dimanche 8 novembre 2009

"Envoûteur - La trilogie d’Axis II" de Sara Douglass

Ayant découvert la vérité sur sa naissance Axis a rejoint sa famille Icarii : les Soleil Levant. Mais du fait de leur longévité et de leurs modes de vie différents, leurs relations sont loin d’être simples ! Auprès de son père, Vagabond des Étoiles et de sa grand-mère, Étoile du Matin, il devient un puissant Envoûteur. Mais grâce au choix de Rivkah, sa mère humaine, il va pouvoir découvrir une magie ancienne encore plus puissante. Tous ces pouvoirs ne seront pas de trop pour assumer le rôle dévoilé par la prophétie : être l’Homme Étoile qui doit unifier les trois peuples puis reformer, et part là même sauver, le royaume de Tencendor.
Cependant face à lui se dresse d’une part Borneheld. Celui qu’il hait depuis l’enfance et détient Faraday devenue son épouse. Et qui intrigue à présent pour prendre le pouvoir encouragé par l’ordre religieux de la Hache et de la Charrue. Car le Dieu Artor ne laissera pas ainsi détruire son pouvoir.
D’autre part, et en même temps, Gorgrael le Destructeur reconstitue ses forces.

Mais alors que son destin semble tracé, Axis noue avec la jeune Azhure un amour profond. Il aime pourtant toujours Faraday et c’est cette dernière qui à reçu le pouvoir de la Mère : l’esprit de la nature et de la terre, qui permettra la réunification avec le peuple Avar.
Cette attirance réciproque va-t-elle compromettre la victoire annoncée par la prophétie ?

Le premier tome était axé sur la dualité : deux hommes que tout oppose ; qui deviennent les champions, l’un, d’une religion exclusive et l’autre d’une prophétie prônant la mixité. Avec ce second volume, c’est une nouvelle dimension que l’on découvre : l’intrigue s’approfondit avec le plan humain (relations familiales et amoureuses). Avec aussi la destinée de peuples qui doivent surmonter leurs différences pour s’unir. Le tout sur fond de guerres ou s’affrontent à la fois les armées humaines et, à leur façon, les Dieux.
Une base d'heroic fantasy classique mais mise en scène de façon magistrale. Un régal d’intrigues et de personnages.
Cet univers s’agrandit aussi physiquement avec la découverte des lieux et des mœurs des différents peuples. Un excellent livre.

--Sylvie


Éditions Milady
699 pages - 9 €
N°ISBN : 978-2-8112-0010-7

mercredi 4 novembre 2009

"La Première pierre" d’Ursula Le Guin

Un tout petit mot, sur une toute petite nouvelle, inédite en France, et qui vient d’être éditée par Souffle du rêve.
Dans le monde de rocailles où vivent les Obls, la seule réelle fierté de chaque ville est son université qui abrite savants et penseurs. Mais les somptueuses mosaïques de pierre dues à leur art, si elles leur permettent de stabiliser leurs esprits dans la beauté sont, hélas, régulièrement détruites par les crues printanières du fleuve.
Aussi, à chaque fois, leurs esclaves nurobls sont-ils chargés de retrouver des pierres permettant de recréer leur dessin le plus parfaitement possible. Et cela vaut mieux puisque les obls, privés de ce support de beauté, n’hésitent pas à faire pâtir leurs esclaves de leur déplorable caractère.
Ceci est l’histoire de la petite Bu, jeune nurobl chargée de trouver les pierres adéquates pour refaire les dessins signifiants pavant l’université d’Obling, et qui, par un hasard inattendu, en est venue à s’interroger sur la couleur de la dernière pierre trouvée, et ce qui en découla.
Une petite postface de l’auteur vient éclairer cette satire en la circonscrivant au monde universitaire. C’est assurément bien la limiter, car cette petite pierre, comme toutes celles jetées dans les mares, à tendance à y créer de tels cercles concentriques qu’ils pourraient bien atteindre aux rives d’un certain milieu littéraire, celui de la SF compris. Le propre des certitudes étant de scléroser l’imagination comme la pensée.
Que dire de l’édition elle-même ? L’idée en soi, celle d’une toute petite nouvelle à glisser dans une toute petite poche (10 cm x 15) le temps d’un court trajet, n’est pas désagréable. On ne peut donc que l’encourager. Il est cependant un peu dommage que la présentation soit à ce point rudimentaire, ce qui laisse très mitigé sur le rapport qualité/prix. Il y a là un véritable effort à faire.

-- Hélène


Éditions Souffle du rêve
25 pages – 2,8 €
ISBN 978-2-918056-034

mardi 3 novembre 2009

"La Brigade chimérique III" de Fabrice Colin et Serge Lehman

Chaque album de cette série qui en comptera six se divise en deux épisodes (Ici : « L’homme cassé » et « Bon anniversaire docteur Séverac »), ce qui lui donne un côté délicieusement comics ou roman feuilleton, au choix. Ces deux formes de narration populaire sont d’ailleurs les principales inspirations de La Brigade Chimérique.
Dans ce troisième album, Serge Lehman et Fabrice Colin explorent les origines mêmes de ce groupe de super-héros français qu’est la Brigade Chimérique. Le viril docteur Séverac, qui les abrite en lui, est donc soumis à divers examens à l’Institut Curie, qui nous en révèlent peu à peu davantage sur l’Ange guerrier (le soldat inconnu !), l’ours Brun (hommage inattendu à Petit Ours Brun ???), Matricia, la femme-plante, et le très beau squelette vivant, docteur Serum. Malgré des flash-backs de la guerre de 14/18, ils restent encore bien mystérieux. Très clairement, les auteurs ne veulent pas se contenter de rendre hommage aux classiques de la littérature populaire (ce qu’ils faisaient abondamment dans les deux premiers tomes) ; ils veulent aussi créer leur mythologie. On verra par la suite s’ils y parviendront pleinement ou pas. Les personnages nés de la plume d’autres écrivains comme le Nyctalope ou Felifax sont d’ailleurs moins présents dans ce volume, même si le détective de l’occulte Carnacki du génial Hodgson fait une apparition remarquée. Depuis le premier volume, on peut quand même regretter le look du Nyctalope, assez loin de la description qu’en faisait Jean de la Hire.
Afin de ne pas ennuyer le lecteur, La Brigade Chimérique III réserve aussi trois morceaux de bravoure, qui jouent un peu le même rôle que l’attaque à la King Kong de l’Homme Élastique géant du précédent numéro.
Malheureusement, quand les vampyres sortent des égoûts parisiens, on ne voit presque rien de leurs agressions ou de la riposte du pourtant impressionnant Felifax, l’homme-tigre créé par Paul Féval fils (et aujourd’hui adapté en anglais par Black Coat Press !).
La seconde (potentielle) grosse scène d’action est, hélas, elle aussi traitée par-dessus la jambe, comme si, très nettement, cela n’intéressait pas les auteurs. Il est vrai que l’on n’est pas dans un blockbuster américain, où le spectaculaire compte énormément. N’empêche, on aurait aimé que l’attaque de Londres par des robots nazis et des cafards (?), ainsi que la contre-attaque d’un clone de Superman et de son chien (à cape !), soient plus détaillées. En s’étendant sur davantage de pages, avec des cadrages efficaces qui en auraient mis plein la vue, on en aurait vraiment eu pour son argent. Ce que les comics savent très bien faire.
Fort heureusement, l’invasion d’une moisissure rouge dévoreuse d’électricité, dans le second épisode, est plus développée. Avec même, clou du spectacle, une incroyable scène où la moisissure, métamorphosée en crapaud rouge géant, agrippe la tour Eiffel ! C’est franchement délirant. Entre l’Homme Élastique et ce monstre impressionnant, quelque chose nous dit que Lehman et Colin aiment les films de monstres géants, notamment japonais. Une preuve de bon goût qui achève, si besoin était, de les rendre sympathiques !
Au final, La Brigade Chimérique III intéresse même si le potentiel de la série reste encore inexploité. À mi-chemin de la fin, on est encore dans une (trop) longue introduction. Il manque peut-être surtout la volonté de magnifier les scènes à grand spectacle, ce qui permettrait de mettre en valeur héros et méchants. Tel quels, ils sont hélas pour le moment peu excitants.

--Patryck Ficini


Éditions L’Atalante
11 €
ISBN : 978-2-84172-475-8

dimanche 1 novembre 2009

"La Quête d’Espérance – Izaïn, né du désert Tome I" de Johan Heliot

D’oasis en oasis, l’Espérance trace son chemin à travers le désert, dirigée par sa jeune capitaine Légyria. Ainsi va le commerce en ces terres lointaines et s’échangent les marchandises précieuses. Que la vie soit difficile ne va pas empêcher Orso, le second, de prendre des risques pour sauver un petit gosse qui s’accroche dans le sillage d’Espérance et que les charognards attaquent déjà. Cela vaut la peine près tout de sauver un esclave potentiel. Encore faut-il qu’il soit en état d’être vendu. Aussi Orso va-t-il avoir besoin de marchander des soins auprès de Bayu, le guérisseur du bord.
Toutefois, Fentz, « artiste » en fuite hébergé à bord, s’intéresse lui aussi de bien près au jeune réfugié. S’il bénéficie de l’indulgence de la capitaine parce qu’il sculpte la corne d’Espérance, son animal-vaisseau, il cherche tous les moyens pour retourner à une vie de cour qui lui manque.
Or, contre toute attente, Légyria a décidé de se diriger vers la proche Baas’Abell, ville des plus dangereuses, au motif d’y faire des affaires particulièrement fructueuses en ces temps de troubles mais aussi de se venger du meurtrier de son père.
Les choses ne se dérouleront pas vraiment comme prévu, aussi son navire, s’il peut repartir avec la cargaison prévue, aura-t-il la charge de passagers imprévus dont certains clandestins, et quoi de plus tentant qu’un bâtiment plein d’un possible butin ?
Johan Heliot nous livre là le premier tome d’une aventure « pour la jeunesse » bien agréable à lire. Il n’est point courant de voyager sur des céphalopodes, certes, pas plus dans le désert qu’en mer ou dans les airs, comme le prévoient les futurs tomes, mais n’est-ce pas le voyage qui importe, au fond, et les voyageurs ?

-- Hélène


Éditions L’Atalante
Coll. Jeunesse
189 pages – 10 €
ISBN 978-2-84172-479-6

jeudi 29 octobre 2009

"L’Étoile flamboyante" de Nicolas Bouchard

Gaïa, la planète colonisée par les terriens voici des siècles, devait être tout ce dont on rêvait. Bien sûr, un rêve assez limité géographiquement puisque la seule partie habitable se constituait d’une étroite ceinture isolant le désert brûlant de la face exposée en permanence au soleil et la nuit glacée de la face obscure.
Ce n’est pas le vaisseau qui après avoir amené ces courageux colons et même sympathisé avec son capitaine qui aurait pu en douter alors même que l’IA qui le régissait s’était peu à peu éveillée à la conscience.
Mais, s’il est une constance de l’espèce humaine, c’est bien les dérives auxquelles aboutissent sa soif de pouvoir et sa cupidité.
Ainsi, Gaïa abrite-telle désormais des hommes, puis des sous-hommes, puis d’autres encore, mêlés de qui sait quels gênes, pauvres créatures chimériques traitées en esclaves au service de la race pure.
Ainsi trouve-t-on, tout en haut de cette vaste échelle, les hommes de pouvoir, dont l’égoïste Gwladys Gance, riche héritière orpheline aussi sotte qu’inculte, ferait tout autant le bonheur de notre actuelle presse-people, qu’elle le fait sur ce monde. Il était donc bien imprudent de la part de son tuteur de le lui laisser comprendre si peu que ce soit, alors même qu’en épousant son fils, elle déposerait sa fortune entre ses mains.
Mais c’est qu’à sa majorité, elle voulait prendre connaissance du testament de ses parents. Quelle maladresse de s’opposer formellement à ce qui n’aurait pu être qu’un de ses nombreux caprices !
Pire maladresse encore que de la pousser à l’accident alors qu’elle entendait gagner une course avec son Gynéa, monoplace conçu par ses soins et dont elle tirait tant d’orgueil.
Elle trouvera dans l’épreuve une alliée inattendue. Une « dragonne », pauvre humanoïde du bas de la chaîne, n’ayant pourtant perdu dans ces pitoyables transformations ni l’intelligence, ni la compassion.
Et que dire des Shibos, petites créatures autochtones semblables à des jouets de peluche dont la seule activité connue est un jeu qui se joue avec des cailloux et dont nul ne comprend le sens ? L’une d’entre elles leur viendra aussi en aide et ce ne sera pas de trop lorsque Gwladys aura enfin connaissance de son héritage.
Retrouveront-elles le navire originel où dort l’incroyable secret de leur monde ?
Parviendront-elles à former cette étoile à cinq branches dont dépend leur sort et celui de la planète ?
Beaucoup d’idées, et une parodie qui se rapproche par trop de côtés de ce qu’est devenue notre société pour ne pas l’apprécier à sa valeur. Malheureusement, beaucoup de faiblesses aussi qui auraient pu être évitées et font perdre à ce livre ce qu’il pouvait apporter.
Pour ne citer que « la Blonde ». Appeler systématiquement ainsi, et des pages durant, Gwladis Gance, si blonde, si sotte, si égoïste et si jambes-en-l’air qu’elle puisse être, alors même qu’elle se trouve être une des héroïnes du roman, est d’un parti pris passablement agaçant qu’une relecture attentive aurait évitée.
Il y a vraiment trop de potentialités dans cet ouvrage pour que ce ne soit pas vraiment dommage.

-- Hélène


Éditions Mnémos
299 pages – 21 €
ISBN 978-2-35408-060

lundi 26 octobre 2009

"Sœur des cygnes – Tome II" de Juliet Marillier

Il était une fois… Non, de la même manière que les dinosaures ou les civilisations précolombiennes, les contes de fées ont subitement disparu en deux générations. Ils sont donc devenus, les uns comme les autres, affaire d’érudits poussiéreux et d’hypothèses savantes. Il aura suffit des quelques ouvrages, ceux de Bettelheim en tête, pour que l’on apprenne que ces contes, destinés davantage aux adultes qu’aux enfants, comportaient telles et telles significations sous-jacentes, qu’une poignée de parents s’inquiète des horreurs que l’on y trouvait et pfff ! Il est vrai qu’il est difficile de percevoir une quelconque valeur initiatique dans les quelques versions édulcorées, pour ne pas dire castrées, qui ont survécu via quelques dessins animés aussi charmants que vides.
Pourtant, de même que la mode est revenue des dinosaures, les contes ont essayé de se glisser par la petite porte de la fantasy pour ne pas disparaître tout à fait. Ce n’est certes pas la même chose, celle-ci ne véhicule plus ces messages qui sont passés de bouche à oreille à travers des générations de conteurs qui ont brodé, embelli, adapté sans jamais modifier un fond qui en constituait la substantifique moelle…
Alors, sachez-le, si vous entrez dans ce livre, vous allez plonger dans la magie des contes, celle qui est à peine de la magie, sinon celle qui irrigue nos imaginations secrètes.
Vous n’en connaissez pas ? Ne vous privez pas de la découverte.
Vous faites partie des vieux amateurs ? Rien de nouveau allez-vous alors penser, l’histoire d’une princesse qui, pour ramener à l’humanité ses frères transformés en cygnes, dut leur faire de ses propres mains des chemises tissées d’orties, tout en gardant le silence, fut-ce au prix de sa vie, qui ne la connait ?
Eh bien, je vous invite à la redécouvrir, sous la plume d’une véritable conteuse. Même s’il ne fait pas encore bien froid, même si vous n’avez pas de cheminée, même si vous n’êtes pas entouré de vos voisins ouvrant comme vous bien grand des oreilles émerveillées, installez-vous bien. Et écoutez Juliet Marillier vous conter l’histoire de Sorcha, la sœur des cygnes.
C’est que, si connues que soient leurs histoires, les vrais conteurs n’en ont que faire, car ils ouvrent à chaque fois une nouvelle porte sur des lieux que nous côtoyons depuis des centaines et des centaines d’années à travers tous ceux qui nous ont précédé.
Je rends grâce à l’auteur de m’avoir ouvert celle-ci sur son monde. Ce fut un enchantement dont je ne peux que souhaiter le partager avec vous.

-- Hélène


Éditions L’Atalante
383 pages – 18 €
ISBN 978-2-84172-477-2

dimanche 25 octobre 2009

"Traquemort – La Coda" de Simon R. Green

Il s’agit ici du huitième et dernier tome de la saga des Traquemort, un space-opéra grandiose qui va suivre, d’un côté, la quête d’Owen Traquemort, mort et ressuscité après avoir traversé le Labyrinthe de la Folie et, en parallèle, voir s’affronter son lointain descendant, Louis, un des seuls capables de lutter contre l’empereur dévoyé qui fut un jour son ami, Finn Durandal.
Les deux luttes vont en fait de pair.
Son passage dans le Labyrinthe, s’il a doté Owen de pouvoir incommensurables, lui a également permis de découvrir que la Terreur qui engloutit mondes et galaxies n’est autre qu’Hazel d’Ark, la femme qu’il a aimée et qui, rendue folle de douleur à sa mort, a elle-même hérité de ces mêmes pouvoirs et détruit tout en le recherchant. La survie de l’univers connue est en jeu, pas moins. Owen va donc s’efforcer de retrouver cet amour et d’en contrer les effets dévastateurs. S’ensuit une poursuite de mondes en mondes avec, toujours, le léger décalage entre proie et chasseur.
Dans le même temps l’empereur Finn, dans sa mégalomanie outrancière, cherche à sauver la planète de la Terreur, non par bonté mais pour préserver son empire. Il doit cependant en même temps se protéger du suzerain légitime, qu’il a trahi, de ses conseillers comme de ses alliés de circonstance, notamment Elfes et surespis qui se déchirent pour la maîtrise du monde.
Dans cette quête-ci, Louis dispose de son nom, qui lui ouvre bien des portes, et de compagnons, certainement bizarres mais dotés de nombreux pouvoirs. La diva Jésamine Florale, entre autres, ou le curieux couple formé par le lâche Brett Hasard et Rose Condamine, la gladiatrice. Sans compter le capitaine mythique John Silence.
Leur vaisseau devra parvenir à contrôler l’ensemble de la flotte impériale avant de venir seconder Douglas, le roi légitime et son ami Stuart, et lever une rébellion au cœur de tous les exilés qui ont eu à souffrir de tant d’exactions de l’usurpateur. Comment faire face aux armées de clones de Finn ?
Dans ce dernier tome vont se dénouer toutes les histoires qui ont jalonné les précédentes. Les liens entre les uns et les autres vont devenir clairs et amèneront à des retrouvailles inattendues.
Il y a là vraiment un souffle épique qui, malgré la complexité du récit, vous tient en haleine et dépayse complètement entre les diverses planètes visitées et les différentes créatures et civilisations rencontrées. Trop de personnages et trop caractérisés pour pouvoir offrir un véritable aperçu de ce gros pavé : un vrai roman de SF ; c’est bien agréable.

-- Hélène


Éditions L’Atalante
439 pages – 21 €
ISBN 2-978-84172-473-4

mardi 6 octobre 2009

"La Tour aux 100 menaces" de Jean-Luc Bizien

Aventurier en herbe, c’est le moment de tester tes dons d’observation !
Cet ouvrage jeunesse te permet de pénétrer dans une tour recelant de multiples dangers. Pour sauvegarder la tour de la connaissance, et délivrer la gardienne des rêves de l’emprise de la reine de la moisissure, il convient de passer de nombreuses épreuves et d’affronter nombre de monstres mineurs.
Des personnages connus font des apparitions, tels le chat botté, la reine de cœur. L’univers des contes est mis à contribution dans cet univers qui s’est ouvert avec le livre. Les mises en scène varient, de l’illustration grand format à la page de bande dessinée dans un style moins abouti, plus crayonné, en passant par les pages multi-jeux. Le graphisme est inégal, certaines pages étant bien moins détaillées. La diversité des sujets fait voyager même si l’on a parfois un peu l’impression de passer du coq à l’âne.
Les énigmes tiennent dans des recherches d’éléments dans les pages, des jeux de différences, ou des messages à reconstituer. Des chemins différents, globalement faciles à parcourir, sont ménagés avant d’arriver aux derniers paliers. Reste une confrontation avec la reine des moisissures un peu tirée par les cheveux tout de même.

-- Maël Idelson

Éditions Gründ
Illustrations: Didier Graffet
46 pages - 12 €
ISBN : 978-2-7000-2390-9

lundi 5 octobre 2009

"Dragons et chimères, Carnets d’expédition" de Pierre Dubois

Cet ouvrage rassemble les comptes rendus de deux expéditions de la fin du dix-neuvième siècle du Club de Chasseurs de l’Étrange, un groupe de personnes versées dans la recherche cryptozoologique, présidé par le célèbre elficologue Petrus Barbygère.
Le narrateur est dessinateur, son père photographe et ce sont les seules personnes communes aux deux expéditions dont les membres dépendent des destinations.
La première, africaine, va conduire les voyageurs à côtoyer des créatures semblant sorties de la préhistoire, que ce soient reptiles volant ou monstres marins, mastodonte ou petit basilic.
La seconde expédition vise à retrouver une reporter en Asie et ce sont des volatiles divers (harpies, griffons, phénix, dodos) qui font l’objet d’observations, avant de laisser la vedette aux licornes.
Le récit, sans être très prenant, relate cependant des situations humoristiques, la vie d’explorateurs ménageant forcément quelques anecdotes.
La présentation de l’ouvrage est un assemblage de photographies travaillées pour sembler anciennes, voire laisser entrevoir certaines créatures, de dessins façon planches zoologiques ou de caricatures, et de divers petits éléments censés authentifier le récit tels des lettres, cartes, articles de journaux, tickets de transport, plumes, griffes, écailles… La diversité des techniques et styles employés contribue à la plongée dans le passé et dans ces aventures un brin loufoques. Beaucoup de photographies sont risibles dans les poses adoptées, cela contribue à renforcer la bonne humeur se dégageant déjà de l’ouvrage grâce au ton du texte ou aux caricatures.

-- Maël Idelson

Éditions Hoëbeke
Préface: Jean-Michel Nicollet
Illustrations: Camille Renversade, Maly Siri
122 pages - 32 €
ISBN : 978-2-8423-0338-9

jeudi 1 octobre 2009

"La Brigade chimérique – I et II" de Serge Lehman et Fabrice Colin


Dans des années Trente phantasmées, héros et vilains s’affrontent pour la domination de l’Europe. La fille de Marie Curie enquête sur les projets nazis du diabolique docteur Mabuse, qui rêve de race supérieure....
Pour le vrai passionné de littérature populaire, les héros, anti-héros et méchants du passé ont autant d’importance que ceux d’aujourd’hui. Il est toujours agréable de vérifier que les héros sont éternels. Pas seulement ceux de l’univers américain (pulps, comics), mais aussi ceux d’origine européenne, et plus particulièrement francophone. Contrairement à une idée plus répandue qu’on ne le pense, la littérature de genre d’un pays comme la France a, depuis le XIXème siécle, produit un nombre invraisemblable de personnages passionnants. Comme Fantômas et Rocambole pour n’en citer que deux. Il y aurait beaucoup à dire aussi de la production pléthorique d’un éditeur comme le Fleuve Noir.
La Brigade chimérique part du même principe que La Ligue des gentlemen extraordinaires : héros et méchants de la culture populaire existent réellement. Leur histoire se mêle initimement à la « grande » histoire dans un univers uchronique. Par exemple, le célèbre Docteur Mabuse du feuilletonniste allemand Norbert Jacques, immortalisé par Fritz Lang au cinéma, est dans cette BD à la tête d’une armée de nazis. Hitler et Himmler semblent quant à eux aux abonnés absents.
Ce goût pour les héros du passé peut se vérifier aussi chez le génial éditeur Rivière Blanche (Les Compagnons de l’ombre, la réédition des Madame Atomos...) ou dans les aventures de Lord Kraven, personnage old school mais totalement inventé par Xavier Mauméjean. Des romans vampiriques et ultra référentiels comme ceux du puits de connaissances Kim Newman ne sont pas en reste.
La série des « Nombreuses Vies », aux Moutons électriques, part aussi du postulat d’un multivers regroupant touts les héros et tous les mythes. Ainsi dans le bouquin sur Cthulhu, on évoque ausi Doc Savage et Bob Morane ! Des sites internet hyper informatifs comme Coolfrench comics participent aussi à la survie du culte.
La Brigade chimérique est un formidable melting-pot de héros classiques, parfois injustement oubliés du même grand public qui les fêtait hier, et de (super)héros inventés (ceux-là mêmes qui composent la Brigade Chimérique proprement dite).
On a ainsi la joie de revoir dans un grand rôle le Nyctalope de Jean de la Hire (maître de la SF ancienne avec notamment La Roue fulgurante), que certains considèrent comme le premier super-héros français (ce qui est à notre avis très discutable). Ici « l’homme qui voit la nuit » (comme Bob Morane !) tient un rôle ambigü, protecteur de Paris peut-être moins légitime qu’il ne l’affirme... Le site CoolFrench Comics n’a pas hésité à dire, sans que nous l’ayons vérifié pour l’instant, que le personnage avait collaboré avec les Allemands dans l’une de ses aventures. Ce qui serait unique puisque les Super-héros américains à la même époque luttaient contre eux ! Le passé réellement collaborationniste de Jean de la Hire rendrait la chose très possible...
Parmi les autres personnages de La Brigade, citons Harry Dickson (en guest-star), l’Homme Élastique de Jacques Spitz (au centre de scènes spectaculaires), Garou-Garou le Passe-Muraille de Marcel Aymé, ici en super-voleur, ou encore le héros de la Métamorphose de Kafka ! Tout cela est très varié on le voit, mais crédible. On est loin d’un vulgaire fourre-tout. Même les américains Shadow, Savage et Superman (sans qu’on prononce son nom) font une apparition remarquée à l’assemblée de surhommes convoquée par l’infâme Mabuse !
La Brigade chimérique I et II sont à la fois un magnifique hommage à la littérature populaire et/ou fantastique et un excellent début de série, dont, certes, l’on ne comprend guère les tenants et les aboutissants (ne doutons pas que cela s’éclaircira ensuite) mais où l’on sent aussi un réel potentiel. Quelque chose de fort, peut-être de grandiose, se prépare.
Lehman (un ancien du Fleuve !) et Colin semblent en connaître un rayon en la matière, et réellement aimer leurs illustres prédécesseurs en littérature d’évasion. Les dessins de Gess sont agréables, quoique moins entousiasmants que le scénario. Au total, La Brigade chimérique est une œuvre pleine de qualités. Espérons aussi qu’elle est le premier pas vers une réédition intégrale des aventures du Nyctalope...
Puisque les héros ne meurent jamais !

--Patryck Ficini

Éditions L’Atalante
Illustré par Gess et Céline Bessonneau
48 pages – 11 €
ISBN 978-2-84172- 440-6 et 978-2-841172-474-1

mercredi 30 septembre 2009

"La loi du désert" de Franck Ferric

Salina, une des villes-états qui dresse ses ruines aux portes d’un désert sans fin. Il y reste les souvenirs d’une civilisation qui s’est effondrée sur elle-même à l’issue de guerres dont nous ne saurons rien.
Mais, ici et maintenant, le monde a-t-il vraiment changé ? Du haut de la tour du Capitole, la plus préservée, les gouvernants règnent sur une cité abritant d’immenses bidonvilles dont les pauvres gens sont embrigadés par des syndicats qui paraissent davantage se soucier de prendre le pouvoir que de les défendre. Est-ce tout à fait vrai ? Ou non ? Mais le jeune Raul, lui, y croit et va se laisser emporter par de belles paroles pour mettre le feu à l’imprimerie.
De ceux qui étaient à ses côtés, certains perdront la vie. Pas le meneur pourtant dont on ne saura pas non plus le rôle exact. Raul, lui, encourra l’exil, un sort sans doute pire que ceux condamnés à mort puisqu’il n’est pas d’échappatoire au désert. Ainsi, pendant que son frère, Matthian, se bat avec les soldats de l’armée contre les étranges blafards et rêve de son retour à Salina auprès de sa mère, de sa sœur et de lui, Raul est-il conduit vers le désert.
Mais, en apprenant cette condamnation, Matthian pourrait-il abandonner ce jeune frère impulsif ? Non. Il lui faut tenter quelque chose et peut être Blaine, le vieux mécanicien, pourra-t-il lui venir en aide s’il lui présente une raison valable. Mais alors même qu’il passe du rôle de soldat héroïque à déserteur, il ne trouvera pas Raul à son retour et lui-même commettra l’irréparable.
Dès lors, nous allons suivre en parallèle le chemin des deux frères à travers le désert. Il s’agit là du véritable désert, celui qui vous dépouille de tout et vous blanchit jusqu’à l’os. C’est à la fois un chemin très dur et, en réalité, une quête initiatique que suivent les personnages. Ils y trouveront à la fois de l’aide et des épreuves qui ne seront pas celles qu’ils attendaient. Un livre où l’amitié et l’entraide – qu’importe si elle sont intéressées d’une façon ou d’une autre – prennent leur vraie place, celle sans qui aucune vie ne serait possible.
Beaucoup de questions resteront sans réponses. Sur la nature réelle des blafards, entre autres.
Franc Ferric écrit bien ; je le souligne d’autant que ce n’est pas un genre vers lequel me portent spontanément mes lectures. Il livre là une image très forte dont l’illustration de couverture est un parfait écho. Ici, point de mièvrerie, une mise à nu totale de l’homme dans toute sa dignité et dans toutes ses faiblesses.
C’est tout à l’honneur de l’auteur et à celui de son éditeur qui sort là son premier ouvrage.

-- Hélène


Éditions du Riez
286 pages – 19,90 €
ISBN 978-2-918719-00-7

samedi 19 septembre 2009

"Rien ne nous survivra – Le pire est avenir" de Maïa Mazaurette

Dans un futur qui nous frôle les moustaches, les jeunes de France décident de s’émanciper de la dictature imposée par leurs aînés. Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Sauf que cette fois-ci il ne s’agit pas de jeter pavés et slogans poussifs à la face des CRS. On a vu ce que ça donnait, merci. Finie la demi-mesure. Une balle dans la tête pour chacun. Un bon vieux est un vieux mort. Et un vieux, ça commence à vingt-cinq ans.
Édité une première fois en 2004 chez Jacques-Marie Laffont sous le seul titre « Le pire est avenir », « Rien ne nous survivra ; le pire est avenir » a été complètement réécrit pour inaugurer la collection Dédales de Mnémos, collection dont la profession de foi est de mettre en lumière des ouvrages de SFFF un peu décalés. L’auteur de ce roman, la pétulante « sexblogueuse » et journaliste de presse spécialisée Maïa Mazaurette, réputée pour sa causticité et son art de taper là où ça fait mal, nous offre ainsi l’occasion de découvrir ou redécouvrir sa facette de romancière. Il est question ici d’imaginer le paroxysme de l’incompréhension et de la méfiance intergénérationnelles qui prendrait rien moins que la forme d’une annihilation mutuelle.
C’est cette courte mais brutale guerre que nous conte « Rien ne nous survivra » tout le long de ses chapitres en forme de décompte fatidique vers la date d’intervention des forces armées européennes. Car, forcément, l’issue ne peut être que dramatique pour les rebelles. L’histoire se développe autour des perspectives croisées de deux jeunes snipers, Silence et l’Immortel, tout deux très performants dans le meurtre et la posture emphatique. Le premier est l’une des figures de proue du soulèvement armé, symbole autant qu’idéologue, et cultive le mystère autour de son identité. L’autre est un wannabe plein de bonne volonté mais un peu pataud qui idolâtre le premier autant qu’il le hait, gymnastique émotionnelle qu’on ne trouve guère que dans les bandes dessinées japonaises. Les deux personnages empruntent d’ailleurs beaucoup aux héros de mangas : leur surhumanité, leur grandiloquence et l’impression donnée que le monde tourne autour de leurs destins – cela vient peut-être du fait que Maïa Mazaurette est de la génération Goldorak. Ce ne sont pas les seules personnalités du roman qui en imposent : Vatican, Narcisse et Séraphine viennent les épauler afin de donner un peu de solidité à un récit qui tend à être aussi chancelant que le Paris qu’il décrit. Car en dehors des fortes têtes marquantes de ce roman, le roman est assez plat. Un peu long à démarrer du fait d’une écriture mal maîtrisée autant du point de vue du style, mi punkisant mi à côté de la plaque, que de l’élaboration de la trame, « Rien ne nous survivra » commence à trouver ses marques grâce aux chapitres dédiés à la propagande des théoriciens de la révolution. Ces passages, bien que volontairement approximatifs et caricaturaux – il s’agit de propagande, après tout –, contiennent des amorces d’idées et de réflexion qui donnent au récit un éclairage plus subtil que ne le laissait craindre sa thématique un poil provocatrice. Par exemple et en vrac : la vampirisation à tous points de vue de la jeunesse par la société, l’instrumentalisation de leur révolte par les ex-soixante-huitards en tant que jalon historique indépassable, l’éducation nationale favorisant moins la créativité que la sclérose mentale en posant comme références des œuvres, des langues et des époques hors d’âge et hors d’atteinte. Ce mélange de pertinence et de mauvaise foi délicieuse ne dure hélas pas. La violence des jeunes contre les vieux (qui, au passage, sont tous des seniors chenus alors que l’âge de démarcation est vingt-cinq ans), des jeunes entre eux, ainsi que les problématiques d’ego des deux héros prennent rapidement le pas sur le reste. La fin du récit s’enfonce dans une répétitivité que même l’émergence du surnaturel chez l’Immortel ne parvient pas à dissiper.
Dommage, parce que les postulats initiaux laissaient entrevoir quelques pistes scénaristiques intéressantes à explorer. Pistes que le point de vue exclusivement côté jeunes de la narration rend caduques. L’auteur semble plus à l’aise avec les parties qui versent dans l’essai qu’avec l’histoire proprement dite. On sent qu’elle a des choses à dire et assez de second degré pour ne pas se prendre complètement au sérieux mais, dès lors que l’intrigue est trop verrouillée sur elle-même pour véhiculer des idées ou se permettre quelques piques bien placées, cela mouline un peu dans le vide. Et, passé l’effet de surprise, le côté spontané rentre-dedans ne suffit plus pour maintenir le lecteur en haleine sur 260 pages bien tassées.
Un ouvrage à réserver plutôt aux inconditionnels de Maïa Mazaurette, aux curieux, ainsi qu’aux adolescents qui souhaitent mettre des mots sur leurs accès d’exaspération (mais qui risquent aussi l’exaspération devant le traitement du thème, saletés de jeunes !).

--Michaël F.

Éditions Mnémos - Dédale
269 pages - 20 €
ISBN : 978-2-35408-051-8

dimanche 13 septembre 2009

Le Tournoi de Crèvemaraud - Paladin I

En flânant dans les rayons de la librairie, j'aperçois une couverture avec un Elfe, un Nain, un vieux mage, une épée... Forcément curieuse, je m'approche et vois le nom d'un des auteurs : Le Fab. Si vous suivez cette rubrique régulièrement, vous aurez peut-être noté que j'ai découvert cet auteur avec la BD WaoW. Sans être la BD du siècle, c'est le genre d'album avec lequel on passe un moment sympa et, donc, j'ai acheté la chose.
Les dessins sont honnêtes et, disons le tout de go, moi, ce genre d'histoires, ça me fait rire. Ce n'est pas un humour fin et irrésistible, mais ça fait appel à tous les codes que je connais et dans lesquels je baigne.
Nous avons au programme : un vieux mage alcoolo et obsédé, un écuyer bâtard d'un grand seigneur inconnu, une Elfe noire trop sensible et nulle à l'arc, un barbare qui se prend pour un mage, une Naine barbue qui porte des bas en maille... et cette fine équipe doit probablement sauver le monde, mais fait surtout, pour l'instant, le pitre sous nos yeux.
On notera également un Naruto en fond sur une vignette, un géant qui se "petit-suicide"...
Bref, si, comme moi, vous assumez votre amour de l'heroic fantasy débile à la Naheulbeuk, vous n'avez pas de raisons de vous priver !

-- Cibylline

Scénario de Le Fab et Zaz et dessins de Le Fab et Régis Torres
KantiK
ISBN : 978-2-35708-007-2

dimanche 6 septembre 2009

"Le Feu de Dieu" de Pierre Bordage

La fin du monde est pour demain ! Enfin, pour 2012. Si les Mayas ont été les plus précis, ils n'ont pas été les seuls à prédire l'Apocalypse. Elle aura lieu, certainement, et selon des modalités bien connues : le champ magnétique de la Terre s'évanouira, les continents seront soulevés par un bouleversement dans la croûte terrestre, et les nuages de cendres plongeront la planète dans une nuit de sept ans.
En tout cas, c'est ce dont Franx est persuadé. Tellement qu'il a convaincu trois autres familles d'acheter et fortifier une ferme du Périgord, le Feu de Dieu du titre, et d'y entreposer de quoi survivre aux années noires. Ainsi protégée, la petite communauté survivra au cataclysme et pourra repeupler la Terre lors de la nouvelle ère qui s'ouvrira.
Enfin... C'était le plan. En réalité, rien ne s'est passé comme prévu. D'abord, les coucheries entre les membres de la communauté (bah oui, mettez sept adultes dans une maison fermée, et ils vont tous se mettre à coucher ensemble ; il n'y a qu'à regarder Secret Loft Academy pour s'en rendre compte) ont eu raison de sa cohésion : il n'y reste plus que la famille de Franx et Jim, un parasite arrivé là par hasard et trop paresseux pour partir. Ensuite, la fin du monde a lieu avec deux mois d'avance, alors que Franx est à Paris pour régler une succession.
S'ensuivent cinq cent pages (prétendument) haletantes, suivant en alternance les aventures de Franx, jeté sur les routes glacées d'une France disloquée, et celles d'Alice sa femme, enfermée avec ses deux enfants et Jim qui se transforme rapidement en prédateur sexuel et en tyran.
Ah, et puis les enfants (Surya, que Franx recueille dans un RER renversé, et Théo, fils d'Alice et Franx) se mettent à avoir des visions.
Ça, c'est pour le pitch. Que donne ce roman en réalité ? Eh bien, pas grand-chose. Il est difficile pour le lecteur d'accepter que les Mayas aient prévu avec justesse et précision non seulement la date du cataclysme, mais aussi ses modalités (suppression du champ magnétique terrestre, éruptions volcaniques dans l'Essonne, arrêt voire inversion de la rotation de la Terre), qui sont au demeurant fort peu vraisemblables. Au-delà de ces broutilles, on a droit à un florilège de viols, d'humiliations, d'indignités, de violences, de ravages, de comportements égoïstes et asociaux allant jusqu'à l'anthropophagie ; mais aussi quelques actes de charité, histoire que la morale soit sauve.
Le style est trop lourd, le suspense inexistant, l'évolution psychologique des personnages est convenue. Enfin, le tout est généreusement saupoudré de mysticisme un tantinet cheap sur le thème « les enfants seront notre rédemption, car ce sont des cœurs purs qui donneront naissance à une nouvelle espèce d'humains plus illuminés ».
Un roman laborieux, donc, d'un intérêt discutable.

-- Fifokaswiti

Editions Au Diable Vauvert
504 pages – 23 €
ISBN 978-2-84626-198-8

jeudi 3 septembre 2009

"Zoé" de John Scalzi

Faisant suite à « La Dernière Colonie », « Le Vieil Homme et la Guerre » et « Les Brigades Fantômes », « Zoé » n’est pas pour autant le quatrième volume du cycle du Vieil Homme Et La Guerre. Il se définit davantage comme son troisième volume bis, sa vocation étant de raconter l’histoire de « La Dernière Colonie » du point de vue de Zoé, la fille adoptive de John Perry, le personnage principal du cycle. Étrange parti pris de l’auteur, dont on pourrait penser qu’il se repose sans vergogne sur ses acquis et propose à ses lecteurs du réchauffé. La démarche n’étant néanmoins ni commerciale (le côté doublon peut rebuter les amateurs du précédent roman), ni vraiment aisée d’un point de vue rédactionnel, c’est avec autant de curiosité que de perplexité qu’on s’attaque à cet ouvrage.
Premier point commun avec la « La Dernière Colonie » : « Zoé » peut se lire indépendamment des trois autres récits et résume suffisamment bien, tout au long de l’histoire, les évènements importants des volumes précédents pour éviter qu’on ait à se replonger entre leurs pages. Deuxième point commun : l’humour et le sens de la répartie des personnages. Zoé est du même bois que son père adoptif et survole littéralement les dialogues avec sa langue acérée. Cependant, comme ses parents interviennent très peu et que seule son amie Gretchen parvient à lui tenir tête au niveau ironie, le lecteur a moins l’impression, par rapport à « La Dernière Colonie », que tous les personnages du roman ont avalé un clown. Troisième point commun : l’histoire ? Oui et non. Nous avons bien à faire à la même trame de fond avec une chronologie évènementielle identique mais l’auteur s’est ingénié à construire son récit à partir des trous et ellipses du premier roman, une bonne partie concernant Zoé, personnage haut en couleur mais sous-employé jusqu’ici. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cela fonctionne. En dehors de quelques rares passages qui donnent un air de déjà-vu, c’est bien une histoire complètement inédite que nous livre « Zoé ». Et une histoire qui se permet le luxe de développer des points trop rapidement survolés dans « La Dernière Colonie ». Parmi ces derniers, la rencontre et les interactions avec la race intelligente de Roanoke ainsi que la manière (plutôt épique) dont Zoé déjoue la conspiration contre le général Gau puis obtient le bouclier défoncif des Consus.
Au niveau de son contenu propre, « Zoé » nous conte les péripéties d’une adolescente pas tout à fait comme les autres, la faute au statut quasi-divin auquel l’a élevée le peuple des Obins à qui son défunt père a donné la conscience. Bien qu’elle soit chaperonnée en permanence par deux Obins, Pirouette et Cacahuète, et soit la fille adoptive des responsables de la colonie de Roanoke, Zoé essaye de vivre le plus normalement possible sa vie de jeune fille délurée et moqueuse. En soi, c’est déjà une épreuve tant sa condition spéciale lui est fréquemment rappelée. Mais elle persiste et commence par se dégoter, comme toute fille de son âge se le doit, une meilleure copine et un soupirant aussi charmant que maladroit. Les personnages de Gretchen et Enzo profitent donc de ce roman pour acquérir une véritable personnalité. Si celle de Gretchen manque un peu de surprise parce que trop copiée sur celle de Zoé – le terme « âmes sœurs » n’est pas galvaudé pour décrire les deux amies –, le caractère d’Enzo évoquera quelques souvenirs émus au lecteur ayant un passé d’adolescent introverti, gauche et romantique. Pour pimenter un peu le tout, Zoé se permettra quelques accès de rébellion et n’hésitera pas, en digne fille adoptive de John Perry, à prendre des décisions cruciales à chaque fois que la situation l’exigera. Bref, nous avons une histoire à peu près du même tonneau que « La Dernière Colonie », le côté fou-fou et pétillant davantage exacerbé. De plus, le personnage de Zoé étant moins impliqué dans la trame principale, la narration apparaît plus distanciée et, par endroits, moins dramatique.
Précisons, pour ceux qui en douteraient, que nous sommes ici loin du roman pour adolescents tel que pourrait le laisser entendre la quatrième de couverture. La maturité des trois jeunes gens principaux (Zoé, Gretchen et Enzo), leur sang-froid ainsi que leur façon globale de parler font que l’on n’y croit qu’à moitié. Scalzi écrit du Scalzi, que son personnage principal soit un héros quasi-centenaire ou une adolescente. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’on apprécie ses romans. Encore une fois, ni le réalisme ni la recherche de suspension d’incrédulité ne sont vraiment à l’honneur, mais on ne peut pas dire le contraire des dialogues hilarants et de la lecture rafraîchissante que nous offre le roman.
Non content de délivrer une histoire tout neuve sans empiéter sur l’ancienne, « Zoé » offre une plus-value non négligeable pour ceux qui ont aimé « La Dernière Colonie » mais regretté sa concision et son traitement allégé de certains détails. Si on ajoute à cela le petit tour de force que représente l’écriture de cet ouvrage « bis », je ne peux que le conseiller.

-- Michaël F.

Éditions L'Atalante
Traduction : Mikaël Cabon
378 pages – 18 €
ISBN : 978-2-84172-470-3