dimanche 28 juin 2009

"Les Catacombes de Vienne – La Chronique des immortels V" de Wolfang Hohlbein

Wolfgang Hohlbein est l’un des grands romanciers populaires allemands actuels, œuvrant tout à la fois dans le fantastique, la fantasy et la S.F. En France, on n’a longtemps connu de lui que les deux volumes du Mage de Salem, publiés chez Oriflam. Des nouvelles d’épouvante passionnantes qui font de lui un digne héritier de Lovecraft, pour la thématique, et de Robert E. Howard, pour l’action mouvementée. Les plus jeunes ont pu lire aussi, avec plaisir on l’imagine, les aventures de Opération Nautilus.
La littérature populaire allemande, peut-être parce qu’elle fut longtemps essentiellement publiée en fascicules, comme au bon vieux temps des dime-novels, est globalement mal connue en France. Dans le domaine policier, il y eut dans les années Soixante, en pleine espionnite galopante, quelques traductions des célèbrissimes (dans leur pays d’origine) Jerry Cotton et le commissaire X. Avec infiniment plus de succès, le Fleuve Noir a publié des tonnes de Perry Rhodan, space-opera culte en Allemagne, qui fut même, comme ses collègues détectives, adapté au cinéma dans les créatives années Soixante. Enfin, dans les années Quatre-vingt et Quatre-vingt-dix, Hachette, puis le Fleuve, ont tenté de traduire les aventures du plus grand détective de l’occulte germanique, John Sinclair, qui n’a malheureusement pas su trouver son public, passant du rayon jeunesse (bien avant Chair de poule) au rayon adulte. Son auteur, Jason Dark (pseudo !) est pourtant un énorme vendeur en Allemagne, un vrai faiseur de best-sellers horrifiques.
Aujourd’hui, les éditions de l’Atalante tentent aussi leur chance sur le créneau avec cette Chronique des Immortels de Wolfgang Hohlbein.
En gros, après cinq volumes parus, on peut parler sans se tromper de dark fantasy vampirique, puisque le héros principal (et bientôt son meilleur ami) appartient aux créatures de la nuit. Hohlbein veut projeter son lecteur dans un univers sombre et violent, l’Europe médiévale. L’œuvre est très proche, en fait, de films comme Bloodrayne I et Underworld III.
Globalement, Hohlbein, servi par son écriture plus qu’efficace, remporte amplement son pari. La Chronique des immortels, pour les trois premiers tomes, c’est avant tout un héros maudit et beaucoup, beaucoup de combats. Des combats, duels, très bien décrits, qui se lisent avec entrain si on aime ça. Hohlbein a une vision classique de la fantasy (ce n’est pas un défaut), assez howardienne au fond (si l’on se réfère aux prodigieux récits historiques du père de Conan). Le tome II, Le Vampyre, sur le vrai Dracula, est même à lire absolument.
Dans le quatrième tome, l’auteur allemand s’essaie à un pur roman d’ambiance et de mystère… et échoue malheureusement, en ne parvenant guère à intéresser, et même en décevant dans ses révélations finales.
Le tome V, Les Catacombes de Vienne, revient à l’action pure. Vienne est assiégée par les Turcs (la chose est à vrai dire moyennement rendue). Nos héros vampires sont parmi les défenseurs. Leur vieil ennemi, possédé par l’esprit de Dracula !, à la tête d’une armée de zombies, sera le pire danger qu’ils auront à affronter.
Les Catacombes, c’est de l’action violente (sans complaisance cependant) quasi non-stop, avec deux personnages principaux attachants (même si leur histoire d’amitié, qui pourrait être superbe, est plutôt traitée par-dessus la jambe) et un méchant bien méchant. Peu de fantasticophiles résisteraient à l’idée d’un match vampires/zombies, réjouissant et assez unique.
Wolfgang Hohlbein est un vrai conteur, davantage apparemment qu’un auteur très imaginatif, à la Brussolo. C’est sa plume alerte qui emporte le lecteur captivé dans un flot épique au rythme effréné. En cela, Les Catacombes de Vienne, à l’image de la série dans sa globalité, est à recommander à ceux qui préfèrent l’action et le mouvement permanent à la psychologie et à l’atmosphère. On ressort de là pas vraiment bouleversé, mais étourdi, un peu fatigué, comme après un bon block-buster américain.

-- Patryck Ficini

Éditions L’Atalante
311 pages - 16 €
ISBN 978-2-84172-464-2

vendredi 26 juin 2009

"L’Hiverrier" de Terry Pratchett

Tiphaine Patraque, la nouvelle élève de Mademoiselle Trahison, est une très jeune et semble-t-il, très raisonnable sorcière car, non seulement elle a été élevée dans les collines au milieu des troupeaux, mais encore elle a déjà compris les principes du Pipo.
Si raisonnable qu’on ne peut qu’être étonné qu’elle n’ait pas sérieusement surveillé ses pieds en accompagnant Mademoiselle Trahison contempler la danse Morris. Elle était pourtant mise en garde mais c’est qu’à treize ans, les pieds peuvent suivre malgré eux la musique. Eh bien, ils ont eu tort car la personnalisation de l’hiver, voyant débouler dans sa danse cette si charmante personne va en tomber amoureux. Et que fait un véritable amoureux ? Il vous couvre de cadeaux : roses de glace, milliards de flocons à son image, sans parler des icebergs assortis. Bref, l’Hiver est là, et si bien qu’il risque de s’installer définitivement, sans compter que la Dame de l’Été a bien de quoi être vexée de la conduite de cette arrogante petite mortelle.
Tiphaine a donc mis le monde dans la panade et il va falloir l’en sortir.
Les conseils de Mémé Ciredutemps et de Nounou Ogg ne seront pas de trop mais une vraie sorcière répare elle-même ses erreurs, c’est la règle. Et c’est valable même pour les apprenties. D’ailleurs, Tiphaine ne dispose même pas de sa propre cabane, celle de Mademoiselle Trahison ayant été, à son décès, attribuée à l’élève de Madame Persoreille, à la suite de manœuvres hautement diplomatiques de Mémé Ciredutemps destinées à démolir la réputation de celle-ci. Tiphaine n’est pas en cause, évidemment, et ne pas prendre en main tout un village va lui laisser un peu le temps d’agir.
Ainsi pendant que l’Hiver, très épris, va s’efforcer de devenir humain, les Nac mac Feegle, dûment chapitrés par Mémé et qui entendent protéger Tiphaine, vont-ils essayer de lui trouver un héros ou, du moins, de faire un héros de son ami Roland, le fils du baron, plus ou moins séquestré dans son château par deux vieilles tantes cupides. Et comme les allégories se combattent à l’aide d’armes allégoriques jusqu’aux enfers ou aux palais de glace…
Bref, du Terry Pratchett tout pur où vous découvrirez, entre autres, tout l’intérêt que portent les sorcières à être prévenues de leur mort, ce qui leur permet de profiter un maximum de leur banquet de funérailles. Où vous partagerez la compassion de Tiphaine pour ce pauvre Hiver amoureux, et même celle qu’elle éprouve pour la vaniteuse Annagramma et où, compréhension oblige, vous apprendrez à lire le feegle dans le texte.
Un nouveau roman du Disque-Monde qui touche, comme à l’accoutumée, aux vrais problèmes de l’humanité ordinaire et avec beaucoup d’humour, même si toutes les productions de l’auteur ne sont pas également inspirées. Peut-être pas dans les Pratchett à relire, mais très certainement dans ceux à lire donc.

-- Hélène

Éditions L’Atalante
397 pages – 18 €
ISBN 978-2-84172-468-0

mercredi 24 juin 2009

Solaris n°170

Après un petit éditorial ironique de Joël Champetier supputant les sommes qui pourraient être investies dans la culture pour relancer l’économie (de la pure science-fiction donc), entrée dans le vif du sujet avec Le Boucher de Nicolas Weinberg. Un contre cruel dans le passé, le froid et la faim qui font voir aux hommes des choses qui n’existent pas mais endorment leur méfiance sur celles qui existent. Deux pauvres hères frigorifiés et affamés qui auront eu le tort de s’arrêter dans une auberge où ils vont croiser le boucher, un habitué des lieux.
Grains de silice de Mario Teissier est une nouvelle si curieusement construite qu’elle vous ouvrira une vue tout à fait nouvelle sur le space-opera en format de poche.
Dans La règle des tiers, François Lévesque vous invite à découvrir comment un enseignant passionnément pris par son métier, la mécanique quantique, peut considérer sa vie comme une équation et, malheureusement, ceux qui l’aiment comme des variables négligeables.
André Dumaine, lui, nous promène dans le quartier d’Hoenzolam où le narrateur, juriste, accompagne sa maîtresse. Dans ce quartier, en marge de la cité de Brémuge, sont relégués tous ceux qu’il est convenu d’appeler marginaux, ou artistes, ou prostituées, ou… On pourrait croire que cette visite guidée, et avec une femme dessinatrice de mode, lui serait une heureuse parenthèse, l’occasion d’ouvrir un tout petit peu les yeux sur ses préjugés. Oui, on pourrait le croire…
Dans Comme des nuages dans un ciel d’été, Georges Boulevard rappelle, par la bouche d’un Moine droit sorti d’un temple japonais et plus ou moins clochardisé la force de la vie dans un monde dévasté par la pollution. Même si cette vie passe par l’étrange voie de fillettes jumelles issues d’une mère-clone génétiquement modifiée – à la conscience trop vaste pour ne pas l’étouffer – qui s’est arrêtée quelques temps auprès de ce « moine » qui lui est si semblable.
La jolie fille de Pol Pot de Geoff Ryman nous fait découvrir les voies étranges par lesquelles Sith, va devoir exorciser un passé, qui n’est même pas le sien, mais dont elle porte tout le poids, simplement parce qu’elle est la fille de son père. Il y a tant de fantômes douloureux à consoler.
Suit un article de Mario Teissier Sous des cieux étranger : étoiles en science-fiction parce que, même si l’auteur le regrette, au moins autant que moi, la pollution lumineuse des villes nous a fait oublier la splendeur des cieux étoilés. Cet émerveillement qui pourtant reste une des sources majeures de la science-fiction avec ses étoiles errantes, celles qui sont doubles, ou explosent ou créent ces merveilleux trous noirs qui retiennent sans doute la lumière mais sont aussi la source de tant d’inspiration.
Après un large balayage sur Les rayons de l’imaginaire, Pascale Raud nous tente avec une large liste des livres actuellement disponibles auxquels elle attribue un genre, provisoire, destiné à nous faciliter un peu le choix.
Enfin, Les littéranautes nous font part de leurs propres choix ou déplaisirs avec des critiques bien étoffées.
Une saine lecture, donc, même si, personnellement, je reste totalement hermétique à certaines nouvelles comme La règle des tiers ou Hoenzolam.

-- Hélène

lundi 22 juin 2009

AOC Millésime

Auteurs connus et inconnus au programme de cette anthologie de quinze textes, assez inégaux, déjà publiés dans AOC, Aventures oniriques et Compagnie. En commençant par L’Ogre, le chat et les mathématiques, de Jo Bellet, petite nouvelle pleine d’humour, noir, sur les déboires et consolations d’un ogre sous un pont – comme quoi, ce n’est pas un lieu réservé aux trolls – reprise dans l’illustration, fort réussie, de la couverture.
Clin d’œil aux Simpson, La métamorphose des Mégaston, ou les surprises de Bart Koenig avec les personnages de la série télévisée promise au succès qu’il est en train d’écrire.
Avec Cette bonne vieille terre, Willy AmShani écrit un petit conte écologique destiné aux collectionneurs imprudents : qu’est-ce qu’un petit peu de terre ? Peur au ventre, du même, est de loin bien meilleur. Là, pas de morale, juste les états d’âme d’un soldat… qui pourrait être des plus ordinaires.
Les Petites voyageuses de Jean Effer évoque les paradoxes du voyage dans le temps auxquels se heurtera le professeur Henry Dumouse, au nom assurément prédestiné, et qui l’inciteront à mettre un terme à ses expériences très – ou trop – réussies, mais pas dans le sens prévu.
Sous couvert de fiction, Olivier Bourdy se livre, lui, à une satire tout à fait pertinente de l’école, avec des enseignements bien propres à donner la nausée. Nourritures spirituelles est à conseiller à tous les futurs enseignants et, mieux encore, à leur ministre.
Comme un agneau de Karim Berrouka anticipe sur une civilisation dont on aurait éradiquée toute violence, mais à quel prix !
Je rêvais des fays de Yohann Vasse est effectivement un rêve. D’un soldat mourant, ou bien drogué, dans le dernier cabaret avant la fin du monde ? Très onirique mais je n’ai pas du tout accroché.
Chamane de Kervenou est superbe. Une analyse très fine à la fois de la signification du chamane et de ses rapports au reste du monde dans son ensemble.
J’ai également beaucoup aimé, dans un tout autre genre, La musique des sphères d’Olivier Rouy, qui met joliment en lumière, et avec beaucoup d’humour, les travers de l’espèce humaine, qui se serre rarement les coudes en cas de nécessité.
Quand est mort le poète de Camille Ocoy est une nouvelle toute politique. Elle pourrait s’appliquer à n’importe quelle époque et n’importe quelle dictature, tant il est vrai que ce sont les poètes les derniers gardiens de la liberté, mais cette trop vague « universalité » lui fait perdre une grande part de sa force. Dommage.
Sébastien Juillard nous conduit aux portes d’un Japon à peine futuriste avec Death dolls blues, où Ayame, génétiquement modifiée pour être une tueuse, à la solde de Genshirô, prendra conscience qu’elle a toujours le choix. Une belle écriture mais d’une grande froideur pour une héroïne non moins froide.
La quête d’identité de Brad 2051, de Vanessa du Frat, soulève, avec un léger brin d’humour, les dérives absurdes auxquelles pourrait conduire le clonage. Mais sont-elles si absurdes que ça à une époque où rien de ce que découvrent les chercheurs n’échappe aux lois du commerce ?
Francis Berthelot, lui, revisite la mort de Mata-Hari, célèbre espionne, ou prétendue telle, de la Belle Époque. Ce sera Mata Napari, son coiffeur et complice, qui paiera pour la frivolité et la sottise de la célèbre demi-mondaine.
Enfin, Raven K de Xavier Mauméjean, basé sur des témoignages de ce monde-ci, évoque douloureusement les camps de prisonnières chez les nazis. Que ce soient des fées ou des femmes n’enlève rien à une horreur qu’il est bien regrettable de transporter dans ce monde-là qu’on aurait pu espérer hors d’atteinte.

-- Hélène

Éditions Présences d’Esprits
248 pages – 15 €
ISBN 2-9518997-2-6

dimanche 21 juin 2009

"Vamp in Love, saison 1" de Kimberly Raye

Si vous ne vous êtes jamais laissés aller à zapper un soir d'ennui, en avalant un peu de toutes les émissions débiles qui parsèment le paysage audiovisuel, vous n'avez pas idée de la sensation que l'on éprouve à lire cette littérature chick lit dont Wikipédia donne la définition :
"Elle raconte l'histoire d'une jeune citadine, âgée d'une vingtaine d'années, souvent blanche, célibataire, branchée, et généralement issue de la classe moyenne. Elle est habituellement aux prises avec un travail harassant ou inintéressant dans le monde des médias (magazine de mode, maison d'édition, émission télévisée etc.). À la recherche de l'homme de sa vie et souvent en désaccord avec sa famille (le plus souvent avec sa mère) ou minée par un besoin compulsif (celui d'acheter des vêtements par exemple) visant à calmer ses anxiétés, l'héroïne est obsédée par l'apparence et a une passion pour le shopping. Les aventures sont toujours saupoudrée d'humour et de dérision, spécificités essentielles de la chick lit.
Le ton est très spécifique : désinvolte, désabusé, bourré d'humour (noir)."
Voilà, en un article, tout est dit. Sauf que l'héroïne a 500 ans, mais il y a bien la mère, le shopping...

Mais reprenons du début...
Hier aprem, je trainais au Virgin quand, au milieu de l'étal SF/fantasy, j'aperçois cette couverture noire. Le prénom de l'auteure me donne des frissons : mon côté voyeuriste-amatrice de catastrophes, sans aucun doute. Du coup, je retourne le bouquin pour parcourir le 4ème de couv' et découvre que l'héroïne a pour nom de famille Marchette.
C'est une très mauvaise raison pour acheter un livre, mais je fais souvent les choses pour de mauvaises raisons, puis je suis curieuse de savoir si je vais trouver cela crétin ou drôle.

Tout à fait dans le genre de Stéphanie Plum, citée par elle, Lilliana Marquette est une narratrice à l'abstinence forcée qui va se retrouver plongée dans une affaire criminelle alors qu'elle s'est mise en tête de faire fortune avec une agence de rencontres.
Le langage est simple et fluide, cela se lit facilement et vite.
Il y a des idées amusantes (les vampires le sont de façon héréditaire tandis que des pauvres humains deviennent des mordus, les vampires à la recherche de l'accouplement dégagent des odeurs de pâtisseries et autres friandises...), mais... aux côtés de quelques maladresses qui auraient dû être évitées d'une simple relecture, l'ensemble reste lourd. Sur moins de pages, on aurait pu goûter une histoire rigolote et décalée, où la vampire, au lieu d'incarner la féroce prédatrice, se soucie surtout de ses chaussures.
Sauf que la sauce est diluée : 50.000 fois, Lilliana va nous répéter qu'elle ne doit pas succomber au superbe mordu sur lequel elle fantasme.

Bref, je ressors de cette lecture avec un avis très mitigé : ce n'est pas franchement mauvais, y'a des idées rigolotes, ça se lit facilement et c'est idéal pour emporter à la plage, vu la saison... mais, au prix d'un tout petit effort, l'auteure aurait pu réussir son coup en élaguant les lourdeurs qui, au final, laissent quand même un goût de nourriture à trop forte teneur en lipides.

A lire par curiosité, on va dire...

(Petite note supplémentaire : étant donné qu'il s'agit de Chick lit et de vampire, ce roman appartient peut-être à la Bit lit, mais, n'en ayant pas encore lu, je n'en jurerais pas non plus...)

-- Sybille

Traduit de l'anglais par Christine Barbaste
Fleuve noir
ISBN : 978-2-265-08756-9
14,90 €

jeudi 18 juin 2009

"La Vieille Anglaise et le continent" de Jeanne-A Debats

On peut avoir atteint l’âge de mourir sans se persuader de la nécessité de la chose, et le Dr Ann Kelvin n’en a pas envie du tout. Sans doute est-ce la principale raison pour laquelle elle va accepter la proposition de Marc Sénac qui fut, trente ans plus tôt, son jeune élève et avec laquelle elle eut une liaison trop mouvementée pour ne pas les blesser tous deux. Mais il est une autre raison encore : son amour pour la vie sous toutes ses formes et, en particulier, celle qui peuple les océans.
La sauvegarde des baleines n’est-elle pas une cause des plus nobles ? Ainsi Ann va-t-elle accepter la mnèse, à laquelle elle répugne de tout son être, ce qui ne lui permettra de survivre que peu de temps dans l’esprit d’un cachalot, maintenu artificiellement en vie dans ce seul but, mais en sauvant son espèce.
Voici Ann, équipée d’une balise, glissant à travers les courants ; cachalot certainement assez maladroit mais également assez prudent pour ne pas heurter ses congénères. Heureusement puisque, dans le monde des eaux comme dans celui des hommes, il est bien difficile de se tirer d’affaire tout seul. Là aussi, rien ne saurait être plus précieux qu’un véritable ami.
Les premiers résultats ne tarderont pas à se manifester, la chair des baleines qu’elle aura contaminées grâce au virus implanté dans ses flancs, devenant impropre à la consommation…
Louable dessein de la part de Marc Sénac et de la fondation qui l’emploie sans lui ménager ses crédits. Mais peut-être était-il bien naïf, car Ann découvrira bien autre chose que la chasse prohibée.
Il est un proverbe asiatique qui assure qu’un homme et une femme qui s’aiment pourraient à eux seuls vider l’océan. Il est certain qu’Ann et Marc, qui n’a jamais cessé de l’aimer, aideront grandement à le sauver et, aussi, à se « sauver » eux-mêmes.
De profondeurs inconnues en retours sur le passé, l’auteur nous fait partager, l’air de rien mais avec beaucoup de classe, ses convictions et ses inquiétudes. C’est toute la supériorité de l’écrivain sur le politique, et le propre des écritures parfaitement maîtrisées, que l’on a d’autant plus de plaisir à lire qu’elles ne sont pas si fréquentes.
Pas étonnant que cette novella ait raflé tant de prix (Julia Verlanger, Grands Prix de la SF et de l'Imaginaire).

-- Hélène

Éditions Griffe d’encre
77 pages – 8 €
ISBN 978-2-917718-00-1

lundi 15 juin 2009

Courageux – La Flotte perdue III de Jack Campbell

Si John « Black Jack » Geary, à la tête de la flotte de l’Alliance, est considéré comme un héros, voire un messie, parce que réveillé au bout de cent ans après avoir hiberné dans une capsule de survie, se retrouver à ce poste n’est pas de tout repos.
D’abord parce que consommer de l’énergie demande un approvisionnement en matériaux et que les réserves dont il dispose sont au plus bas. Ainsi, alors même qu’il cherche à échapper à travers l’espace à l’armée des Syndics, dans l’espérance hypothétique de retrouver la terre, va-t-il devoir faire un raid chez l’ennemi pour voler ces indispensables ressources.
L’audace est généralement payante, mais il est rare qu’elle n’entraîne pas de représailles surtout quand elle signale exactement votre présence. Dès lors va s’engager une partie de cache-cache entre la flotte et ses ennemis, chacun essayant de son côté de prévoir le portail hypernet que l’une va chercher à franchir et l’autre essayer de bloquer.
Ce qui ne serait pas simple en temps ordinaire l’est encore moins lorsqu’une partie de ses propres commandants cherche à saper son autorité. Soit parce qu’ils n’ont pas tout à fait foi dans ce héros « revenu d’entre les morts » pour les guider, soit parce que, l’ayant trop, ils attendent d’être systématiquement menés au combat, celui-ci dut-il s’achever en carnage. Ce n’est pas tout à fait incompréhensible : au bout d’une guerre de cent ans, les mentalités évoluent. Naturellement, pas en bien.
Pour compliquer encore un peu les choses, s’y ajoutent les « affaires de cœur » du capitaine Geary qui, adulé par la capitaine Desjani du vaisseau amiral, entretien une liaison je t’aime -moi non plus avec Victoria Rione, diplomate représentant le monde allié de Callias. La jalousie exacerbant encore des relations qui n’ont jamais été faciles entre l’armée et les politiciens.
Il ne faut cependant pas s’attendre ici à une psychologie très fouillée des personnages mais plutôt à beaucoup de combats. Plein de combats qui rayent le ciel. Un vrai jeu de stratégie dans le plus pur style du space-opéra.
Et quid des extraterrestres qui pourraient tirer les ficelles de ce jeu ? Mais cela, nous ne l’apprendrons pas cette fois-ci puisqu’il s’agit simplement du troisième tome et que trois autres sont prévus.
Ce n’est donc pas le roman du siècle mais de la SF très agréable à lire.

-- Hélène

Éditions L’Atalante
381 pages – 18 €
ISBN 978-2-84172-465-9

dimanche 14 juin 2009

Tales of Symphonia - 2

Dans cet univers de Fantasy un peu habituel, si ce n'est la technomagie pimentant l'ensemble, le jeune et impétueux Lloyd Irving s'est donné pour mission, avec ses épées, d'escorter l'innocente Colette. Celle-ci a déjà subi la première de ses évolutions devant lui donner, à terme, les moyens de neutraliser l'armée des Désians, responsable du dépérissement du monde, et d'augmenter le mana de la planète. Très rapidement d'autres les rejoignent, du combattant aguerri à magicienne.
Le petit groupe qui accompagne l'élue au cours du périple devant la transformer en ange découvre que cela ne va pas être une randonnée paisible. Nos aventuriers improvisés vont être confrontés tout d'abord à une invocatrice, bien décidée à tuer Colette pour empêcher la prophétie de se réaliser, la jeune fille étant destinée à régénérer le monde. Puis ce sont, bien entendu, les Desians, ces demi-elfes, qui retrouvent leur trace, bien décidés à avoir la peau de Lloyd Irving qui leur a déjà causé quelques torts. Ces obstacles semblent anodins cependant au vu des découvertes que nos amis vont faire, notamment au sujet de ce que signifie réellement la transformation de Colette en ange.
Alors que les combats sont gérés de façon curieuse par Hitoshi Ichimura, les rendant presque ineptes, tant il semble facile à nos amis de se sortir d'affaire, rapidement qui plus est, les nouvelles révélations rajoutent un peu de piment à cette balade qui paraîtrait sinon bien insipide. D'autant plus que l'humour ne surgit qu'au début pour disparaître par la suite. Par ailleurs, la mise en page est claire comme l'est le dessin, très propre. Le design est séduisant et l'introduction de quelques d'éléments supplémentaires relevant de la science-fiction est une bonne chose.

-- Maël Idelson

Éditions Ki-oon
Scénario, dessin: Hitoshi Ichimura
178 pages – 7,50 €
ISBN : 978-2-3559-2069-1

jeudi 11 juin 2009

"Alexandre le Grand et les aigles de Rome" de Javier Negrete

Javier Negrete écrit rarement court, mais c’eût été difficile pour un tel sujet. Alexandre, pas moins. L’archétype du héros disparaissant au faîte de sa gloire après avoir étendu son empire jusqu’aux confins (ou presque) de la terre et jeté un pont dont les vestiges demeurent entre l’Europe et l’Asie.
Voilà, entre tous, un personnage historique des plus dignes d’entrer dans la légende. Et il y est entré, ouvrant grand les portes de l’Orient.
Et si… et s’il n’était pas mort si jeune, se serait-il contenté d’aller vers le soleil levant ? Sûrement non ! N’eût-il pas souhaité étendre les bras jusqu’à tout l’horizon ? Et ces Romains si conquérants dont on nous rebat les oreilles, eussent-ils tenu devant lui ? On pourrait se poser la question… L’auteur se l’est posée.
Non, Alexandre, n’est pas mort ce soir-là après avoir bu le poison préparé par Roxane, son épouse vindicative autant que délaissée. Parce qu’un médecin inconnu se disant l’envoyé de Delphes est arrivé à temps. Et parce qu’il a pris assez d’ascendant sur Alexandre pour lui éviter de devenir ce sybarite et cet ivrogne emporté dont l’histoire, celle que nous connaissions, s’est faite l’écho.
Et, fatalement, il ne pouvait plus que tourner ses regards vers Rome.
Une conquête qui ne commence pas si bien que ça. L’immense navire à double coque transportant une partie de l’armée, prise dans une tempête, va sombrer et ceux de ses passagers déposés à terre, dont Cléa, sa jeune et nouvelle épouse et Nestor, son médecin, seront faits prisonniers d’un Romain. Nul autre que Caius Julius César. Et c’est ce tribun bien modeste qui va tenir leur destin, et peut-être celui de Rome, entre ses mains.
Roman foisonnant mais érudit que celui-ci. On suit donc, d’un côté, le chemin de Nestor, cet étrange médecin qui a tout oublié de son passé et, de l’autre, celui du conquérant, troublé par la maladie et, aussi, par les présages que semble annoncer Icare, une extraordinaire comète rougeoyante qui pourrait bien amener la fin de ce monde, sinon du monde.
Au final, on pourrait réduire le propos à la préparation de la guerre, dans les deux camps, qui culminera dans une rencontre sanglante au pied du Vésuve. Ce serait faire bon marché des extraordinaires rencontres qui nous attendent au coin des pages. L’on y croise aussi bien le Roi du Bois qu’Aristote et, chez les Macédoniens comme chez les Romains, tant de personnages fidèles ou traîtres, complexes et tellement humains, tant de premier plan que secondaires, que l’on ne peut éviter de s’attacher à eux.
Si Negrete nous laisse quelque peu dans l’imprécision sur le cas « Nestor », il n’en fait pas moins partie des auteurs « marquants » qui mêlent avec talent le sens historique, l’uchronie et la fantasy. Pas toujours de façon égale d’ailleurs, mais j’aurais tendance à classer ce livre-ci parmi ses meilleurs. Quant à l’issue de cette confrontation et à ce que contenaient les Livres Sibyllins, je vous laisse le plaisir de le découvrir.

-- Hélène

Éditions L’Atalante
590 pages – 24€
ISBN 978-2-84172-435-2

lundi 8 juin 2009

"Coraline" de Neil Gaiman (adaptation graphique du roman)

On ne présente pas vraiment Neil Gaiman, ni peut-être P. Craig Russel qui adapte ici en images le conte de Coraline, car il s’agit bien d’un conte, avec tout ce que cela peut présenter d’horrible et de merveilleux. Un conte noir, assurément, qui a valu à son auteur le prix Hugo et devrait sortir cet été en tant que film d’animation sous la direction d’Henry Selick.
De beaux dessins soignés pour raconter ce qu’il y a… de l’autre côté du miroir et de l’autre côté de la porte. Quoi de plus tentant pour une petite fille qui s’ennuie, de vouloir explorer le monde ? De ce côté-ci, il y a Papa, toujours occupé, Maman, qui vous achète des pulls affreux pour la rentrée scolaire mais pas les belles bottes vertes avec des têtes de grenouille. Il y a aussi deux vieilles demoiselles voisines qui vous offrent le thé ou des porte-bonheur mais ne comprennent rien aux petites filles. Pas plus que le vieux voisin du dessus qui monte un spectacle de cirque avec des souris mais un spectacle qu’on ne voit jamais.
Reste donc le jardin, avec ses beaux arbres, sa roseraie et son court de tennis abandonné et, naturellement, un puits dont il ne faut pas s’approcher tant il est profond. Toujours des interdits… et un chat aussi, énigmatique, comme tous les chats, mais qui n’a visiblement pas le désir de jouer. Passe encore un puits, mais qu’une porte s’ouvre sur un mur de briques, c’est vraiment trop ! Certes, dans une si grande maison que l’on a transformée en plusieurs appartements, il est bien normal qu’une porte puisse être condamnée, mais va savoir quelle curiosité vous pousse lorsque l’on s’ennuie et que ses parents sont partis faire des courses.
Et voilà qu’alors cette porte s’ouvre et, curieusement, c’est sur le même appartement que le sien. D’ailleurs, Papa et Maman sont là pour l’accueillir. Enfin, Maman a des ongles bien pointus. Et ses yeux ! Vraiment des yeux en boutons de bottine... au sens propre. N’empêche que voilà de quoi se désennuyer, sauf qu’il a des rats dans sa chambre et sauf que… en rentrant chez elle, Coraline n’y retrouve plus ses parents et qu’une horrible réalité se fait jour. Où sont-ils ? Et qui sont en réalité ces faux parents si aimants ? Être punie et enfermée dans un placard pour corriger ses manières va permettre à Coraline de savoir ce qu’il en est exactement.
Il faut beaucoup de courage pour se sauver mais, cela aide bien quand on veut sauver les autres et puis, avec un chat qui parle, la situation n’est jamais tout à fait perdue…
Bref, une jolie réalisation, à mettre entre toutes mains et en « vrai » format livre, ce qui rend la lecture plus agréable. Un tout petit point de détail, Coraline paraît bien âgée pour son âge, ou celui qu’elle devrait avoir, mais il est vrai que les jeunes lecteur(trice)s n’aiment guère s’identifier à des enfants…

-- Hélène

Éditions Au diable Vauvert
186 pages – 18 €
ISBN 978-2-846261-9-51

vendredi 5 juin 2009

Vampire Chronicles - La Légende du roi déchu II

Le roi déchu des vampires est menacé de toutes parts. Il est parvenu néanmoins à s'attacher une alliée fidèle en la personne de Laetie, une dhampire. Et chose plus étonnante encore, la femme investie du pouvoir du cygne noir, entité ennemie jurée de notre héros, vient de lui proposer, elle aussi, une alliance pour le défendre contre dhampires et vampires. Affaibli, il n'a guère le choix mais cette coopération risque bien d'être mise à mal avant même qu'elle ne porte ses fruits car les adversaires ne sont pas décidés à lâcher prise. Laetie, qui joue les gamines, n'est pas non plus ravie de la tournure que prennent les évènements.
Poursuite de la surprise de fin du premier volume et nouveaux rebondissements dans celui-ci avec notamment un approfondissement de certains personnages et l'arrivée d'un nouveau qui change de beaucoup la donne. Kyô Shirodaira accélère les manœuvres et la série ne va pas prendre un tour répétitif visiblement. Le dessin est assez détaillé, très propre et la mise en page de Yuri Kimura pleine de mouvement. Les personnages sont mignons et les auteurs s'appuient énormément sur Laetie, la gamine de 67 ans exubérante et ronchonne, pour introduire un peu de comique de situation et basculer dans des phases de caricature.

-- Maël Idelson

Éditions Ki-oon
Scénario: Kyô Shirodaira
Dessin: Yuri Kimura
208 pages – 6,50 €
ISBN : 978-2-3559-2068-4

"Trois fois plus loin" de Jérôme Camut et Nathalie Hug

Un roman « endémique » !
Pour résumer l'histoire, nous suivons sur un intervalle d'un demi-siècle l'épopée en Amazonie de plusieurs « Aventuriers ». Les premiers, à la recherche du secret de singes silencieux et les autres... pour d’autres motifs, recherches de diamants, drogues, parents… Faites votre choix. À part les extraterrestres, il y en a un peu pour tous les goûts. Cela ressemble à un croisement entre Indiana Jones et un mauvais trip sous acide.
Les héros sont bien fatigués et cela se sent.L'héroïne principale est une femme immature qui dirige une équipe de cueilleurs de plantes rares. Comment vu son caractère et ses erreurs systématiques de parcours s'est-elle retrouvée là ? Bah ! Ce n'est pas grave. Le roman zappe sans arrêt de longs dialogues à de courtes scènes d'actions très vite éludées, ou des explications encore plus rapides. Aucun des héros n’inspire la moindre sympathie. Dommage !
Le lecteur se retrouve brinquebalé presque à travers tout le globe, comme dans un Hilton, mais tout se ressemble : bidonvilles, zones désertiques avec ou sans verdure, hôtel, villas de grand luxe. Ajoutez quelques tournures de phrases intéressantes. Du genre « les griffes de grands prédateurs comme des crocodiles » ou bien des phrases si longues ou alambiquées qu'à la fin, il faut les relire pour les comprendre... Exemple « D'ailleurs, quand il lui demande de décharger son arme, Nina attrape sans piper mot le Double Eagle glissé contre ses reins. Elle désengage le chargeur de son logement tout en se félicitant d'avoir armé le Colt avant d'arriver et suit son interlocuteur dans la voiture, les yeux fixés sur lui ". Y aurait-il encore une balle dans l'arme et le type, un professionnel responsable de plusieurs meurtres n’aurait-il pas été assez futé pour vérifier un tel détail ? Comment a-t-il fait pour réussir à vivre jusque-là ? D’ailleurs comment la majorité des personnages a-t-elle réussi à faire de même ?
Pourquoi avoir écrit que ce roman est endémique ? Si vous en avez le courage, comptez combien de fois ce terme est utilisé dans ce livre et vous comprendrez ! Au fait pourquoi, les singes se taisent-ils ? Pas grave. De toute façon, à la fin, plus personne ne s'en soucie..."

-- Philippe Halvick

Éditions Calmann-Lévy
Broché 377 pages - 17 €
ISBN-13 978-2702139905