mercredi 27 mai 2009

"Sauvez Hamlet !" de Jasper Fforde

Il y a quelques semaines, je vous parlais du Puits des histoires perdues, le troisième tome des aventures de Thursday Next. Cette détective littéraire (agent de police chargée de veiller sur la littérature, trésor s'il en est) passait sa grossesse à l'intérieur d'un livre tout en travaillant pour la Jurifiction (les forces de l'ordre du Monde des livres).
Au début de Sauvez Hamlet !, Thursday, maintenant maman du petit Friday, est lasse du monde des livres et souhaite revenir dans la réalité... et tout faire pour retrouver son mari disparu avant de l'avoir rencontrée.
Accompagnée d'Hamlet, curieux de découvrir comment les humains le perçoivent et comment les différents acteurs interprêtent son rôle, Thursday va donc lutter contre un futur dictateur échappé d'un mauvais roman, empêcher qu'Hamlet (l'oeuvre) ne disparaisse pendant l'absence de son personnage-titre, explorer le monde des semi-morts, tenter d'échapper à un tueur-à-gages...
En fait, rien ne peut résumer la folie débridée d'un tel roman. Et c'est ce qui fait tout son charme. Dans ce monde parallèle au nôtre, qui frôle parfois doucement la folie, tout peut arriver avec une logique désarmante. Ce savant mélange d'une réalité parallèle, de voyage dans le temps et de voyage dans les livres est... bluffant !
Bien sûr, le défaut que je relevais dans le tome 3 est toujours là : Thursday, un peu trop "je peux tout réussir sauf le tricot", n'est pas un personnage profond. L'auteur a choisi de la marier puis, dans ce livre, d'en faire une mère sans que cela ait un quelconque intérêt. Friday semble transparent et une méchante petite voix me souffle que l'auteur ne doit avoir aucune idée de ce que l'on ressent à être parent.
Mais on ne suit pas Thursday Next pour trouver une quelconque profondeur de sentiment. On la suit parce qu'elle est la seule à vivre de pareilles aventures.
A lire donc, sans hésitation possible.
Perso, j'attends avec impatience le 5ème tome qui doit paraître en juin en édition de poche ;-)

-- Cibylline

Traduit par Roxane Azimi
10/18
ISBN : 978-2-264-04862-2

dimanche 24 mai 2009

"Le Nom du vent – Première journée" de Patrick Rothfuss

Lire un nouvel écrivain, c’est toujours une surprise. Lire le premier livre d’un nouvel écrivain, c’est une surprise risquée. Mais, quelquefois, le risque en vaut la peine. C’est peu de dire que j’ai apprécié. Je ne partage pas une publicité qui l’associe à des auteurs connus comme Feist, Eddings… Non, il y a quelque chose de particulier chez Rothfuss qui, d’emblée, le place loin des comparaisons ; peut-être une densité de l’imaginaire qui ancre la fantasy dans la réalité. Car il s’agit bien de fantasy, mais il s’agit surtout de création littéraire et, si l’on y croise un dragon, eh bien, c’est que les dragons existent, voilà tout. Vous pouvez en croire celui qui vous le raconte, il n’a rien d’un doux poète et, même s’il semble un simple aubergiste, une rude vie de gamin des rues ne lui a pas vraiment appris à rêver.
Alors, parce que l’occasion s’en présente, et que le chemin qui l’a amené dans ce village n’est pas des plus évidents, Kvothe va prendre le temps – juste trois jours – de se raconter à Devan Lochees, le chroniqueur, qui s’est arrêté comme par hasard dans son auberge après avoir été dépouillé en route par des brigands. Il y a le temps après tout puisqu’il n’y a jamais que quelques clients : à la campagne, il n’est guère facile de s’installer pour un étranger.
Ainsi va commencer, sous la dictée, la première journée de Kvothe, dont l’enfance fut bercée par le théâtre et la musique de la troupe ambulante que dirigeait son père, avant qu’il ne découvre la magie de l’Arcanum avec le vieil Abenthy qui voyagera quelques temps avec eux.
Les enfances heureuses ont ceci de particulier qu’elles ne durent guère, pas plus dans les romans que dans la vie de tous les jours et Kvothe va le découvrir très tôt. Les Chandrians – mais qui sont les Chandrians ? – n’apprécient guère que l’on parle d’eux, surtout dans des chansons qui risquent de se répandre. Aussi n’ont-ils pris aucun risque avec les parents et les amis du jeune garçon. Et que peut faire un enfant dépouillé de tout, dont le seul rêve est d’entrer à l’Université, sinon essayer d’abord de survivre ?
Mais avec une vraie volonté et beaucoup de fierté, on arrive à tout, même s’il n’est pas si merveilleux d’être un étudiant pauvre : l’intelligence et les dons vont devoir pallier tout le reste. Ils le peuvent, au point même de vous attirer de dangereuses inimitiés.
Et puis il y les amis, la belle Denna et, plus que tout, la musique…
Bref, au bout de sept cent pages, lorsqu’on se retrouve à attendre les « journées » suivantes, on n’a qu’une crainte, c’est que l’auteur n’arrive pas à tenir aussi bien jusqu’au bout…
Un vrai bonheur, donc.

-- Hélène

Éditions Bragelonne
727pages – 30 €
ISBN 978-2-35294-283-2

samedi 23 mai 2009

Vampire Chronicles – La Légende du roi déchu I

Le roi des vampires, Akabara, isolé, est l'objet d'une traque incessante de la part des dhampires, ces êtres mi-humains mi-vampires possédant quelques pouvoirs et une longévité exceptionnelle. Bien entendu, les humains peuvent également poser problème. Mais le plus grand danger vient du cygne noir, entité au pouvoir grandissant, possédant successivement des jeunes femmes qu'elle condamne par là-même. À chaque fois, les dhampires s'allient au nouveau réceptacle et lancent la chasse. Qu'importe à notre personnage tragique qui n'a de cesse de briser différents sceaux en espérant enfin tomber sur celui qui cache sa bien-aimée emprisonnée par ses adversaires ! Les luttes sont acharnées et, inéluctablement, la force des combattantes possédées du cygne noir va finir par dépasser un jour ou l'autre celle du plus grand des vampires.
Sur le thème de la chasse assez classique au départ, c'est une autre trame que nous a concoctée Kyô Shirodaira puisque les tragédies amoureuses s'enchaînent. Le récit refuse pour l'instant de tomber dans le manichéen. Les quelques personnages principaux sont attachants et le design que leur attribue Yuri Kimura est assez mignon pour renforcer cet aspect. Les mises en page multiplient les effets avec élégance, quelques poses, ça et là, sont marquantes sans pour autant faire honte aux autres pages.

-- Maël Idelson

Éditions Ki-oon
Scénario: Kyo Shirodaira
Dessin: Yuri Kimura
208 pages – 6,50 €
ISBN : 978-2-3559-2067-7

"Avaleur de Mondes" de Walter Jon Williams

Aristide est bretteur. Et scientifique. Sous le soleil à jamais immobile qui écrase les déserts de Midgarth, il ne craint personne. Ni les orcs, ni les trolls, ni les hors-la-loi rendus téméraires par la perspective d’une résurrection dans un bassin de vie en cas de décès prématuré. Et ce ne sont pas Tecmessa, son épée magique capable de déchirer le tissu spatio-temporel, ni Bitsy, sa chatte omnisciente douée de parole, qui rendent Aristide ainsi confiant et nonchalant. C’est le fait qu’il ne soit pas tout à fait étranger à la genèse de ce monde et de dizaines d’autres univers sur mesure qui se sont greffés au système solaire. Pourtant, la menace à laquelle il s’apprête à faire face et l’adversaire implacable auquel il va devoir s’opposer vont radicalement modifier sa perspective de l’existence.
Walter Jon Williams est un auteur éclectique. Entre le cyberpunk pur jus de « Cablé » pratiqué à ses débuts et la techno-fantasy urbaine de la série des « Plasma », il s’est essayé à pratiquement tous les genres de l’imaginaire, quitte à les réinventer en partie. « Avaleur de Mondes » ne déroge pas à la règle et nous réserve une lecture des plus mouvementées. En guise de mise en bouche, imaginez un premier chapitre d’heroic fantasy caricaturale et échevelée (hommage aux jeux de rôles dont l’auteur est friand) puis un basculement complet dans de la simili hard-science empruntant au Greg Bear de « Eon » et au Greg Egan de la « Cité des Permutants ». Avec des zombies.
Même en connaissant le bonhomme, il faut être sacrément accroché à son bouquin pour ne pas perdre pied. D’autant que les explications sont fournies au compte-gouttes et que les péripéties s’enchaînent trop rapidement pour laisser au lecteur le temps de savoir par quel bout prendre cet univers où les frontières entre virtuel et réel, dedans et dehors, temps et espace, semblent inexistantes. Difficile d’en dire davantage lorsque l’un des principaux atouts de l’ouvrage est de mener son lecteur d'étonnement en stupéfaction. Les amateurs de Walter Jon Williams sauront à quoi s’en tenir et ne seront pas surpris d’être à nouveau surpris. Seule la prose de l’auteur, plus précise et moins brouillonne que dans certains de ses autres ouvrages, se fera peut-être agréablement remarquer par les plus pointilleux. Quant aux autres, « Avaleur de Mondes » peut se révéler une bonne entrée en matière pour découvrir cet auteur hors normes.
Même si ce n’est pas l’ouvrage le plus marquant de Williams, ce concentré d’inventivité, de rebondissements et de personnages hauts en couleur a peu de chance de prendre la poussière sur votre table de chevet.

-- Michaël F.

Éditions L’Atalante
409 pages – 18€
ISBN : 978-2-84172-460-4

jeudi 21 mai 2009

"À l'ombre d'Halloween suivi de Passions Fatales" de Joseph Ouaknine

Ce roman est une heureuse surprise de Rivière blanche qui renoue de façon très agréable avec les "terreurs" de la défunte collection Fleuve noir. Frisson, suspense et humour garantis !
L'histoire : un homme organise dans un manoir abandonné son anniversaire le soir du 31 octobre. Le thème, comme il se doit, est celui d'Halloween. Pour que tout soit réussi, une organisatrice spécialisée est appointée pour donner la touche de terreur nécessaire. Genre fausses ou vraies tombes au fond du jardin... Chauve-souris, vampires, fantômes et citrouilles à tous les étages.
Le résultat dépassera les espérances de tout le monde...
Le récit est découpé en trois parties, narrées par trois protagonistes.
La première, c'est le récit de celui qui veut fêter un anniversaire original et qui commandite la petite fête. Pour avoir un anniversaire inoubliable, il va en avoir un !
La deuxième, c'est l'organisatrice dont les intentions sont-elles bien juste de réaliser les souhaits de son client ?
La troisième est racontée par Halloween (qui qu'il soit) soi-même.
À chaque fois, des morceaux de l'histoire se dévoilent et se recoupent sans jamais se contredire pour parfaire cette parfaite toile d'araignée. Quoi que celui qui finisse par s'y prendre est-il bien celui qui aurait dû y finir ? (mettre ici un petit rire sadique de sorcière pour rester dans l'ambiance).

Treize nouvelles "fatales" viennent compléter ce récit.
Si certaines reprennent ou citent des personnages d'autres textes, toutes forment un ensemble bien sympathique de textes pour frissonner et/ou s'amuser.
Que ce soit les raisons pour haïr ou adorer les chats, comment coincer ou libérer un démon, gagner la coupe du monde de football ou faire muter les cafards...
Dans tous les cas, ces textes ne vous laisseront pas indifférent !
À éviter de lire par une sombre nuit d'orage et encore moins d'Halloween, si vous avez le cœur fragile.
Ou peut-être que si... (remettre le rire sadique de sorcière).

-- Philippe Halvick

Éditions Rivière Blanche
Noire 14
316 pages
ISBN-13: 978-1-934543-68-9

dimanche 17 mai 2009

Soul Eater II

Les cancres de la classe des récupérateurs d'âmes de vilains et monstres sont en train de se faire rétamer gravement dans l'épreuve de rattrapage. Mais cela n'aura peut-être pas été vain. Enfin, peut-être seulement car, très rapidement, Soul Eater et Black Star décident de sécher pour donner une petite leçon au fils du dieu de la Mort. Leçon un peu violente pour tous… Maka et Soul Eater se retrouvent dans le récit suivant face à la Meister Crona et à Ragnarok, lame damnée, qui va leur donner bien du fil à retordre. Une sorcière redoutable est derrière cette manifestation de pouvoir et il faudra que des combattants plus aguerris interviennent…
À la différence du premier volume, moins de nouveaux personnages sont présentés et l'on se contente d'en apprendre un peu plus sur ces collecteurs d'âmes et leurs armes se transformant à volonté en humains. Atsushi Ohkubo introduit plus d'évènements angoissants, faisant monter la tension, au détriment du délire global qui dominait le premier volume. L'humour est toujours présent heureusement mais dans une moindre mesure, les visions coquines suivant la même tendance d'ailleurs. Le tome s'en ressent un peu. Ceci étant, les personnages mignons sont bien dynamiques, sautillant dans des pages vivantes et conférant au volume un rythme rapide.

-- Maël Idelson

Scénario, dessin : Atsushi Ohkubo
Éditions Kurokawa – Collection Shônen
196 pages – 6,50 €
ISBN : 978-2-3514-2056-0

mercredi 13 mai 2009

"Envoûteur – La trilogie d’Axis II" de Sara Douglass

Ayant découvert la vérité sur sa naissance Axis a rejoint sa famille Icarii : les Soleil Levant. Mais, du fait de leur longévité et de leur mode de vie, leurs relations sont loin d’être simples ! Auprès de son père, Vagabond des Étoiles et de sa grand-mère, Étoile du Matin, il devient un puissant Envoûteur. Cependant, grâce au choix de sa mère Rivkah, une humaine, il va pouvoir découvrir une magie ancienne encore plus puissante. Tous ces pouvoirs ne seront pas de trop pour assumer le rôle dévoilé par la prophétie : être l’Homme Étoile qui doit unifier les trois peuples puis reformer et par là même, sauver, le royaume de Tencendor.
Or, d’un côté, Borneheld se dresse face à lui. Ce demi-frère qu’il hait depuis l’enfance, qui détient Faraday devenue son épouse. Et qui intrigue à présent pour prendre le pouvoir encouragé par l’ordre religieux de la Hache et de la Charrue, car le Dieu Artor ne laissera pas ainsi dépouiller de ses pouvoirs.
Pendant ce temps, d’un autre coté, Gorgrael le Destructeur reconstitue ses forces.
Mais, alors que son destin semble tout tracé, Axis noue avec la jeune Azhure un amour profond. Pourtant, il aime toujours Faraday et c’est cette dernière qui à reçu le pouvoir de la Mère : l’esprit de la nature et de la terre, qui permettra la réunification avec le peuple Avar.
Cette attirance réciproque va-t-elle compromettre la victoire promise par la prophétie ?

Le premier tome était axé sur la dualité : deux hommes que tout oppose et qui deviennent l’un, le champion d’une religion exclusive et, l’autre, celui d’une prophétie prônant la tolérance. Avec ce second volume c’est une nouvelle dimension que l’on découvre : l’intrigue continue sur le plan humain (relations familiales et amoureuses) avec, en parallèle, la destiné de peuples qui doivent surmonter leurs différences pour s’unir.
Le tout sur fond de guerres où s’affrontent à la fois les armées humaines et, à leur façon, les Dieux. Une base d'heroic fantasy classique mais mise en scène de façon magistrale. Un régal d’intrigues et de personnages.
Cet univers s’agrandit aussi physiquement avec la découverte des lieux et des mœurs des différents peuples. Excellent livre.

-- Sylvie

Éditions Milady
699 pages – 9 €
N°ISBN : 978-2-8112-0010-7

samedi 9 mai 2009

"La science du Disque-Monde II – Le globe" de Terry Pratchett, Ian Stewart et Jack Cohen

Après beaucoup d’errements, nous savons tous que la terre, notre Terre, n’est qu’un petit globe imperméable à toute magie placé sur le bureau occupé par Rincevent à l’Université de l’Invisible. Nous, nous le savons, et les mages du Disque-monde sont censés le savoir aussi. N’empêche que, sous prétexte d’une partie de campagne où s’amuser au paint-ball pour souder leur équipe, ils ont abouti, les dieux savent comment, sur ce petit globe ridicule et s’y retrouvent impuissants. Pire, ils y ont découvert des elfes !
Et que faire pour empêcher ceux-ci de nuire lorsqu’on ne dispose plus de pouvoirs magiques qui permettraient, peut-être, de les éradiquer ? Il existe bien une parade : encourager la créativité qu’ils recherchent jusqu’à un point tel qu’elle s’anéantira d’elle-même. De même que les dieux du Disque-Monde, les elfes ne sont rien sans la foi. Or, les mages disposent d’un atout de poids depuis que Rincevent a découvert William Shakespeare. Ils vont donc essayer d’orienter le destin de l’humanité pour qu’elle aboutisse à la naissance dudit, ce qui n’est pas évident, surtout quand la reine des Elfes elle-même cherche à leur faire obstacle.
Mais l’archichancellier Ridculle n’est pas né de la dernière pluie.
Bref, il faut tout reprendre depuis les origines. Et c’est là que vont intervenir Ian Stewart et Jack Cohen – non, pas Cohen le Barbare – en alternant les chapitres avec ceux de Pratchett. Une vulgarisation intelligente destinée à illustrer la réalité du Disque-Monde en nous aidant à nous poser les bonnes questions sur la nôtre.
Tout y passe, la physique, la philosophie et le déploiement dans l’espace et le temps des bibliothèques qui, comme chacun s’en doute, n’en forment en réalité qu’une seule, même si toutes ne disposent pas d’un orang-outan pour gardien. Le tout clair, documenté et pertinent ou « comment utiliser au mieux son intelligence pour découvrir les vertus de la patate en même temps que celle du narrativum » qui s’avère, in fine, le moteur de l’évolution.
Une façon pour l’auteur de souligner « pour de sérieux » une philosophie restée sous jacente mais cependant bien perceptible à travers ses multiples romans.
Bref, une saine lecture pour tous les accros du Disque-Monde, sans oublier ceux qui ne le trouvent pas seulement amusant.

-- Hélène

Éditions L’Atalante
493 pages – 20 €
ISBN 978-2-84172-463-5

vendredi 8 mai 2009

Soul Eater I

Dans cet univers un peu délirant, les Meisters font équipe avec des armes démoniaques adoptant alternativement leur forme d'objets ou d'individus. Leur objectif commun : passer maître dans la récolte des âmes pour augmenter de niveau. Nos héros sont des gamins et la chasse aux âmes de créatures ou sorcières est d'abord ici un prétexte à nous présenter les personnages et leur univers, sous le regard bienveillant de Maître Shinigami, dieu de la mort, qui distribue de grandes baffes à l'occasion. Ainsi l'équipe de Maka et de Soul Eater, faux démoniaque, est confrontée entre autres à la ravissante Blair, manipulatrice et experte en magie à base de citrouilles. Black Star se la joue continuellement, au grand dam de Tsubaki, son grapin faucheur démoniaque, jeune femme bien plus raisonnable que son compagnon. Enfin Death the kid, rejeton de Maître Shinigami, fasciné par la symétrie au point de se mettre en danger, est soutenu par les sœurs Thompson qui, comme il le dit lui-même, n'ont pas le même tour de poitrine…
L'humour est continuel et les cases abondent en petits détails amusants et gratuits. Les personnages ont un design soigné, chacun possède son caractère bien défini, tous jeunes garnements apparaissent bien attachants. Atsushi Ohkubo délire en continu et à vive allure, entraînant le lecteur dans ces luttes bien peu sérieuses, prétextes aux attitudes extravagantes, tout en n'oubliant pas quelques scènes un peu dénudées. Les mises en page sont très variées, comme il se doit dans une telle atmosphère.

-- Maël Idelson

Scénario et dessin d’Atsushi Ohkubo
Éditions Kurokawa, Collection Shonen
208 pages – 6,50 €
ISBN : 978-2-3514-2055-3

mercredi 6 mai 2009

"Fabliaux et autres chimères" de Martine Fassier

Un tout petit livre et le plus élégant des camouflets que puisse adresser un auteur aux contempteurs de l’auto-édition et autres éditeurs frileux. Encore qu’il ne s’agisse pas tout à fait d’un auteur : les petits textes d’accompagnement, eux, sont de Philippe Fassier et se présentent de façon à mettre en valeur le talent particulier de l’illustratrice.
De très belles calligraphies accompagnent ainsi ses créations, objets insolites, peintures et dessins.
Vous aimez les armes ? Vous allez en découvrir de bien curieuses, depuis le mousquet à mirages au convertisseur de rêves en passant par le divagateur qui, visiblement, a servi ici. Malheureusement, en dépit des notices et publicités qui y sont jointes, rien ne précise où se procurer ces merveilleuses machines. Gageons que le fauteuil à rêves trouverait pourtant nombre d’amateurs. Les poissons d’avril aussi, si l’on en juge sur leurs très étranges propriétés fantasystes…
Quant au convoyeur de rêves, on aimerait bien qu’il croise plus souvent dans le ciel, et pas seulement au-dessus des Alpes mais, si l’on en croit le Journal Officiel, son dernier passage avéré remonterait à 1890. Très peu de chances de le voir donc.
On découvre en deuxième partie quelques petites fables gentiment ironiques, telles que le Robot et le renard, et autres, occasions de dessins animaliers ou exercice anatomique.
Tel quel, il ne s’agit pas d’un ouvrage « cohérent ». On pourrait presque n’y voir qu’un press-book, ce qu’il est sans doute, mais réalisé avec tant de grâce et avec une maquette si soignée, de la couverture jusqu’à la « pointe » finale, qu’on ne peut qu’attendre les prochaines publications.

-- Hélène

Édition MartineFa
82 pages – 17 €
ISBN 978-2-9534353-0-6

dimanche 3 mai 2009

A mort les Morts ! - WaoW III

J'avais chroniqué le deuxième tome en novembre dernier. Ayant passé un bon moment avec, je ne guettais néanmoins pas la suite et suis tombée par hasard dessus, hier aprem, en trainant dans les rayons de la librairie.
Est-ce parce que, entre novembre et aujourd'hui, j'ai passé plus de temps sur WoW ? En tout cas, ce troisième tome m'a davantage plu.
Les réserves que j'avais émises la dernière fois restent valables : on est dans le domaine de la private joke, à savoir que, si vous ne connaissez pas un peu les MMORPG (jeux de rôle en ligne multi-joueurs), beaucoup de choses risquent de vous échapper...
Je continue donc ce billet pour les joueurs qui me liront : Darkill, notre héros trop jeune, trop niais, poursuit donc son "levelling" sous la protection de Badorin, le guerrier haut niveau.
Tandis qu'il va de nouvelles quêtes en nouvelles rencontres, des complots se trament autour de lui et il est pisté par un étrange voleur.
Si l'histoire n'a rien d'original, le plaisir vient de l'exploitation décalée et réjouissante de l'univers de WoW : ainsi, les PNJ ne voyagent jamais, mais cela fait partie de leur métier ; on peut voir un MJ à l'oeuvre et l'on croise la Naine nymphomane amatrice de cybersex ; si l'on peut suivre un membre de son groupe, c'est grâce à une petite boussole que le personnage possède...
Le jeu vidéo, pour l'amateur de jeu de rôle, a toujours cet aspect frustrant qu'on est limité par l'univers de pixels : là, en recréant un monde de fantasy où les contraintes du jeu vidéo sont des lois de l'univers au même titre que, dans notre réalité, les lois de la physique, l'effet obtenu est vraiment particulier.
Bref, si vous êtes un joueur, ne vous privez pas : les personnages n'ont rien d'attachant, vous n'allez ni pleurer ni frémir... mais vous devriez au moins bien sourire.

-- Cibylline

Scénario de Le Fab et dessins de Kilex
Kantik
ISBN : 978-2-35708-003-4

vendredi 1 mai 2009

"La Transhumance des Anges" d’Hervé Poudat

Un roman d’anticipation, une anticipation pas bien lointaine, se situant dans une ville, elle, toute proche : Nice. Pas de dépaysement donc, pour ma part, dans le parcours de la Promenade des Anglais ou les errances sur le cours Saleya puis dans l’arrière-pays niçois. Pour autant, est-ce tout à fait un roman d’anticipation ?
Certes, découvrir Nice sous un ciel plombé, la Baie des Anges totalement infestée par la caulerpa taxifolia, comme un accident malheureux l’a fait redouter il n’y a guère… c’est une chose qui pourrait arriver.
Qu’une ville se nourrissant du tourisme, et du touriste, ait pu ne pas renoncer à ses bénéfices en se tournant vers un autre type de production de plaisirs, pourquoi pas ?
C’est dire que, habilement enrobé dans le scénario, l’auteur nous livre un pamphlet. Sur la dérive écologique et sur celles des valeurs portées par une société mercantile, qui, comme tout ce qui spécule, se pare des oripeaux d’un humanitaire bien malade.
L’église n’est d’ailleurs pas épargnée non plus, mais mérite-t-elle vraiment de l’être ?
Hervé Poudat, auteur de BD, nous conte ici la rencontre entre Léa, chrétienne extrémiste et terroriste, une Folle de Dieu, et Samano, « brave » accompagnateur de voyages intérieurs, appelé à l’extirper de Coquille, le monde intérieur qu’elle a délibérément contaminé.
En effet, entre tremblements de terre, désastres climatiques et toute cette sorte de choses, les conditions de vie sur terre sont devenues tellement catastrophiques qu’on ne peut plus guère s’en échapper qu’en voyageant dans l’univers intérieur des Donneurs. C’est dans leur imaginaire varié auquel la science a enfin permis d’accéder que débarquent désormais des hordes de touristes avides d’échapper un moment à l’ennui et à la désespérance du monde. Un super-jeu vidéo en quelque sorte qui court-circuiterait consoles et autres ordis pour se trouver directement en prise sur l’imagination du créateur du jeu.
Sauf que l’on peut s’y perdre vraiment, ou s’y cacher, voire, si l’on n’y retrouve pas la porte de sortie, y rester bloqué pendant que son corps mourra pour de bon, abandonné dans le caisson de la polegare de départ.
C’est dire l’importance de l’Accompagnateur. C’est dire aussi l’importance attachée à l’intégrité du monde du Donneur.
Ce n’est rien de dire que Samano, bouleversé par la destruction de Coquille, va se montrer bien imprudent en cherchant à protéger la terroriste coupable mais repentante qu’est Léa.
Mais, après tout, n’est-ce pas le Pape qui est finalement responsable de cette déviance ? Et à qui appartient ce visage que Samano retrouve lors d’évanouissements, de plus en plus fréquents, que ne saurait expliquer la fatigue de son métier. D’ici à ce que même les anges s’en mêlent. Et je vous laisse découvrir ce qu’ils sont…
Bref, une histoire particulièrement loufoque à laquelle s’entremêle un fil de réflexion désabusée sur le monde, mais si ténu qu’on n'y risque pas la « prise de tête ». Juste de quoi s’amuser et découvrir Nice sous un jour bien inattendu.

-- Hélène

Éditions Pourquoi viens-tu si tard ?
288 pages – 15 €
ISBN 978-2-9530538-2-1