélène

Éditions FolioSF
446 pages – 7,60€
ISBN : 978-2-07-039885-0

samedi 14 novembre 2009

"Le Livre des choses perdues" de John Connolly

Voici un conte. Et qui commence ainsi « Il était une fois… ». C’est l’histoire d’un petit garçon, David, auquel sa mère répétait que « les histoires étaient vivantes, qu’elles se mettaient à vivre dès qu’on les racontait » et, à vrai dire ,« qu’elles ont besoin d’être lues. C’est pour cette raison qu’elles quittent leur monde pour se frayer un chemin jusqu’au nôtre. Elles veulent qu’on leur donne la vie ».
Ai-je dit que j’aimais les contes ? Il était donc un petit garçon qui, même en faisant bien attention à se lever en posant d’abord le pied gauche et à faire toujours les choses en nombre pair, quitte à recommencer une deuxième fois s’il venait de se cogner, ne put empêcher sa mère de mourir. Toute la gentillesse des voisins ne sert pas à grand-chose pour un enfant qui se retrouve seul avec son père. Celui-ci, du moins, après quelques mois de chagrin, va pouvoir se remarier.
Nous avons donc les ingrédients de base : un petit orphelin, une marâtre – peu importe si elle n’est pas méchante, dans un conte, elle se doit de l’être – et, enfin, un nouveau bébé dans la maison.
Tout ça dans une maison de campagne avec la guerre en toile de fond. Heureusement, il y a les livres et sa belle-mère l’a installé dans une chambre pleine de livres. David les entend chuchoter mais il n’en dira rien, sûr que le psychiatre auquel son père a fait appel pour l’aider à surmonter son deuil, pourrait bien le trouver bizarre. Il ne faudrait pas qu’il envisage de l’éloigner de ce père qu’il voit déjà bien peu. On comprend que celui-ci, universitaire, très pris par l’énergie qu’il consacre à l’effort de guerre – au service du code – n’ait pas bien envie de rentrer chez lui pour y trouver une autre guerre, froide celle-ci, entre son fils et son épouse enceinte. Cela ne s’améliorera même pas à la naissance du bébé puisque l’aîné se sentira plus rejeté encore.
Alors David se réfugie le plus souvent possible dans un coin du jardin et, puisqu’il n’a pas été écouté, y rumine ses craintes depuis qu’il a aperçu un bonhomme biscornu fouiller dans sa chambre. Il semble qu’il se soit agi d’une pie mais le garçon est bien certain que non.
Mais même au fond du jardin, est-on en sécurité ? Un avion allemand s’y écrase un jour et, dans un sursaut de peur, David se glisse dans un coin de mur éboulé.
Mais, à peine franchie cette issue, voilà que celle-ci disparait et qu’il se retrouve dans une étrange forêt. Chassé par d’étranges loups, et sauvé par un étrange garde-chasse. Le garçon sait bien qu’on ne suit pas un inconnu mais que faire ?
La quête de David pour revenir chez lui sera bien longue et très cruelle mais, tradition oblige, elle prendra toute sa dimension initiatique.
Un petit bijou de cruauté et d’humour dans lequel on retrouvera la fille-biche et autres contes revus sous un jour plutôt noir. On y apprendra qui était l’homme biscornu et la véritable histoire de Blanche-Neige et des sept nains, une pure merveille qui, à mon avis, justifierait à elle seule l’achat du bouquin. C’est vrai que l’humour est une chose très personnelle mais cela me donne bien envie de découvrir l’auteur, qui se cantonnait jusque là au thriller.

-- Hélène

Éditions de l’Archipel
349 pages – 18,50 €
ISBN : 978-2-8098-0143-9

jeudi 12 novembre 2009

"La Vallée des Neuf Cités" de Bernard Simonay

Dans deux mille ans, quand la folie des hommes ou celle de leur planète, auront quasiment anéanti l’humanité dont il ne restera que quelques îlots ou bien des peuples mutants, une civilisation se sera réinstallée dans la Vallée des Neuf cités.
Sur chacune d’elles régnera un Dmaârh, levant des impôts sur commerçants et paysans, entretenant des guerriers, les warriors, pour la défendre de tout ce qui vit sur ses franges, au bord des Terres bleues stériles et maudites, respectant enfin les dieux à travers leurs représentants, les orontes.
Une civilisation – et une conception du monde, inspirée des mythologies nordiques – des plus classiques donc, où vit le jeune Hegon d’Eddnyrà, brillant guerrier et fils du dmaârh.
Ce n’est cependant pas à la garnison de sa cité qu’il a été affecté mais à Mahagür car, depuis la mort de son épouse, son père l’a rejeté. Tant pis, ses soldats l’apprécient, sa valeur lui a acquis la fortune et il est entouré de deux amis très chers, Roxlaàn, son compagnon d’armes, et Dennios, poète plus âgé qui lui a quasiment servi de père.
Pourtant sa vie va basculer lorsqu’il va devoir escorter les emyssârs choisis pour un sacrifice aux dieux des marais. Il lui a toujours coûté que, plutôt que les affronter, on sacrifie chaque année à ceux-ci deux des plus beaux jeunes gens et filles de chaque cité. Surtout quand la fécondité est si réduite. Mais, cette fois-ci, la beauté et la dignité d’une des sacrifiées, Myriàn, lui est allée droit au cœur.
Est-ce le hasard ? Non sans doute, puisque le moindre accroc à ses devoirs permettrait de tuer ce jeune homme à l’esprit libre, d’autant que la Beleüspâ a prédit à sa naissance qu’il bouleverserait l’ordre établi. Et, si lui l’ignore, ce n’est ni le cas du Dmaârh de Gwonda, ni de son père. Or, on ne remet pas en cause les prophéties de la prêtresse et le peuple, s’il ne sait pas bien qui, se souvient qu’un jour viendra un héros qui délivrera la contrée du Loos’Ahn, mystérieux et invisible dragon qui ravage la vallée tous les neuf ans.
Justement, lors du voyage des emyssârs, le dragon va s’enfuir devant lui. Qu’à cela ne tienne, le Dmaârh de Gwondà va l’envoyer combattre sous les ordres de son fils pour protéger la cité de Mora attaquée par Haaris’khaï.
Mais il n’est pas évident de se débarrasser d’un héros. Aussi, Hegon va-t-il suivre Dennios, qui a beaucoup de choses à lui apprendre sur lui-même et sur le pays d’où il est issu. Il y rencontra d’autres alliances, d’autres ennemis et une tout autre conception du monde avant de revenir chez lui.
Ce roman peut être considéré comme une sorte de préquelle à La Trilogie de Phénix – pour laquelle l’auteur a reçu les prix Cosmos 2000 et Julia Verlanger – qui se situera à Gwondaleya, la ville qu’aura créée Hegon, presque deux mille ans plus tard et dont il sera considéré comme le fondateur divin sous son nom secret, Lakor.
Des longueurs cependant : l’auteur s’y exprime en ardent défenseur de l’environnement et d’une utopie humaniste qui gagnerait à être moins développée, la force du propos n’ayant rien à gagner à la répétition. Mais il s’agit d’une réserve générale qui ne saurait gâcher un roman de lecture agréable.

-- Hélène

Éditions FolioSF
699 pages – 7,80€
ISBN : 978-2-07-035921-9

mercredi 11 novembre 2009

"Totale angoisse" de Brigitte Aubert

La cannoise Brigitte Aubert est une figure attachante du polar français, qui œuvre aussi à l’occasion dans l’horreur et la littérature jeunesse. Toujours avec un égal bonheur semble-t-il.
Son attachement à l’horreur et au thriller, voire au gore, n’a rien d’artificiel : il semble évident que cette passionnée de cinéma connaît et apprécie les classiques américains du genre. Publiées dans une collection policière, au Seuil, la série des Ténèbres (deux volumes) traite du thème des mort-vivants, tandis que « Mortelle Riviera » est aussi saignante qu’hilarante. L’humour semble essentiel aux yeux de Brigitte Aubert. Et il faut reconnaître que ses livres peuvent être fort drôles sans pour autant que cela nuise à à leur punch.
Après le succès de Scènes de Crime, toujours chez Thierry Magnier qui a eu l’excellente idée de publier des recueils de nouvelles pour la jeunesse, Brigitte Aubert sort aujourd’hui Totale Angoisse. Dix nouvelles très bien écrites, qui passsent de l’horreur au polar ou à la science-fiction. À part peut-être dans deux ou trois textes, Aubert a clairement décidé d’écrire pour la jeunesse comme elle peut le faire pour les adultes. Elle n’est pas du genre à prendre les ados pour des imbéciles ou pour des innocents, et n’hésite pas à appeler un chat un chat. Ses textes peuvent être très durs, voire franchement violents à l’occasion, et pourront donc être lus avec intérêt par un public adulte. D’ailleurs, comment traiter des sujets aussi graves que la guerre autrement ? Ceux qui ont vu et apprécié le magnifique Tombeau des Lucioles comprendront.
Si « Essoès », « Une oreille absolue » ou « Planetarium » (la nouvelle S.F) sont moyennement convaincantes, bien qu’indéniablement sympathiques, Totale Angoisse comporte aussi deux petits chefs d’ œuvre comme « La falaise » ou « L’asile ».
« La falaise » narre la façon dont un passeur mafieux se débarrasse (en les égorgeant et en les jetant d’une falaise) d’immigrés clandestins après voir empoché leurs économies. Le héros, un petit voyou qui se découvre des scrupules, est attachant. Comme souvent dans le recueil, il y a un réel suspens et une parfaite utilisation du décor. Le sujet est traité avec toute la force qu’il réclame.
« L’Asile », qui évoque vaguement une pièce célèbre du grand-guignol (d’après Edgar Poe), mélange avec une habileté incroyable l’horreur (tous ces cadavres mutilés par des fous furieux ) avec le récit de guerre. Une nouvelle sinistre et sans happy-end, sans aucune concession au public jeunesse. Les gosses meurent aussi chez Aubert.
Toujours dans l’horreur, mais de façon plus légère et référentielle, « Horroad movie » est un hommage réussi au cinéma américain du genre où un couple de psychopathes tombe sur un loup-garou. Comme dans l’angoissante « Tri sélectif » où une gamine a fort à faire avec un faux jardinier mais vrai tueur en série, l’écriture de Brigitte Aubert est plus qu’efficace. Dès les premières lignes, on est prisonnier de l’histoire qu’on ne lâche plus avant le mot fin. L’auteure semble être aussi à l’aise dans la forme courte que dans le roman.
« Dernier appel » est quant à lui un texte quasi fantastique au final d’une absolue noirceur, qui rappelle un peu Ambrose Bierce (« Ce qui se passa sur le pont de Owl Creek »), tandis que « Le conte défait » détend un lecteur bien stressé avec ses braqueurs qui ne sont autres que Pinochio et la petite sirène !
Totale Angoisse est la preuve qu’on peut écrire pour la jeunesse en captivant aussi les adultes. Les enfants, et plus particulièrement les ados, ne sont malheureusement pas, dans la réalité, à l’abri des douleurs et des traumatismes de la vie. Il serait donc illusoire de leur bâtir un îlot artificiellement préservé dans la littérature ou le cinéma qui leur est plus spécifiquement destiné. Oui, on peut aborder des thèmes aussi forts et éprouvants que la guerre ou les passeurs de clandestins dans un bouquin pour les jeunes, avec toute la violence et le désespoir nécessaires (et absolument pas gratuits en l’occurence). Brigitte Aubert en fait ici la démonstration magistrale. Elle n’épargne pas ses lecteurs, et ils peuvent lui dire merci.

-- Patryck Ficini

Éditions Thierry Magnier
9,50 €
ISBN 978-2-84420-770-8

dimanche 8 novembre 2009

"Envoûteur - La trilogie d’Axis II" de Sara Douglass

Ayant découvert la vérité sur sa naissance Axis a rejoint sa famille Icarii : les Soleil Levant. Mais du fait de leur longévité et de leurs modes de vie différents, leurs relations sont loin d’être simples ! Auprès de son père, Vagabond des Étoiles et de sa grand-mère, Étoile du Matin, il devient un puissant Envoûteur. Mais grâce au choix de Rivkah, sa mère humaine, il va pouvoir découvrir une magie ancienne encore plus puissante. Tous ces pouvoirs ne seront pas de trop pour assumer le rôle dévoilé par la prophétie : être l’Homme Étoile qui doit unifier les trois peuples puis reformer, et part là même sauver, le royaume de Tencendor.
Cependant face à lui se dresse d’une part Borneheld. Celui qu’il hait depuis l’enfance et détient Faraday devenue son épouse. Et qui intrigue à présent pour prendre le pouvoir encouragé par l’ordre religieux de la Hache et de la Charrue. Car le Dieu Artor ne laissera pas ainsi détruire son pouvoir.
D’autre part, et en même temps, Gorgrael le Destructeur reconstitue ses forces.

Mais alors que son destin semble tracé, Axis noue avec la jeune Azhure un amour profond. Il aime pourtant toujours Faraday et c’est cette dernière qui à reçu le pouvoir de la Mère : l’esprit de la nature et de la terre, qui permettra la réunification avec le peuple Avar.
Cette attirance réciproque va-t-elle compromettre la victoire annoncée par la prophétie ?

Le premier tome était axé sur la dualité : deux hommes que tout oppose ; qui deviennent les champions, l’un, d’une religion exclusive et l’autre d’une prophétie prônant la mixité. Avec ce second volume, c’est une nouvelle dimension que l’on découvre : l’intrigue s’approfondit avec le plan humain (relations familiales et amoureuses). Avec aussi la destinée de peuples qui doivent surmonter leurs différences pour s’unir. Le tout sur fond de guerres ou s’affrontent à la fois les armées humaines et, à leur façon, les Dieux.
Une base d'heroic fantasy classique mais mise en scène de façon magistrale. Un régal d’intrigues et de personnages.
Cet univers s’agrandit aussi physiquement avec la découverte des lieux et des mœurs des différents peuples. Un excellent livre.

-- Sylvie

Éditions Milady
699 pages - 9 €
N°ISBN : 978-2-8112-0010-7

mercredi 4 novembre 2009

"La Première pierre" d’Ursula Le Guin

Un tout petit mot, sur une toute petite nouvelle, inédite en France, et qui vient d’être éditée par Souffle du rêve.
Dans le monde de rocailles où vivent les Obls, la seule réelle fierté de chaque ville est son université qui abrite savants et penseurs. Mais les somptueuses mosaïques de pierre dues à leur art, si elles leur permettent de stabiliser leurs esprits dans la beauté sont, hélas, régulièrement détruites par les crues printanières du fleuve.
Aussi, à chaque fois, leurs esclaves nurobls sont-ils chargés de retrouver des pierres permettant de recréer leur dessin le plus parfaitement possible. Et cela vaut mieux puisque les obls, privés de ce support de beauté, n’hésitent pas à faire pâtir leurs esclaves de leur déplorable caractère.
Ceci est l’histoire de la petite Bu, jeune nurobl chargée de trouver les pierres adéquates pour refaire les dessins signifiants pavant l’université d’Obling, et qui, par un hasard inattendu, en est venue à s’interroger sur la couleur de la dernière pierre trouvée, et ce qui en découla.
Une petite postface de l’auteur vient éclairer cette satire en la circonscrivant au monde universitaire. C’est assurément bien la limiter, car cette petite pierre, comme toutes celles jetées dans les mares, à tendance à y créer de tels cercles concentriques qu’ils pourraient bien atteindre aux rives d’un certain milieu littéraire, celui de la SF compris. Le propre des certitudes étant de scléroser l’imagination comme la pensée.
Que dire de l’édition elle-même ? L’idée en soi, celle d’une toute petite nouvelle à glisser dans une toute petite poche (10 cm x 15) le temps d’un court trajet, n’est pas désagréable. On ne peut donc que l’encourager. Il est cependant un peu dommage que la présentation soit à ce point rudimentaire, ce qui laisse très mitigé sur le rapport qualité/prix. Il y a là un véritable effort à faire.

-- Hélène

Éditions Souffle du rêve
25 pages – 2,8 €
ISBN 978-2-918056-034

mardi 3 novembre 2009

"La Brigade chimérique III" de Fabrice Colin et Serge Lehman

Chaque album de cette série qui en comptera six se divise en deux épisodes (Ici : « L’homme cassé » et « Bon anniversaire docteur Séverac »), ce qui lui donne un côté délicieusement comics ou roman feuilleton, au choix. Ces deux formes de narration populaire sont d’ailleurs les principales inspirations de La Brigade Chimérique.
Dans ce troisième album, Serge Lehman et Fabrice Colin explorent les origines mêmes de ce groupe de super-héros français qu’est la Brigade Chimérique. Le viril docteur Séverac, qui les abrite en lui, est donc soumis à divers examens à l’Institut Curie, qui nous en révèlent peu à peu davantage sur l’Ange guerrier (le soldat inconnu !), l’ours Brun (hommage inattendu à Petit Ours Brun ???), Matricia, la femme-plante, et le très beau squelette vivant, docteur Serum. Malgré des flash-backs de la guerre de 14/18, ils restent encore bien mystérieux. Très clairement, les auteurs ne veulent pas se contenter de rendre hommage aux classiques de la littérature populaire (ce qu’ils faisaient abondamment dans les deux premiers tomes) ; ils veulent aussi créer leur mythologie. On verra par la suite s’ils y parviendront pleinement ou pas. Les personnages nés de la plume d’autres écrivains comme le Nyctalope ou Felifax sont d’ailleurs moins présents dans ce volume, même si le détective de l’occulte Carnacki du génial Hodgson fait une apparition remarquée. Depuis le premier volume, on peut quand même regretter le look du Nyctalope, assez loin de la description qu’en faisait Jean de la Hire.
Afin de ne pas ennuyer le lecteur, La Brigade Chimérique III réserve aussi trois morceaux de bravoure, qui jouent un peu le même rôle que l’attaque à la King Kong de l’Homme Élastique géant du précédent numéro.
Malheureusement, quand les vampyres sortent des égoûts parisiens, on ne voit presque rien de leurs agressions ou de la riposte du pourtant impressionnant Felifax, l’homme-tigre créé par Paul Féval fils (et aujourd’hui adapté en anglais par Black Coat Press !).
La seconde (potentielle) grosse scène d’action est, hélas, elle aussi traitée par-dessus la jambe, comme si, très nettement, cela n’intéressait pas les auteurs. Il est vrai que l’on n’est pas dans un blockbuster américain, où le spectaculaire compte énormément. N’empêche, on aurait aimé que l’attaque de Londres par des robots nazis et des cafards (?), ainsi que la contre-attaque d’un clone de Superman et de son chien (à cape !), soient plus détaillées. En s’étendant sur davantage de pages, avec des cadrages efficaces qui en auraient mis plein la vue, on en aurait vraiment eu pour son argent. Ce que les comics savent très bien faire.
Fort heureusement, l’invasion d’une moisissure rouge dévoreuse d’électricité, dans le second épisode, est plus développée. Avec même, clou du spectacle, une incroyable scène où la moisissure, métamorphosée en crapaud rouge géant, agrippe la tour Eiffel ! C’est franchement délirant. Entre l’Homme Élastique et ce monstre impressionnant, quelque chose nous dit que Lehman et Colin aiment les films de monstres géants, notamment japonais. Une preuve de bon goût qui achève, si besoin était, de les rendre sympathiques !
Au final, La Brigade Chimérique III intéresse même si le potentiel de la série reste encore inexploité. À mi-chemin de la fin, on est encore dans une (trop) longue introduction. Il manque peut-être surtout la volonté de magnifier les scènes à grand spectacle, ce qui permettrait de mettre en valeur héros et méchants. Tel quels, ils sont hélas pour le moment peu excitants.

-- Patryck Ficini

Éditions L’Atalante
11 €
ISBN : 978-2-84172-475-8

dimanche 1 novembre 2009

"La Quête d’Espérance – Izaïn, né du désert Tome I" de Johan Heliot

D’oasis en oasis, l’Espérance trace son chemin à travers le désert, dirigée par sa jeune capitaine Légyria. Ainsi va le commerce en ces terres lointaines et s’échangent les marchandises précieuses. Que la vie soit difficile ne va pas empêcher Orso, le second, de prendre des risques pour sauver un petit gosse qui s’accroche dans le sillage d’Espérance et que les charognards attaquent déjà. Cela vaut la peine près tout de sauver un esclave potentiel. Encore faut-il qu’il soit en état d’être vendu. Aussi Orso va-t-il avoir besoin de marchander des soins auprès de Bayu, le guérisseur du bord.
Toutefois, Fentz, « artiste » en fuite hébergé à bord, s’intéresse lui aussi de bien près au jeune réfugié. S’il bénéficie de l’indulgence de la capitaine parce qu’il sculpte la corne d’Espérance, son animal-vaisseau, il cherche tous les moyens pour retourner à une vie de cour qui lui manque.
Or, contre toute attente, Légyria a décidé de se diriger vers la proche Baas’Abell, ville des plus dangereuses, au motif d’y faire des affaires particulièrement fructueuses en ces temps de troubles mais aussi de se venger du meurtrier de son père.
Les choses ne se dérouleront pas vraiment comme prévu, aussi son navire, s’il peut repartir avec la cargaison prévue, aura-t-il la charge de passagers imprévus dont certains clandestins, et quoi de plus tentant qu’un bâtiment plein d’un possible butin ?
Johan Heliot nous livre là le premier tome d’une aventure « pour la jeunesse » bien agréable à lire. Il n’est point courant de voyager sur des céphalopodes, certes, pas plus dans le désert qu’en mer ou dans les airs, comme le prévoient les futurs tomes, mais n’est-ce pas le voyage qui importe, au fond, et les voyageurs ?

-- Hélène

Éditions L’Atalante
Coll. Jeunesse
189 pages – 10 €
ISBN 978-2-84172-479-6

jeudi 29 octobre 2009

"L’Étoile flamboyante" de Nicolas Bouchard

Gaïa, la planète colonisée par les terriens voici des siècles, devait être tout ce dont on rêvait. Bien sûr, un rêve assez limité géographiquement puisque la seule partie habitable se constituait d’une étroite ceinture isolant le désert brûlant de la face exposée en permanence au soleil et la nuit glacée de la face obscure.
Ce n’est pas le vaisseau qui après avoir amené ces courageux colons et même sympathisé avec son capitaine qui aurait pu en douter alors même que l’IA qui le régissait s’était peu à peu éveillée à la conscience.
Mais, s’il est une constance de l’espèce humaine, c’est bien les dérives auxquelles aboutissent sa soif de pouvoir et sa cupidité.
Ainsi, Gaïa abrite-telle désormais des hommes, puis des sous-hommes, puis d’autres encore, mêlés de qui sait quels gênes, pauvres créatures chimériques traitées en esclaves au service de la race pure.
Ainsi trouve-t-on, tout en haut de cette vaste échelle, les hommes de pouvoir, dont l’égoïste Gwladys Gance, riche héritière orpheline aussi sotte qu’inculte, ferait tout autant le bonheur de notre actuelle presse-people, qu’elle le fait sur ce monde. Il était donc bien imprudent de la part de son tuteur de le lui laisser comprendre si peu que ce soit, alors même qu’en épousant son fils, elle déposerait sa fortune entre ses mains.
Mais c’est qu’à sa majorité, elle voulait prendre connaissance du testament de ses parents. Quelle maladresse de s’opposer formellement à ce qui n’aurait pu être qu’un de ses nombreux caprices !
Pire maladresse encore que de la pousser à l’accident alors qu’elle entendait gagner une course avec son Gynéa, monoplace conçu par ses soins et dont elle tirait tant d’orgueil.
Elle trouvera dans l’épreuve une alliée inattendue. Une « dragonne », pauvre humanoïde du bas de la chaîne, n’ayant pourtant perdu dans ces pitoyables transformations ni l’intelligence, ni la compassion.
Et que dire des Shibos, petites créatures autochtones semblables à des jouets de peluche dont la seule activité connue est un jeu qui se joue avec des cailloux et dont nul ne comprend le sens ? L’une d’entre elles leur viendra aussi en aide et ce ne sera pas de trop lorsque Gwladys aura enfin connaissance de son héritage.
Retrouveront-elles le navire originel où dort l’incroyable secret de leur monde ?
Parviendront-elles à former cette étoile à cinq branches dont dépend leur sort et celui de la planète ?
Beaucoup d’idées, et une parodie qui se rapproche par trop de côtés de ce qu’est devenue notre société pour ne pas l’apprécier à sa valeur. Malheureusement, beaucoup de faiblesses aussi qui auraient pu être évitées et font perdre à ce livre ce qu’il pouvait apporter.
Pour ne citer que « la Blonde ». Appeler systématiquement ainsi, et des pages durant, Gwladis Gance, si blonde, si sotte, si égoïste et si jambes-en-l’air qu’elle puisse être, alors même qu’elle se trouve être une des héroïnes du roman, est d’un parti pris passablement agaçant qu’une relecture attentive aurait évitée.
Il y a vraiment trop de potentialités dans cet ouvrage pour que ce ne soit pas vraiment dommage.

-- Hélène

Éditions Mnémos
299 pages – 21 €
ISBN 978-2-35408-060

lundi 26 octobre 2009

"Sœur des cygnes – Tome II" de Juliet Marillier

Il était une fois… Non, de la même manière que les dinosaures ou les civilisations précolombiennes, les contes de fées ont subitement disparu en deux générations. Ils sont donc devenus, les uns comme les autres, affaire d’érudits poussiéreux et d’hypothèses savantes. Il aura suffit des quelques ouvrages, ceux de Bettelheim en tête, pour que l’on apprenne que ces contes, destinés davantage aux adultes qu’aux enfants, comportaient telles et telles significations sous-jacentes, qu’une poignée de parents s’inquiète des horreurs que l’on y trouvait et pfff ! Il est vrai qu’il est difficile de percevoir une quelconque valeur initiatique dans les quelques versions édulcorées, pour ne pas dire castrées, qui ont survécu via quelques dessins animés aussi charmants que vides.
Pourtant, de même que la mode est revenue des dinosaures, les contes ont essayé de se glisser par la petite porte de la fantasy pour ne pas disparaître tout à fait. Ce n’est certes pas la même chose, celle-ci ne véhicule plus ces messages qui sont passés de bouche à oreille à travers des générations de conteurs qui ont brodé, embelli, adapté sans jamais modifier un fond qui en constituait la substantifique moelle…
Alors, sachez-le, si vous entrez dans ce livre, vous allez plonger dans la magie des contes, celle qui est à peine de la magie, sinon celle qui irrigue nos imaginations secrètes.
Vous n’en connaissez pas ? Ne vous privez pas de la découverte.
Vous faites partie des vieux amateurs ? Rien de nouveau allez-vous alors penser, l’histoire d’une princesse qui, pour ramener à l’humanité ses frères transformés en cygnes, dut leur faire de ses propres mains des chemises tissées d’orties, tout en gardant le silence, fut-ce au prix de sa vie, qui ne la connait ?
Eh bien, je vous invite à la redécouvrir, sous la plume d’une véritable conteuse. Même s’il ne fait pas encore bien froid, même si vous n’avez pas de cheminée, même si vous n’êtes pas entouré de vos voisins ouvrant comme vous bien grand des oreilles émerveillées, installez-vous bien. Et écoutez Juliet Marillier vous conter l’histoire de Sorcha, la sœur des cygnes.
C’est que, si connues que soient leurs histoires, les vrais conteurs n’en ont que faire, car ils ouvrent à chaque fois une nouvelle porte sur des lieux que nous côtoyons depuis des centaines et des centaines d’années à travers tous ceux qui nous ont précédé.
Je rends grâce à l’auteur de m’avoir ouvert celle-ci sur son monde. Ce fut un enchantement dont je ne peux que souhaiter le partager avec vous.

-- Hélène

Éditions L’Atalante
383 pages – 18 €
ISBN 978-2-84172-477-2

dimanche 25 octobre 2009

"Traquemort – La Coda" de Simon R. Green

Il s’agit ici du huitième et dernier tome de la saga des Traquemort, un space-opéra grandiose qui va suivre, d’un côté, la quête d’Owen Traquemort, mort et ressuscité après avoir traversé le Labyrinthe de la Folie et, en parallèle, voir s’affronter son lointain descendant, Louis, un des seuls capables de lutter contre l’empereur dévoyé qui fut un jour son ami, Finn Durandal.
Les deux luttes vont en fait de pair.
Son passage dans le Labyrinthe, s’il a doté Owen de pouvoir incommensurables, lui a également permis de découvrir que la Terreur qui engloutit mondes et galaxies n’est autre qu’Hazel d’Ark, la femme qu’il a aimée et qui, rendue folle de douleur à sa mort, a elle-même hérité de ces mêmes pouvoirs et détruit tout en le recherchant. La survie de l’univers connue est en jeu, pas moins. Owen va donc s’efforcer de retrouver cet amour et d’en contrer les effets dévastateurs. S’ensuit une poursuite de mondes en mondes avec, toujours, le léger décalage entre proie et chasseur.
Dans le même temps l’empereur Finn, dans sa mégalomanie outrancière, cherche à sauver la planète de la Terreur, non par bonté mais pour préserver son empire. Il doit cependant en même temps se protéger du suzerain légitime, qu’il a trahi, de ses conseillers comme de ses alliés de circonstance, notamment Elfes et surespis qui se déchirent pour la maîtrise du monde.
Dans cette quête-ci, Louis dispose de son nom, qui lui ouvre bien des portes, et de compagnons, certainement bizarres mais dotés de nombreux pouvoirs. La diva Jésamine Florale, entre autres, ou le curieux couple formé par le lâche Brett Hasard et Rose Condamine, la gladiatrice. Sans compter le capitaine mythique John Silence.
Leur vaisseau devra parvenir à contrôler l’ensemble de la flotte impériale avant de venir seconder Douglas, le roi légitime et son ami Stuart, et lever une rébellion au cœur de tous les exilés qui ont eu à souffrir de tant d’exactions de l’usurpateur. Comment faire face aux armées de clones de Finn ?
Dans ce dernier tome vont se dénouer toutes les histoires qui ont jalonné les précédentes. Les liens entre les uns et les autres vont devenir clairs et amèneront à des retrouvailles inattendues.
Il y a là vraiment un souffle épique qui, malgré la complexité du récit, vous tient en haleine et dépayse complètement entre les diverses planètes visitées et les différentes créatures et civilisations rencontrées. Trop de personnages et trop caractérisés pour pouvoir offrir un véritable aperçu de ce gros pavé : un vrai roman de SF ; c’est bien agréable.

-- Hélène

Éditions L’Atalante
439 pages – 21 €
ISBN 2-978-84172-473-4