Se réveiller difficilement, frigorifié et blessé, pour se retrouver dans une cage de fer en suspension avec, pour seuls voisins, une jeune femme délurée dotée de deux paires de bras et de seins et un macchabée fort malodorant, voilà qui est un triste commencement dans la vie. Car c’est bien un commencement. Yarg, si c’est bien son nom qu’il porte en tatouage, n’a plus aucun souvenir de quoi que ce soit. A priori plus aucun avenir non plus. Pourtant, la chance va passer, sous les traits peu aimables d’un vendeur d’esclaves, tout heureux de découvrir de la marchandise toute prête à être cueillie.
Yarg va donc entamer un voyage, fort peu touristique côté confort et nourriture, qui va néanmoins lui permettre, ainsi qu’à ses compagnons, d’être suffisamment ragaillardis pour être vendus à bon prix dès leur arrivée au port. Pour les galères. La jeune femme, Sarouelle, aura du moins un sort plus clément, puisque destinée à la charmante compagnie du prince-capitaine et non à celle du banc de nage.
Qu’on ne s’y trompe pas, c’est en tout bien tout honneur… quant aux galériens, ils trouvent à bord tout le confort d’un vaisseau de pointe, si c’est une consolation que d’être forçats « de luxe ».
De toute manière, le voyage ne va pas durer longtemps – tant pis pour les sympathies qui s’étaient amorcées – et nos deux héros vont se retrouver sous la protection du prince qui les accueillera dans sa splendide capitale et… en route pour de nouvelles aventures.
Il y a là une écriture jubilatoire, parfaitement maîtrisée, avec un petit goût suranné très recherché et des têtes de chapitres remarquablement explicites qui font du Voleur des steppes un roman tout à fait rocambolesque avec des personnages tous plus forcés que nature. C’est drôle, c’est inattendu, ce qui n’exclut pas une réflexion sous-jacente sur « le monde comme il va ».
Après bien des péripéties, Yarg, fugitif vertueux, finira par découvrir malgré tout une partie de son passé et, aussi, son nom mais nous lui donnerions volontiers celui de Candide, de même que certains de ses compagnons pourraient bien porter celui de Pangloss…
Bref, un long roman plein d’un humour très particulier, à lire… sans modération.
-- Hélène
Éditions Alire
623 pages
ISBN 978-2-8961-50090
mercredi 24 octobre 2007
"Le Voleur des steppes" de Joël Champetier
dimanche 21 octobre 2007
"Les Royaumes des Marches - Château d’Ombre I" de Tad Williams
Ceux qui sont en quête d’évasion et de dépaysement trouveront matière à satisfaction avec Château d’Ombre.
Certes, les plus paresseux d’entre les lecteurs pourront, de prime abord, être rebutés par l’épaisseur du premier tome des Royaumes des Marches, mais qu’ils ne se laissent pas si facilement abuser : les 340 pages de ce premier volume se consomment sans modération ! Certains passages pourront peut-être sembler un peu longuets mais pas suffisamment cependant pour créer l’ennui car le dynamisme de l’auteur, Tad Williams, a su éviter cet écueil.
Il nous livre là, en effet, tout un univers imaginaire : des lieux nouveaux, des dieux nouveaux, des créatures nouvelles dont certaines, qui ne sont pas humaines, sont pour le moins mystérieuses.
Le lecteur n’est cependant pas totalement perdu dans ce monde irréel où il retrouve toutes les passions qu’il connaît bien : les rivalités, les complots, la guerre, mais aussi, fort heureusement, le courage, l’honneur et l’amour.
Il nous fait visiter une importante galerie de portraits, une foisonnante palette de personnalités et de caractères attachants, tels Briony la fougueuse princesse, Chert Quartz Bleu le farfouilleur au grand cœur, Dévaleur l’intrépide faîtier, pour n’en citer que quelques-uns (un lexique de 14 pages en fin d’ouvrage se révèle utile en cas d’hésitation).
Au fil de son récit, Tad Williams sème toutes sortes d’énigmes qui n’en finissent pas d’aiguillonner l’intérêt : quelle est la terrible malédiction dont est victime le prince Barrick, et, avant lui, son père ? Qui sont les Qars, peuples du Crépuscule, et quels sont leurs desseins ? Qui est Silex, cet enfant au comportement des plus mystérieux ? …
Voilà quelques échantillons des interrogations posées et qui laissent le lecteur bien perplexe: il se retrouve comme dans le hall d’une entrée donnant sur plusieurs portes, tout juste entrebaîllées : le peu qu’il entrevoit aiguise sa curiosité et il ne saurait être question pour lui de partir sans en découvrir davantage. De la même façon, il semble impossible d’abandonner ici la lecture du Royaume des Marches.
Trop d’énigmes ont été soulevées pour ne pas vouloir en connaître les clés.
Gageons que le deuxième volume de Château d’Ombre ne trahira pas cette attente.
-- Psyché
Editions Calmann-Lévy
Traduction de Jean-Pierre Pugi
ISBN 978-2-7021-3792-5
355 pages – 19, 90 €
dimanche 7 octobre 2007
"Underground" de Craig Spector
L'Underground, un petit groupe d'amis idéalistes et contestataires qui se réunissent une dernière fois avant la douloureuse séparation des différentes facultés. Malheureusement, choisir le Custis Manor, ancienne plantation sudiste à la sinistre réputation, était une mauvaise idée... L'entité malfaisante qui s'y repose n'apprécie pas du tout leur présence et le leur fait bien comprendre.
Vingt ans plus tard, les survivants décident d'affronter leurs démons du passé et de retourner sur ce lieu maudit pour en finir.
Underground est un bon thriller, lié à une trame très simple - un manoir maudit et des adolescents persécutés - qui réussit à angoisser le lecteur et, surtout, à le faire réfléchir sur la traite des esclaves noirs, véritable but du roman. L'ensemble est bien construit et cohérent, et offre un excellent moment de lecture et de réflexion.
N'hésitez pas à le découvrir, malgré son entrée en matière très classique.
ISBN : 978-2352940838
samedi 6 octobre 2007
"L'ascension du serpent - Hordes I" de Laurent Genefort
Marween, jeune paysan, est sauvé du viol par Audric, le fléau du démon. Il rejoint ainsi la Horde du serpent, et apprend à combattre. Mais le geste d'Audric était prédestiné, et l'évolution de la horde promet de nombreux bouleversements dans les mois à venir. Surtout si l’on en croit les visions d'avenir cauchemardesques d'Umiade, l'augure de la Horde.
Dans un monde de luttes perpétuelles entre seigneurs, les Hordes représentent la main d'œuvre nécessaire aux seigneurs pour garder, et si possible gagner, leur pouvoir. Mais là où l'Homme est issu des fruits des Skambahs, chênes géants, les mercenaires ne sont que de la chair à pâtée aux yeux des grands et des religieux. C'est pourquoi Audric tente, au fil du roman d'obtenir une part d'humanité face aux puissants, en mettant en avant le seul atout qui les intéresse.
L'ascension du serpent est un bon roman d'aventure, sans prétention, dans un univers politique apparenté aux luttes de pouvoirs japonaises. Inspiré par Kentaro Miura, Laurent Genefort réussit à construire un ensemble cohérent et intrigant, où l'avenir apparaît de plus en plus sombre et où le lecteur est curieux du sort des différents protagonistes. L'ensemble se lit vite avec plaisir, en permettant la découverte d’un univers où toute vie vient des arbres. C'est un roman ouvrant de nouvelles voies, en particulier pour les amateurs de mangas qui ont envie de passer à un format écrit, ou pour les amateurs de fantasy en manque d'idées originales.
À découvrir donc.
-- Aphraël
Editions Bragelonne, 2007
17€
ISBN 978-2-35294-089-0