mercredi 8 juillet 2009

"Le Champion d’Olympie" de René Guillot

C’est en tant qu’esclave, et esclave fouetté, que Donar-Kong, le blond viking, fils d’Uric le Maître des vents, débarque à Corinthe. Inutile dire qu’il n’entend pas du tout être conduit le soir même à la maison de Dromon, son « propriétaire » même si, ayant épargné un accident à celui-ci, il peut en espérer quelque mansuétude.
Sa première décision va donc être de s’enfuir et cette nouvelle tentative va réussir. Mieux, un très heureux hasard va lui permettre de se débarrasser d’une tenue qui l’aurait fait repérer. En effet, il n’a pas été le seul rescapé du naufrage dans lequel il a tout perdu : son serviteur et compagnon, Bormo, a lui aussi survécu pour se retrouver aux mains de Crétois vendeurs d’esclaves. Le fugitif va donc trouver un refuge momentané dans la cabane de berger de Bormo. Il va y trouver aussi vêtements et nourriture avant de repartir.
Mais, comble de malchance, ou par chance, déboulent sur son chemin deux jeunes filles dont l’un des chevaux s’est emballé. Pourrait-il ne pas intervenir ? C’est ainsi qu’il va se faire tout à la fois une amie reconnaissante et un ennemi mortel puisque un soupirant de la jeune fille, ayant assisté de loin à la scène, n’apprécie pas spécialement ce sauvetage par un va-nu-pieds et, moins encore, d’être durement corrigé par celui-ci puis rabroué par son amie.
La charmante enfant se nomme Phérénice et elle ne peut faire moins que de ramener celui qui l’a sauvée chez elle et, aussi, puisque tous deux apprécient les chevaux, le présenter à son frère Calliste. Les deux adolescents vont immédiatement sympathiser. C’est ainsi que Donar-Kong va rencontrer leur grand-père… Dromon. Mais Dromon, tout à la fois capable d’évaluer le caractère et les capacités de l’esclave fugitif, plutôt que de l’affranchir par reconnaissance, va le mettre à l’épreuve auprès de ses chevaux.
Aussi, finalement, le jeune celte sera-t-il amené à conduire son quadrige aux Jeux d’Olympie, en dépit des traquenards tendus par Mulion, son rival.
René Guillot est un conteur. Son héros est donc un peu trop « mythique » pour être tout à fait crédible. D’une certaine façon, il joue un rôle de catalyseur révélant les caractères sur son passage. Il passera dans la vie des personnages comme un météore, les amenant à aller jusqu’au bout de ce qu’ils sont, mais sans achever leurs histoires. Amour, amitié n’auront été que des étapes dans une construction qu’ils devront achever eux-mêmes, tant il est vrai que ce ne sont pas tant les circonstances de la vie qui vous construisent mais la façon dont on y répond.
Alors, bien sûr, si vous pensiez qu’il y a là un peu trop de hasards, heureux ou malheureux, ce ne serait qu’aveuglement dû aux dieux, puisque nous savons bien que les héros sont toujours sous leur protection. Un joli conte pour une jolie leçon de vie.

-- Hélène


Éditions Thierry Magnier
164 pages – 8,50 €
ISBN 978-2-84420-437-0

vendredi 3 juillet 2009

"La Brume des jours" d’Anne Fakhouri

Clara, enfant du Clairvoyage, a franchi la Brume des Jours, le passage entre deux mondes. La voilà au pays des fées où elle doit retrouver sa tante, gardée prisonnière.
De grandes aventures l’y attendent, de terribles combats également qu’il lui faudra livrer non seulement contre les autres, mais aussi et surtout contre elle-même. Car Clara devra s’engager pleinement, faire des choix, apprendre tout autant à renoncer qu’à accepter : Clara n’aura pas d’autre alternative que quitter le doux refuge de l’adolescence et mûrir. En fait, le séjour dans la Brume des Jours sera son parcours initiatique.

Dans cet ouvrage, suite du récit commencé par Le Clairvoyage (en tome I), Anne Fakhouri invente un monde imaginaire où les fées côtoient sorcières, lutins ou encore sirènes. Ce cadre n’est cependant pas aussi féerique qu’il pourrait sembler de prime abord, les impressions y sont souvent trompeuses. Il en va de même du propos de l’auteur qui pourrait sembler léger, comme un conte destiné aux tout jeunes enfants. Pourtant, au delà de « la brume des mots », ce sont de graves réflexions qui nous sont livrées, telle la prise de conscience que nos choix engagent notre vie, tel le dépassement de ses peines profondes, tel le courage d’aller jusqu’au bout, d’affronter ses peurs, de s’affronter soi-même.
L’ensemble se laisse lire agréablement.

Le ton est tour à tour drôle, poétique, grave… à l’image de la vie.

-- Psyché

Éditions L’Atalante
Collection jeunesse
315 pages – 16 €
ISBN 978-2-84172-459-8

mercredi 1 juillet 2009

"Le Fils de nulle part" de Sean Stewart

Voilà qui était une bonne idée : pour changer, l’histoire ne démarrerait pas du début mais de la fin. Non, pas un conte qui remonterait le temps, mais bien qui nous dirait le contenu réel de la formule traditionnelle « et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».
Quoiqu’en dise trompeusement le titre français, le héros, Mark Bouclier, n’est pas le fils de nulle part mais bien celui de personne (Nobody’s son), ce qui sera abondamment répété au long du roman. Et qui sera tout aussi trompeur car, même s’il désavoue son père qui l’a abandonné, Mark l’a suffisamment connu pour souffrir de son départ.
C’est ce qui explique qu’au cours de longues années il aura appris à se battre, à ruser, bref, à devenir « quelqu’un », celui qui sera capable de braver la malédiction du Bois des Spectres et d’en réclamer récompense auprès du roi.
Et, tradition oblige, la récompense qu’il réclamera sera la plus jeune des princesses laquelle, au grand dam de son père, en paraîtra tout à fait satisfaite. Ainsi, personnages et situations sont-ils en place comme ils doivent l’être : le berger, le forgeron, le paysan, le plus jeune fils (cocher la case appropriée)… épouse la fille du roi. Pour autant, que deviennent ces couples que tout sépare depuis le berceau ? L’imagination, qui fait toujours l’impasse, admet tacitement que chacun fera une partie du chemin. C’est ce qui va se passer ici. Mark recevant l’aide de la princesse Gail, et plus encore de sa servante Lissa qui, elle, a le sens des convenances, pour se garder d’un dangereux rival et faire des terres qui lui ont été données un duché digne de ce nom.
Pourtant, rien ne va lui être facile car Mark, en brisant le maléfice du Bois, a également délivré tout ce qu’en abritait le cœur malveillant. Aussi devra-t-il repartir vers ce Donjon rouge, où il avait été victorieux, pour le retrouver en ruine et y affronter une épreuve à laquelle il ne s’attendait pas, bien qu’elle fût celle qu’il avait toujours cherchée sans le réaliser vraiment. Du moins, cette fois-ci, recevra-t-il une aide inespérée.
Rien que de très satisfaisant donc. Hélas, l’auteur n’évite pas un écueil que rencontrait déjà Eddings en écrivant la Belgariade. Sans doute n’est-il guère d’auteurs de fantasy vivant de nos jours à la cour des princes, et pas davantage de lecteurs mais il est d’usage que les princes comme les villageois s’y expriment comme on l’attend d’eux. Et qu’il n’y ait pas de confusion possible. Bref, l’éducation n’étant pas un don du ciel mais un acquis, on pouvait espérer que le langage de Mark évolue en même temps que sa destinée.
De même, on peut également espérer, lorsqu’on ouvre un livre, pouvoir le lire sans être perpétuellement distrait par une orthographe qui franchit allègrement les lisières de la fantasy ou de découvrir au tournant d’une ligne que l’héroïne, Gail, est devenue Fail pour changer.
Ce qui oblige à mettre un bémol à un livre pourtant plein de qualités, à la fois par son sujet et par les qualités d’imagination et de conteur de l’auteur. C’est quand même dommage.

-- Hélène

Éditions Mnémos
270 pages – 22 €
ISBN 978-2-35408-043-3

dimanche 28 juin 2009

"Les Catacombes de Vienne – La Chronique des immortels V" de Wolfang Hohlbein

Wolfgang Hohlbein est l’un des grands romanciers populaires allemands actuels, œuvrant tout à la fois dans le fantastique, la fantasy et la S.F. En France, on n’a longtemps connu de lui que les deux volumes du Mage de Salem, publiés chez Oriflam. Des nouvelles d’épouvante passionnantes qui font de lui un digne héritier de Lovecraft, pour la thématique, et de Robert E. Howard, pour l’action mouvementée. Les plus jeunes ont pu lire aussi, avec plaisir on l’imagine, les aventures de Opération Nautilus.
La littérature populaire allemande, peut-être parce qu’elle fut longtemps essentiellement publiée en fascicules, comme au bon vieux temps des dime-novels, est globalement mal connue en France. Dans le domaine policier, il y eut dans les années Soixante, en pleine espionnite galopante, quelques traductions des célèbrissimes (dans leur pays d’origine) Jerry Cotton et le commissaire X. Avec infiniment plus de succès, le Fleuve Noir a publié des tonnes de Perry Rhodan, space-opera culte en Allemagne, qui fut même, comme ses collègues détectives, adapté au cinéma dans les créatives années Soixante. Enfin, dans les années Quatre-vingt et Quatre-vingt-dix, Hachette, puis le Fleuve, ont tenté de traduire les aventures du plus grand détective de l’occulte germanique, John Sinclair, qui n’a malheureusement pas su trouver son public, passant du rayon jeunesse (bien avant Chair de poule) au rayon adulte. Son auteur, Jason Dark (pseudo !) est pourtant un énorme vendeur en Allemagne, un vrai faiseur de best-sellers horrifiques.
Aujourd’hui, les éditions de l’Atalante tentent aussi leur chance sur le créneau avec cette Chronique des Immortels de Wolfgang Hohlbein.
En gros, après cinq volumes parus, on peut parler sans se tromper de dark fantasy vampirique, puisque le héros principal (et bientôt son meilleur ami) appartient aux créatures de la nuit. Hohlbein veut projeter son lecteur dans un univers sombre et violent, l’Europe médiévale. L’œuvre est très proche, en fait, de films comme Bloodrayne I et Underworld III.
Globalement, Hohlbein, servi par son écriture plus qu’efficace, remporte amplement son pari. La Chronique des immortels, pour les trois premiers tomes, c’est avant tout un héros maudit et beaucoup, beaucoup de combats. Des combats, duels, très bien décrits, qui se lisent avec entrain si on aime ça. Hohlbein a une vision classique de la fantasy (ce n’est pas un défaut), assez howardienne au fond (si l’on se réfère aux prodigieux récits historiques du père de Conan). Le tome II, Le Vampyre, sur le vrai Dracula, est même à lire absolument.
Dans le quatrième tome, l’auteur allemand s’essaie à un pur roman d’ambiance et de mystère… et échoue malheureusement, en ne parvenant guère à intéresser, et même en décevant dans ses révélations finales.
Le tome V, Les Catacombes de Vienne, revient à l’action pure. Vienne est assiégée par les Turcs (la chose est à vrai dire moyennement rendue). Nos héros vampires sont parmi les défenseurs. Leur vieil ennemi, possédé par l’esprit de Dracula !, à la tête d’une armée de zombies, sera le pire danger qu’ils auront à affronter.
Les Catacombes, c’est de l’action violente (sans complaisance cependant) quasi non-stop, avec deux personnages principaux attachants (même si leur histoire d’amitié, qui pourrait être superbe, est plutôt traitée par-dessus la jambe) et un méchant bien méchant. Peu de fantasticophiles résisteraient à l’idée d’un match vampires/zombies, réjouissant et assez unique.
Wolfgang Hohlbein est un vrai conteur, davantage apparemment qu’un auteur très imaginatif, à la Brussolo. C’est sa plume alerte qui emporte le lecteur captivé dans un flot épique au rythme effréné. En cela, Les Catacombes de Vienne, à l’image de la série dans sa globalité, est à recommander à ceux qui préfèrent l’action et le mouvement permanent à la psychologie et à l’atmosphère. On ressort de là pas vraiment bouleversé, mais étourdi, un peu fatigué, comme après un bon block-buster américain.

-- Patryck Ficini

Éditions L’Atalante
311 pages - 16 €
ISBN 978-2-84172-464-2

vendredi 26 juin 2009

"L’Hiverrier" de Terry Pratchett

Tiphaine Patraque, la nouvelle élève de Mademoiselle Trahison, est une très jeune et semble-t-il, très raisonnable sorcière car, non seulement elle a été élevée dans les collines au milieu des troupeaux, mais encore elle a déjà compris les principes du Pipo.
Si raisonnable qu’on ne peut qu’être étonné qu’elle n’ait pas sérieusement surveillé ses pieds en accompagnant Mademoiselle Trahison contempler la danse Morris. Elle était pourtant mise en garde mais c’est qu’à treize ans, les pieds peuvent suivre malgré eux la musique. Eh bien, ils ont eu tort car la personnalisation de l’hiver, voyant débouler dans sa danse cette si charmante personne va en tomber amoureux. Et que fait un véritable amoureux ? Il vous couvre de cadeaux : roses de glace, milliards de flocons à son image, sans parler des icebergs assortis. Bref, l’Hiver est là, et si bien qu’il risque de s’installer définitivement, sans compter que la Dame de l’Été a bien de quoi être vexée de la conduite de cette arrogante petite mortelle.
Tiphaine a donc mis le monde dans la panade et il va falloir l’en sortir.
Les conseils de Mémé Ciredutemps et de Nounou Ogg ne seront pas de trop mais une vraie sorcière répare elle-même ses erreurs, c’est la règle. Et c’est valable même pour les apprenties. D’ailleurs, Tiphaine ne dispose même pas de sa propre cabane, celle de Mademoiselle Trahison ayant été, à son décès, attribuée à l’élève de Madame Persoreille, à la suite de manœuvres hautement diplomatiques de Mémé Ciredutemps destinées à démolir la réputation de celle-ci. Tiphaine n’est pas en cause, évidemment, et ne pas prendre en main tout un village va lui laisser un peu le temps d’agir.
Ainsi pendant que l’Hiver, très épris, va s’efforcer de devenir humain, les Nac mac Feegle, dûment chapitrés par Mémé et qui entendent protéger Tiphaine, vont-ils essayer de lui trouver un héros ou, du moins, de faire un héros de son ami Roland, le fils du baron, plus ou moins séquestré dans son château par deux vieilles tantes cupides. Et comme les allégories se combattent à l’aide d’armes allégoriques jusqu’aux enfers ou aux palais de glace…
Bref, du Terry Pratchett tout pur où vous découvrirez, entre autres, tout l’intérêt que portent les sorcières à être prévenues de leur mort, ce qui leur permet de profiter un maximum de leur banquet de funérailles. Où vous partagerez la compassion de Tiphaine pour ce pauvre Hiver amoureux, et même celle qu’elle éprouve pour la vaniteuse Annagramma et où, compréhension oblige, vous apprendrez à lire le feegle dans le texte.
Un nouveau roman du Disque-Monde qui touche, comme à l’accoutumée, aux vrais problèmes de l’humanité ordinaire et avec beaucoup d’humour, même si toutes les productions de l’auteur ne sont pas également inspirées. Peut-être pas dans les Pratchett à relire, mais très certainement dans ceux à lire donc.

-- Hélène

Éditions L’Atalante
397 pages – 18 €
ISBN 978-2-84172-468-0

mercredi 24 juin 2009

Solaris n°170

Après un petit éditorial ironique de Joël Champetier supputant les sommes qui pourraient être investies dans la culture pour relancer l’économie (de la pure science-fiction donc), entrée dans le vif du sujet avec Le Boucher de Nicolas Weinberg. Un contre cruel dans le passé, le froid et la faim qui font voir aux hommes des choses qui n’existent pas mais endorment leur méfiance sur celles qui existent. Deux pauvres hères frigorifiés et affamés qui auront eu le tort de s’arrêter dans une auberge où ils vont croiser le boucher, un habitué des lieux.
Grains de silice de Mario Teissier est une nouvelle si curieusement construite qu’elle vous ouvrira une vue tout à fait nouvelle sur le space-opera en format de poche.
Dans La règle des tiers, François Lévesque vous invite à découvrir comment un enseignant passionnément pris par son métier, la mécanique quantique, peut considérer sa vie comme une équation et, malheureusement, ceux qui l’aiment comme des variables négligeables.
André Dumaine, lui, nous promène dans le quartier d’Hoenzolam où le narrateur, juriste, accompagne sa maîtresse. Dans ce quartier, en marge de la cité de Brémuge, sont relégués tous ceux qu’il est convenu d’appeler marginaux, ou artistes, ou prostituées, ou… On pourrait croire que cette visite guidée, et avec une femme dessinatrice de mode, lui serait une heureuse parenthèse, l’occasion d’ouvrir un tout petit peu les yeux sur ses préjugés. Oui, on pourrait le croire…
Dans Comme des nuages dans un ciel d’été, Georges Boulevard rappelle, par la bouche d’un Moine droit sorti d’un temple japonais et plus ou moins clochardisé la force de la vie dans un monde dévasté par la pollution. Même si cette vie passe par l’étrange voie de fillettes jumelles issues d’une mère-clone génétiquement modifiée – à la conscience trop vaste pour ne pas l’étouffer – qui s’est arrêtée quelques temps auprès de ce « moine » qui lui est si semblable.
La jolie fille de Pol Pot de Geoff Ryman nous fait découvrir les voies étranges par lesquelles Sith, va devoir exorciser un passé, qui n’est même pas le sien, mais dont elle porte tout le poids, simplement parce qu’elle est la fille de son père. Il y a tant de fantômes douloureux à consoler.
Suit un article de Mario Teissier Sous des cieux étranger : étoiles en science-fiction parce que, même si l’auteur le regrette, au moins autant que moi, la pollution lumineuse des villes nous a fait oublier la splendeur des cieux étoilés. Cet émerveillement qui pourtant reste une des sources majeures de la science-fiction avec ses étoiles errantes, celles qui sont doubles, ou explosent ou créent ces merveilleux trous noirs qui retiennent sans doute la lumière mais sont aussi la source de tant d’inspiration.
Après un large balayage sur Les rayons de l’imaginaire, Pascale Raud nous tente avec une large liste des livres actuellement disponibles auxquels elle attribue un genre, provisoire, destiné à nous faciliter un peu le choix.
Enfin, Les littéranautes nous font part de leurs propres choix ou déplaisirs avec des critiques bien étoffées.
Une saine lecture, donc, même si, personnellement, je reste totalement hermétique à certaines nouvelles comme La règle des tiers ou Hoenzolam.

-- Hélène

lundi 22 juin 2009

AOC Millésime

Auteurs connus et inconnus au programme de cette anthologie de quinze textes, assez inégaux, déjà publiés dans AOC, Aventures oniriques et Compagnie. En commençant par L’Ogre, le chat et les mathématiques, de Jo Bellet, petite nouvelle pleine d’humour, noir, sur les déboires et consolations d’un ogre sous un pont – comme quoi, ce n’est pas un lieu réservé aux trolls – reprise dans l’illustration, fort réussie, de la couverture.
Clin d’œil aux Simpson, La métamorphose des Mégaston, ou les surprises de Bart Koenig avec les personnages de la série télévisée promise au succès qu’il est en train d’écrire.
Avec Cette bonne vieille terre, Willy AmShani écrit un petit conte écologique destiné aux collectionneurs imprudents : qu’est-ce qu’un petit peu de terre ? Peur au ventre, du même, est de loin bien meilleur. Là, pas de morale, juste les états d’âme d’un soldat… qui pourrait être des plus ordinaires.
Les Petites voyageuses de Jean Effer évoque les paradoxes du voyage dans le temps auxquels se heurtera le professeur Henry Dumouse, au nom assurément prédestiné, et qui l’inciteront à mettre un terme à ses expériences très – ou trop – réussies, mais pas dans le sens prévu.
Sous couvert de fiction, Olivier Bourdy se livre, lui, à une satire tout à fait pertinente de l’école, avec des enseignements bien propres à donner la nausée. Nourritures spirituelles est à conseiller à tous les futurs enseignants et, mieux encore, à leur ministre.
Comme un agneau de Karim Berrouka anticipe sur une civilisation dont on aurait éradiquée toute violence, mais à quel prix !
Je rêvais des fays de Yohann Vasse est effectivement un rêve. D’un soldat mourant, ou bien drogué, dans le dernier cabaret avant la fin du monde ? Très onirique mais je n’ai pas du tout accroché.
Chamane de Kervenou est superbe. Une analyse très fine à la fois de la signification du chamane et de ses rapports au reste du monde dans son ensemble.
J’ai également beaucoup aimé, dans un tout autre genre, La musique des sphères d’Olivier Rouy, qui met joliment en lumière, et avec beaucoup d’humour, les travers de l’espèce humaine, qui se serre rarement les coudes en cas de nécessité.
Quand est mort le poète de Camille Ocoy est une nouvelle toute politique. Elle pourrait s’appliquer à n’importe quelle époque et n’importe quelle dictature, tant il est vrai que ce sont les poètes les derniers gardiens de la liberté, mais cette trop vague « universalité » lui fait perdre une grande part de sa force. Dommage.
Sébastien Juillard nous conduit aux portes d’un Japon à peine futuriste avec Death dolls blues, où Ayame, génétiquement modifiée pour être une tueuse, à la solde de Genshirô, prendra conscience qu’elle a toujours le choix. Une belle écriture mais d’une grande froideur pour une héroïne non moins froide.
La quête d’identité de Brad 2051, de Vanessa du Frat, soulève, avec un léger brin d’humour, les dérives absurdes auxquelles pourrait conduire le clonage. Mais sont-elles si absurdes que ça à une époque où rien de ce que découvrent les chercheurs n’échappe aux lois du commerce ?
Francis Berthelot, lui, revisite la mort de Mata-Hari, célèbre espionne, ou prétendue telle, de la Belle Époque. Ce sera Mata Napari, son coiffeur et complice, qui paiera pour la frivolité et la sottise de la célèbre demi-mondaine.
Enfin, Raven K de Xavier Mauméjean, basé sur des témoignages de ce monde-ci, évoque douloureusement les camps de prisonnières chez les nazis. Que ce soient des fées ou des femmes n’enlève rien à une horreur qu’il est bien regrettable de transporter dans ce monde-là qu’on aurait pu espérer hors d’atteinte.

-- Hélène

Éditions Présences d’Esprits
248 pages – 15 €
ISBN 2-9518997-2-6

dimanche 21 juin 2009

"Vamp in Love, saison 1" de Kimberly Raye

Si vous ne vous êtes jamais laissés aller à zapper un soir d'ennui, en avalant un peu de toutes les émissions débiles qui parsèment le paysage audiovisuel, vous n'avez pas idée de la sensation que l'on éprouve à lire cette littérature chick lit dont Wikipédia donne la définition :
"Elle raconte l'histoire d'une jeune citadine, âgée d'une vingtaine d'années, souvent blanche, célibataire, branchée, et généralement issue de la classe moyenne. Elle est habituellement aux prises avec un travail harassant ou inintéressant dans le monde des médias (magazine de mode, maison d'édition, émission télévisée etc.). À la recherche de l'homme de sa vie et souvent en désaccord avec sa famille (le plus souvent avec sa mère) ou minée par un besoin compulsif (celui d'acheter des vêtements par exemple) visant à calmer ses anxiétés, l'héroïne est obsédée par l'apparence et a une passion pour le shopping. Les aventures sont toujours saupoudrée d'humour et de dérision, spécificités essentielles de la chick lit.

Le ton est très spécifique : désinvolte, désabusé, bourré d'humour (noir)."

Voilà, en un article, tout est dit. Sauf que l'héroïne a 500 ans, mais il y a bien la mère, le shopping...

Mais reprenons du début...
Hier aprem, je trainais au Virgin quand, au milieu de l'étal SF/fantasy, j'aperçois cette couverture noire. Le prénom de l'auteure me donne des frissons : mon côté voyeuriste-amatrice de catastrophes, sans aucun doute. Du coup, je retourne le bouquin pour parcourir le 4ème de couv' et découvre que l'héroïne a pour nom de famille Marchette.
C'est une très mauvaise raison pour acheter un livre, mais je fais souvent les choses pour de mauvaises raisons, puis je suis curieuse de savoir si je vais trouver cela crétin ou drôle.

Tout à fait dans le genre de Stéphanie Plum, citée par elle, Lilliana Marquette est une narratrice à l'abstinence forcée qui va se retrouver plongée dans une affaire criminelle alors qu'elle s'est mise en tête de faire fortune avec une agence de rencontres.
Le langage est simple et fluide, cela se lit facilement et vite.
Il y a des idées amusantes (les vampires le sont de façon héréditaire tandis que des pauvres humains deviennent des mordus, les vampires à la recherche de l'accouplement dégagent des odeurs de pâtisseries et autres friandises...), mais... aux côtés de quelques maladresses qui auraient dû être évitées d'une simple relecture, l'ensemble reste lourd. Sur moins de pages, on aurait pu goûter une histoire rigolote et décalée, où la vampire, au lieu d'incarner la féroce prédatrice, se soucie surtout de ses chaussures.
Sauf que la sauce est diluée : 50.000 fois, Lilliana va nous répéter qu'elle ne doit pas succomber au superbe mordu sur lequel elle fantasme.

Bref, je ressors de cette lecture avec un avis très mitigé : ce n'est pas franchement mauvais, y'a des idées rigolotes, ça se lit facilement et c'est idéal pour emporter à la plage, vu la saison... mais, au prix d'un tout petit effort, l'auteure aurait pu réussir son coup en élaguant les lourdeurs qui, au final, laissent quand même un goût de nourriture à trop forte teneur en lipides.

A lire par curiosité, on va dire...

(Petite note supplémentaire : étant donné qu'il s'agit de Chick lit et de vampire, ce roman appartient peut-être à la Bit lit, mais, n'en ayant pas encore lu, je n'en jurerais pas non plus...)

-- Sybille

Traduit de l'anglais par Christine Barbaste
Fleuve noir
ISBN : 978-2-265-08756-9
14,90 €

jeudi 18 juin 2009

"La Vieille Anglaise et le continent" de Jeanne-A Debats

On peut avoir atteint l’âge de mourir sans se persuader de la nécessité de la chose, et le Dr Ann Kelvin n’en a pas envie du tout. Sans doute est-ce la principale raison pour laquelle elle va accepter la proposition de Marc Sénac qui fut, trente ans plus tôt, son jeune élève et avec laquelle elle eut une liaison trop mouvementée pour ne pas les blesser tous deux. Mais il est une autre raison encore : son amour pour la vie sous toutes ses formes et, en particulier, celle qui peuple les océans.
La sauvegarde des baleines n’est-elle pas une cause des plus nobles ? Ainsi Ann va-t-elle accepter la mnèse, à laquelle elle répugne de tout son être, ce qui ne lui permettra de survivre que peu de temps dans l’esprit d’un cachalot, maintenu artificiellement en vie dans ce seul but, mais en sauvant son espèce.
Voici Ann, équipée d’une balise, glissant à travers les courants ; cachalot certainement assez maladroit mais également assez prudent pour ne pas heurter ses congénères. Heureusement puisque, dans le monde des eaux comme dans celui des hommes, il est bien difficile de se tirer d’affaire tout seul. Là aussi, rien ne saurait être plus précieux qu’un véritable ami.
Les premiers résultats ne tarderont pas à se manifester, la chair des baleines qu’elle aura contaminées grâce au virus implanté dans ses flancs, devenant impropre à la consommation…
Louable dessein de la part de Marc Sénac et de la fondation qui l’emploie sans lui ménager ses crédits. Mais peut-être était-il bien naïf, car Ann découvrira bien autre chose que la chasse prohibée.
Il est un proverbe asiatique qui assure qu’un homme et une femme qui s’aiment pourraient à eux seuls vider l’océan. Il est certain qu’Ann et Marc, qui n’a jamais cessé de l’aimer, aideront grandement à le sauver et, aussi, à se « sauver » eux-mêmes.
De profondeurs inconnues en retours sur le passé, l’auteur nous fait partager, l’air de rien mais avec beaucoup de classe, ses convictions et ses inquiétudes. C’est toute la supériorité de l’écrivain sur le politique, et le propre des écritures parfaitement maîtrisées, que l’on a d’autant plus de plaisir à lire qu’elles ne sont pas si fréquentes.
Pas étonnant que cette novella ait raflé tant de prix (Julia Verlanger, Grands Prix de la SF et de l'Imaginaire).

-- Hélène

Éditions Griffe d’encre
77 pages – 8 €
ISBN 978-2-917718-00-1

lundi 15 juin 2009

Courageux – La Flotte perdue III de Jack Campbell

Si John « Black Jack » Geary, à la tête de la flotte de l’Alliance, est considéré comme un héros, voire un messie, parce que réveillé au bout de cent ans après avoir hiberné dans une capsule de survie, se retrouver à ce poste n’est pas de tout repos.
D’abord parce que consommer de l’énergie demande un approvisionnement en matériaux et que les réserves dont il dispose sont au plus bas. Ainsi, alors même qu’il cherche à échapper à travers l’espace à l’armée des Syndics, dans l’espérance hypothétique de retrouver la terre, va-t-il devoir faire un raid chez l’ennemi pour voler ces indispensables ressources.
L’audace est généralement payante, mais il est rare qu’elle n’entraîne pas de représailles surtout quand elle signale exactement votre présence. Dès lors va s’engager une partie de cache-cache entre la flotte et ses ennemis, chacun essayant de son côté de prévoir le portail hypernet que l’une va chercher à franchir et l’autre essayer de bloquer.
Ce qui ne serait pas simple en temps ordinaire l’est encore moins lorsqu’une partie de ses propres commandants cherche à saper son autorité. Soit parce qu’ils n’ont pas tout à fait foi dans ce héros « revenu d’entre les morts » pour les guider, soit parce que, l’ayant trop, ils attendent d’être systématiquement menés au combat, celui-ci dut-il s’achever en carnage. Ce n’est pas tout à fait incompréhensible : au bout d’une guerre de cent ans, les mentalités évoluent. Naturellement, pas en bien.
Pour compliquer encore un peu les choses, s’y ajoutent les « affaires de cœur » du capitaine Geary qui, adulé par la capitaine Desjani du vaisseau amiral, entretien une liaison je t’aime -moi non plus avec Victoria Rione, diplomate représentant le monde allié de Callias. La jalousie exacerbant encore des relations qui n’ont jamais été faciles entre l’armée et les politiciens.
Il ne faut cependant pas s’attendre ici à une psychologie très fouillée des personnages mais plutôt à beaucoup de combats. Plein de combats qui rayent le ciel. Un vrai jeu de stratégie dans le plus pur style du space-opéra.
Et quid des extraterrestres qui pourraient tirer les ficelles de ce jeu ? Mais cela, nous ne l’apprendrons pas cette fois-ci puisqu’il s’agit simplement du troisième tome et que trois autres sont prévus.
Ce n’est donc pas le roman du siècle mais de la SF très agréable à lire.

-- Hélène

Éditions L’Atalante
381 pages – 18 €
ISBN 978-2-84172-465-9