vendredi 31 juillet 2009

"GiG" de James Lovegrove

Mik est un chanteur. Kim est une fan. Deux personnages, deux histoires qui se croisent. Et donc, deux novellas réunies chacune d'un côté d'un même livre, sans que rien n'indique de sens préférentiel de lecture.
Mik Dyer, donc, est un chanteur. Mieux que ça : c'est le leader d'un groupe, chanteur, guitariste, auteur et compositeur. Son groupe God Dog est, au long de cinq albums, devenu culte. À la fin de la tournée mondiale liée à la sortie de leur nouvel album, God Dog revient dans la ville de ses origines, Rotor City, Angleterre.
Kim Reid est la plus ardentes des fans de Mik. Elle s'habille comme lui, se coiffe comme lui. Elle est prête à tout pour s'approcher de son idole, justement à Rotor City qu'elle n'a jamais quitté.
Pour Mik, c'est un retour aux sources au goût doux-amer, qu'il entreprend dans un but bien précis. Pour Kim, c'est une épiphanie et une descente aux enfers en même temps. Car elle a une mission.
Voilà pour le fond. Pour la forme, Lovegrove s'est beaucoup amusé avec Mik/Kim. Un peu à la manière d'un George Perec (la référence est assumée), il a truffé ses novellas de jeux de mots, palindromes et anacycliques. En pratique, cela signifie qu'un grand nombre de lieux, noms, personnages, même les titres de chapitres peuvent être lus dans les deux sens et se répondent. Ainsi Rotor City, Elliville, les jumeaux Noël et Leon Hannah, le Dr. Awkward, etc. Même Mik et Kim, qui sont, à un Y près, l'opposé l'un de l'autre.
La plume de Lovegrove est plaisante, le sujet est intéressant, et la façon dont les novellas se répondent l'une l'autre est vraiment sympathique. Kim est dans l'action alors que Mik est plus descriptif, contemplatif : j'ai lu Mik en premier, mais je conseillerais plutôt de commencer par Kim. Ceci étant, ce n'est pas bien important, c'est suffisamment bien fait pour que les deux sens de lecture soient gratifiants.
En revanche, les jeux de mots ont tendance à parasiter la lecture pour pas grand'chose. On a parfois de pleines pages pour mener à une liste de palindromes qui tombent là comme autant de cheveux sur la soupe. C'est lassant et assez pénible à la longue, surtout quand on se rend compte que des éléments de background ne sont pas là pour donner de la texture mais uniquement pour permettre à l'auteur de placer un jeu de mots.
En ce qui me concerne, un bilan en demi-teinte, donc. Dommage, parce que la présentation, la maquette intérieure, ou encore la traduction sont de très bonne qualité.

-- Fifokaswiti

Éditions Griffe d'Encre
364 pages – 20 €
ISBN : 978-2-917718-10-0

mardi 28 juillet 2009

"Trames" de Iain M. Banks

Est-il nécessaire de présenter Iain M. Banks et le cycle de la Culture ? Le premier est écossais, écrivain, et alterne les romans mainstream avec la science-fiction. Pour bien dissocier les deux, il signe Iain Banks sans M. les romans de littérature blanche et Iain M. Banks ceux de SF. En SF même, il alterne aussi entre des romans autosuffisants et la Culture.
La Culture, c'est une civilisation humanoïde, plutôt un agrégat anarchique, plus ou moins homogène de quelques dizaines de civilisations humanoïdes qui ont comme point commun d'avoir dépassé le stade d'une économie basée sur la rareté. En clair, quand tout est abondant, des concepts comme l'argent, la richesse ou la pauvreté sont obsolètes. Une autre caractéristique fondamentale de la Culture est d'accorder pleinement sa citoyenneté aux intelligences artificielles ; de fait, elle est globalement dirigée, si tant est qu'on puisse diriger quelque chose comme la Culture (qui ignore la notion de gouvernement et trouve amusante celle de centralisation), par ses Mentats, les puissantes IA au cœur de ses habitats et vaisseaux. Banks a abondamment décrit la Culture, ou plutôt ses relations avec ses voisins immédiats, au cours de six romans.
Trames, donc, ou Matter puisque c'est en version originale que je l'ai lu, est le septième de la série, et pour une fois se consacre surtout à des évènements qui ont lieu en dehors de la sphère d'influence de la Culture.
Sursamen est un monde-gigogne ; un Shellworld, soit un monde artificiel, immense, construit on ne sait pourquoi il y a des centaines de millions d'années par une race aujourd'hui disparue. En pratique, c'est une sphère, creuse, dotée de niveaux que des extraterrestres entreprenants ont aménagés en habitats, les dotant notamment de petits soleils thermonucléaires accrochés aux plafonds. Les huitième et neuvième niveaux sont habités par les Sarl et les Deldeyn, des races humanoïdes au niveau technologique oscillant entre la Renaissance et la Révolution industrielle. Ils sont, surtout, en guerre. Pendant une bataille cruciale, Hausk, le roi des Sarl est assassiné par son bras droit tyl Loesp. Le prince Ferbin, présumé mort au combat mais en réalité témoin du meurtre de son père, prend la fuite. Son frère cadet Oramen est donc propulsé héritier du trône ; tyl Loesp est nommé régent en attendant sa majorité et entend bien qu'il lui arrive un regrettable accident d'ici là.
Ferbin, donc, fuit, accompagné de son valet Holse. Leur objectif : remonter jusqu'à la surface de Sursamen, et là demander aux Nariscene, la race insectoïde en charge de Sursamen, d'intervenir. À défaut, Ferbin demandra à rejoindre sa demi-sœur Djan Seriy, qui a été « vendue » à la Culture en échange d'un transfert de technologie.
On pourrait donc croire que Trames est l'histoire d'une vengeance, d'héritiers légitimes du trône, et de guerres vaguement médiévales. Ce ne serait pas totalement faux, mais ce serait ignorer la dimension la plus intéressante du livre, qui est celle de zoom arrière. Par rapport aux romans précédents : la Culture n'est qu'une civilisation galactique parmi d'autres. Par rapport aux personnages : tout comme Sursamen a une structure en oignon, l'organisation de Sursamen et de la galaxie autour est en couches, en sphères d'influence imbriquées les unes dans les autres. Les Sarl sont dans la sphère d'influence des Oct, eux-mêmes sous tutorat des Nariscene, qui répondent aux Morthanvelds, qui sont de niveau comparable à la Culture voisine. Par rapport à l'intrigue surtout : à chacun de ces niveaux, les gens et les civilisations complotent, manipulent, tirent des ficelles.
On pourra reprocher à Banks d'avoir parfois cédé à la facilité, notamment avec le personnage de Holse (qui est un peu à Ferbin ce que Sam est à Frodon dans un autre roman célèbre). Ou encore que le rythme est mal équilibré entre l'intrigue générale (au déroulement un peu lent) et son dénouement (très rapide). Qu'importe ! C'est vaste, c'est immense, c'est formidablement bien écrit, c'est bourré de clins d'œil amusants (la palme revient aux Oct). On est émerveillé par les structures politiques mais aussi physiques que Banks imagine. Au final, on passe un très, très bon moment à explorer Sursamen et ses environs. Banks est une valeur sûre, et ce n'est pas Trames qui prouvera le contraire.

-- Fifokaswiti

Éditions Robert Laffont
Coll. Ailleurs & Demain
600 pages

ISBN : 978-2-221-11133-8

dimanche 26 juillet 2009

"Siècle d'enfer" de Frédéric Castaing

« Ils sont venus me chercher à midi, après notre match contre ceux du bâtiment C. » C'est comme ça que commence Siècle d'enfer, roman difficile à catégoriser. Le narrateur — on ne connaîtra jamais son nom, aussi appelons-le Vendredi, c'est le pseudonyme qu'il se choisit — est un jeune homme qui a vécu toute sa vie, du moins aussi longtemps qu'il s'en souvienne, dans un « camp. » Quelle sorte de camp ? Difficile à dire ; on sait tout juste qu'il y a appris à nager, au point de participer à des compétitions, et à jouer aux jeux vidéos, suffisamment pour gagner sa vie en aidant de riches étrangers dans des jeux en ligne. Il y a aussi acquis la vocation d'écrivain.
En l'occurrence, « ils » sont venus le chercher pour le libérer. Relâché dans un monde violent et exubérant, où la pauvreté la plus extrême cohabite avec la bourgeoisie la plus absurde, Vendredi va graviter dans le monde des associations, participer bien malgré lui à des luttes de pouvoir, et peut-être apprendre qui il est.
Dit comme ça, ça fait un peu bateau. Ce n'est pas grave. Car au fond, ce qui est intéressant dans Siècle d'enfer, ce n'est pas son histoire. Plutôt la trame. Et le style.
La trame : c'est un futur proche, peut-être vingt ans, pas plus. Sans doute moins. En tout cas, c'est d'un futur dystopique dont il s'agit là, un monde où tout ce qui va mal dans notre société (le roman se situe en France, principalement à Paris) est accéléré, exagéré, multiplié vingt fois. Les pauvres sont très pauvres, et nombreux ; les riches sont très riches, et rares ; les syndicats obsolètes se sont transformés en associations militantes aux noms bien-pensants, « anticapitalismedurable.com » ou « Économiesolidaire », et bien sûr « Gagnant-Gagnant le Train de la Relève », qui veut donner une nouvelle chance aux victimes des délocalisations en les expatriant en Europe de l'Est, où de nouvelles usines s'installent quotidiennement. C'est souvent sarcastique, parfois drôle, plus souvent grinçant. Castaing a l'humour noir, méchant. Il gratte là où ça fait mal, et tout le monde en a pour son grade, depuis les patrons voyous jusqu'aux militants bobos, en passant par les intellectuels fats : le musée d'Orsay revend ses chefs-d'œuvre anciens pour acheter des sculptures modernes et ridicules ; les salles d'expositions égyptiennes du Louvre servent le soir à des cours de tango.
Le style : nous avons là le journal intime de Vendredi. Lequel, malgré son ambition d'être le nouveau Flaubert, est un piètre narrateur : le verbe est cru, la langue est pauvre, les descriptions au mieux elliptiques. Vendredi ne s'embarrasse pas de détails : s'il voit quelqu'un portant un béret, il va simplement écrire « un béret est au coin de la rue ». Souvent il fait des raccourcis, omettant par exemple de dire que des personnages arrivent avant d'expliquer ce qu'ils font. Le résultat est déroutant au premier abord, mais très dynamique, très immersif ; on est directement plongé dans l'imaginaire du héros, dans ses rêves et dans sa conception de la réalité, qui n'est pas particulièrement rose (l'un de ses premiers actes d'homme libre est de se payer une prostituée). À cet égard, le roman m'a beaucoup fait penser à Voyage au bout de la nuit de Céline ; référence assumée puisque la première phrase en est recopiée par Vendredi, excédé par son incapacité à écrire son roman.
Dans tout ça, il y a quelques longueurs ; le fin mot de l'histoire n'est guère surprenant – il n'y a guère que Vendredi pour ne pas l'avoir deviné – et, généralement, l'intrigue sur les origines du héros m'a laissé froid. Pour autant, j'ai beaucoup aimé ce Siècle d'enfer, grâce au regard sans concession qu'il porte sur nos travers et surtout grâce à l'impressionnante maîtrise dont fait preuve Frédéric Castaing dans son art.

-- Fifokaswiti

Éditions Le Diable Vauvert
336 pages – 18 €
ISBN : 978-2-84626-203-3

samedi 18 juillet 2009

"L’invité malvenu" de Barbara Hambly

Kyra la Rousse entend bien passer les épreuves requises pour être admise parmi les mages. Ce n’est pas pour rien qu’elle a quitté sa famille, à la fois de façon délibérée mais aussi chassée par son père, Gordam Peldyrin, riche bourgeois d’Angelshand. Il n’est pas aisé, en effet, de faire carrière avec une fille qui s’obstine à la magie, surtout quand on s’est chargé d’envoyer au bûcher Tibbeth, le mage qui l’instruisait.
Seulement, voilà, en recevant une lettre de sa sœur, la jeune Alix, lui apprenant son mariage proche, Kyra ne peut s’empêcher de le relier à tous les présages de mort apparaissant depuis quelques temps dans ses pratiques. Aussi, pleine d’inquiétude, prend-elle le risque de s’inviter aux noces de sa sœur, quitte à braver son père pour cela.
C’est peu de dire qu’elle est mal accueillie, malgré la joie de sa sœur, car Gordam n’entend pas qu’elle lui cause la moindre honte.
Et pourtant, en dépit de son désir de passer inaperçue, comment ne serait-ce pas le cas ? Non seulement Kyra est assez maladroite, mais se vêtir des robes trop habillées de sa sœur ne lui facilite pas la vie. Rechercher dans tous les recoins de la demeure un sortilège lorsqu’on a aucune idée de sa nature n’aide pas non plus. Quant à repérer le mage qui en serait l’auteur, autant chercher une aiguille dans une botte de foin, car les seuls que l’on tolère encore en ville adoptent un profil plutôt bas. Cependant, elle doit trouver, il le faut absolument, car elle est désormais certaine qu’Alix mourra au cours de sa nuit de noces. Alors, le mariage sera retardé jusqu’à ce qu’elle trouve, et elle ne va pas lésiner sur les grands moyens.
Qui pourrait être assez malfaisant pour nuire à cette jeune fille jolie et charmante ? Un marchand rival qui aurait pris ombrage de cette alliance de fortunes ? Une femme jalouse du fiancé ? Pourtant, l’apparence rustique du pauvre Blore Spenson ne parle pas en sa faveur, mais il est tellement riche ! D’ailleurs, ce n’est pas un mauvais garçon et il va finir par aider Kyra dans ses recherches. Seulement quand ils vont trouver, les difficultés commenceront à peine…
Barbara Hambly possède un don particulier, une manière de débuter ses romans d’une façon toute gentillette qui prêterait presque à sourire. L’impression que l’on entre dans un roman à l’eau de rose qui, sans que l’on s’en aperçoive le moins du monde, glisse l’air de rien dans tout autre chose. Cette histoire-ci touche à peine à la fantasy et elle n’a pas l’étoffe du Cycle de Darwarth ou du remarquable Fendragon mais, en dépit d’une traduction désolante, j’ai pris grand plaisir à la lire. C’est pourquoi je n’hésite jamais devant un nouveau livre de l’auteur et, cette fois encore, je n’ai pas été déçue.

-- Hélène

Éditions Le Livre de poche
443 pages – 7,5 €
ISBN 978-2-253-11693-6

mercredi 15 juillet 2009

"Le Palais adamantin – Les Rois-dragons I" de Stephen Deas

Ce n’est que tous les dix ans que change l’Orateur des Royaumes, avec l’accord de l’ensemble des rois et reines-dragons qui, si l’un d’entre eux s’oppose au choix de son prédécesseur, procèdent à son élection.
Mais il ne s’agit pas simplement d’un titre anodin car l’Orateur représente le pouvoir des alchimistes et, de fait, la plus haute autorité de l’Empire. Ces alchimistes qui ont su, en réduisant à l’obéissance les dragons qui décimaient l’espèce humaine, faire de ceux-ci une force à sa disposition. Aussi, le pouvoir se mesure-t-il désormais au nombre de dragons que possèdent les souverains et Sheriza, reine-dragon de Sable et de Pierre, promise au titre d’Oratrice, n’est-elle pas la moindre d’entre eux.
C’est donc rien moins qu’un cadeau réellement royal qu’elle s’apprête à faire au prince Jehal, fils de Tyan, roi de l’Océan Infini, le futur époux d’une de ses trois filles : Lystra, la plus jolie et la plus jeune.
Ce n’est pas vraiment le gendre idéal pourtant puisque l’on prétend qu’il empoisonne lentement son vieux père, atteint de démence sénile, et aurait assassiné la reine des Moissons, Aliphera. Et Jehal est effectivement un assassin, et des plus ignobles, mais ce n’est pas sa maîtresse, Zafir, la fille même d’Aliphera qui témoignerait contre lui. Elle l’aiderait plutôt, en dépit de la jalousie qu’elle voue à la future promise.
Et ce n’est pas la seule aide qu’il puisse attendre. Il va également recevoir un curieux et précieux cadeau (d’appel ?) des riches marchands Taiytakaei qui ne souhaitent rien tant que la possession d’un de ces dragons qu’ils redoutent par-dessus tout.
Seulement, les royaumes ne se dirigent pas avec le cœur et tous les coups sont bons pour y prendre l’avantage. Rude épreuve donc pour Sheriza que la précieuse dragonne blanche, sa « parfaite », prévue en cadeau de noces, ait disparu pendant le voyage. Qui serait assez fou pour tenter de l’enlever ?
Mais si elle n’avait pas été enlevée ? Et si, surtout, privée de la drogue des alchimistes, elle recouvrait sa nature sauvage et s’affranchissait du joug des chevaliers-dragons ? Hypothèse que nul ne peut encore envisager.
Aussi, tandis qu’au palais adamantin, siège de l’Orateur Hyram, se nouent de tortueuses intrigues pour le pouvoir, Jaslyn, fille de Sheriza, est-elle envoyée à la recherche de cette précieuse monture.
De la fantasy consacrée aux dragons, certes, mais tout à fait bien menée. Rien de convenu ici. De vrais caractères, de vraies intrigues… Bref, si jusqu’à ce jour j’ignorais tout de Stephen Deas, la surprise a été totale et j’ai lu ce premier tome avec un vif plaisir, plaisir qui eût été d’autant plus vif si j’avais pu, dans la foulée, me procurer aussitôt le tome suivant. Mais non… il faut attendre… et il y en a apparemment pour un moment. Je déteste attendre !

-- Hélène

Éditions Pygmalion
357 pages – 19,90€
ISBN 978-2-7564-0232-1

lundi 13 juillet 2009

"Sans cœur, sans âme" de Philippe Halvick

Le livre s’ouvre sur la chronique de la guerre contre les Paladins de Rortuild rédigée par Wyddsec, scribe impérial. Et il s’agit, certes, d’un ennemi redoutable que le royaume de Rortuild, car ces paladins sont immortels et guérissent spontanément des blessures infligées comme des dommages de l’âge, ce qui leur ajoute, si besoin était, une maîtrise des armes peaufinée par des centaines d’années d’expérience.
Il est donc peu de dire que c’est sans grand espoir que l’armée impériale, malgré une remarquable coalition d’un ensemble de races disparates, marche à leur rencontre.
Et tout se passe comme prévu : cette immense armée est rapidement décimée alors même que les paladins, en petit nombre et quoiqu’hérissés de flèches, poursuivent une offensive victorieuse. Oui mais, soudain, tout bascule… et l’invincible armée périt en quelques instants, quasiment anéantie par un sort mystérieux autant qu’inattendu. Il ne reste plus grand-chose d’eux dans des armures quasiment vidées.
Or il se trouve que, de façon tout à fait incompréhensible, deux d’entre eux ont survécu et, si bouleversés soient-ils, n’ont d’autre idée que leur devoir : en informer la Citadelle.
Commence une marche périlleuse qui va les conduire à retrouver celle-ci livrée aux flammes de l’incendie et au pillage des soldats impériaux. Pire, ils vont découvrir par quelle funeste traîtrise les leurs ont péri. Mais, puisqu’eux au moins en ont réchappé et que la précieuse statuette qui contient leur cœur n’est pas encore détruite, ils n’ont plus d’autre choix que de partir à sa recherche.
Ils découvriront en chemin des interlocuteurs bien étranges et des compagnons qui ne le seront pas moins. C’est ainsi que notre héros à l’âme simple va s’encombrer d’une guerrière barbare Koadalan qui, elle, a perdu son âme et sa santé, mais pas sa férocité, et qu’avec son aîné, Syghold, il va voyager comme mercenaire avec une troupe de commerçants saltimbanques, avant de rencontrer un elfe noir. Et en route pour de nouvelles aventures !
Pour changer de ses aventuriers malchanceux, Philippe Halvick aborde cette fois aux rivages de la fantasy. Pour autant, c’est là de la fantasy « pour rire », écrite avec le même amusement contagieux qui caractérise les romans de l’auteur. Ses héros ne sont jamais de tout-à-fait-vrais héros, pas de ceux que leur destin préserve de toute embûche et qui finissent en raflant la fortune ou en épousant la princesse. Pourtant, il leur accorde suffisamment de tendresse pour qu’ils s’en tirent toujours, pas forcément mieux qu’ils ont commencé mais saufs…
Pas de prétention, pas de grandes envolées, juste le livre amusant de l’été, sous une jolie couverture due à Maz Coudray, et c’est tout ce que l’on demande en vacances…

-- Hélène

Éditions Quid novi ?
295 pages – 19€
ISBN 9-782952-258661

dimanche 12 juillet 2009

"Tancrède" d’Ugo Bellagamba

Il s’agit là, c’est affiché en sous-titre, d’une uchronie inspirée des croisades, d’une part, et des amours contrariées de Tancrède et Clorinde d’autre part. Du moins de l’opéra qu’en a tiré Campra. Mais le propos de l’auteur est tout à la fois léger et ambitieux. Ce n’est qu’une histoire : celle du jeune croisé normand, Tancrède de Hauteville, en route vers Jérusalem pour délivrer le tombeau du Christ au sein de l’armée de son oncle Bohémond. Nous voilà donc partis à la suite de ce très jeune homme si plein de piété qu’il est prêt à tuer le moindre païen avec une belle foi toute neuve et toute la charité et l’amour que l’on peut attendre dans une si noble cause.
Malheureusement, il est rare qu’un tel enthousiasme juvénile ne soit pas très rapidement douché par les réalités pratiques et la première va le toucher directement à travers son oncle si superbe et si plein de foi. Parce que Bohémond, arrivant à Constantinople après sa victoire à Amalfi, va rendre hommage à l’empereur Alexis Comnène. Pour Tancrède, il s’agit d’une véritable forfaiture : sa foi est trop pure pour s’accommoder d’une diplomatie qui, il le pressent déjà, n’est que le prétexte d’appétits très matérialistes. Aussi, se détournant de son oncle, part-il avec d’autres chevaliers vers Nicée, rejoignant en cours de route les troupes de Godefroy de Bouillon sur la vertu duquel il va reporter tous ses espoirs. Hélas, ce ne sera pas aux mains des croisés que tombera Nicée, mais dans celles de l’empereur qui recueillera sans coup férir le prix de leur courage. Alors, avec un groupe plus réduit encore, Tancrède va partir en avant, jusqu’à Tarse où, plutôt que se défendre, les habitants vont lui envoyer un vieillard philosophe pour négocier la reddition de la ville contre leur vie et Tancrède va promettre. Hélas, l’honneur d’un chevalier ne dépend pas de lui seul, mais ce lien de fidélité qui l’attache encore à ses compagnons est devenu extrêmement fragile. Il se rompra après les horreurs commises à Maara.
Or, pendant que s’effondrent toutes ses valeurs, la réputation de sa vertu a grandi chez les infidèles qui ont perçu la force de son engagement. En dépit de leurs approches, il va pourtant mettre longtemps à trahir les siens. Et il ne les trahira qu’au nom de son amour de la paix car il a découvert que même, et surtout, s’il est commis en son nom, son Dieu est sans doute lassé de ce nouveau massacre des Innocents.
C’est au Mont des Oliviers qu’il rencontrera Gaston de Béarn, l’Ami et le soutien tellement espéré, dans sa nouvelle quête dont il ne sait pas bien où elle le conduira.
Un chemin où il rencontrera aussi l’amour de Clorinde et sa maîtrise des armes, mais je ne vous en dirai rien de plus.
L’écriture d’Ugo Bellagamba est érudite et fluide et l’on suit donc Tancrède avec plaisir dans "ce qui aurait pu être" cependant que, avec un doigté très léger, l’auteur nous invite à repenser les rapports noués entre les peuples qui bordent la Méditerranée et le peu qui suffirait à les changer.
Le livret du Tancrède de Campra, écrit par Danchet, complète la postface de ce roman d’histoire-fiction, petite impertinence supplémentaire, et envers ceux des amateurs de SF qui ne jurent que par les sciences dites dures, et envers ses détracteurs qui s’effrayent au seul mot d’imaginaire. Mais cette croisade-là en est à peine à ses commencements.

-- Hélène

Éditions Les Moutons électriques
Collection la Bibliothèque voltaïque
255 pages – 23 €
ISBN 978-2-915793-73-4

mercredi 8 juillet 2009

"Le Champion d’Olympie" de René Guillot

C’est en tant qu’esclave, et esclave fouetté, que Donar-Kong, le blond viking, fils d’Uric le Maître des vents, débarque à Corinthe. Inutile dire qu’il n’entend pas du tout être conduit le soir même à la maison de Dromon, son « propriétaire » même si, ayant épargné un accident à celui-ci, il peut en espérer quelque mansuétude.
Sa première décision va donc être de s’enfuir et cette nouvelle tentative va réussir. Mieux, un très heureux hasard va lui permettre de se débarrasser d’une tenue qui l’aurait fait repérer. En effet, il n’a pas été le seul rescapé du naufrage dans lequel il a tout perdu : son serviteur et compagnon, Bormo, a lui aussi survécu pour se retrouver aux mains de Crétois vendeurs d’esclaves. Le fugitif va donc trouver un refuge momentané dans la cabane de berger de Bormo. Il va y trouver aussi vêtements et nourriture avant de repartir.
Mais, comble de malchance, ou par chance, déboulent sur son chemin deux jeunes filles dont l’un des chevaux s’est emballé. Pourrait-il ne pas intervenir ? C’est ainsi qu’il va se faire tout à la fois une amie reconnaissante et un ennemi mortel puisque un soupirant de la jeune fille, ayant assisté de loin à la scène, n’apprécie pas spécialement ce sauvetage par un va-nu-pieds et, moins encore, d’être durement corrigé par celui-ci puis rabroué par son amie.
La charmante enfant se nomme Phérénice et elle ne peut faire moins que de ramener celui qui l’a sauvée chez elle et, aussi, puisque tous deux apprécient les chevaux, le présenter à son frère Calliste. Les deux adolescents vont immédiatement sympathiser. C’est ainsi que Donar-Kong va rencontrer leur grand-père… Dromon. Mais Dromon, tout à la fois capable d’évaluer le caractère et les capacités de l’esclave fugitif, plutôt que de l’affranchir par reconnaissance, va le mettre à l’épreuve auprès de ses chevaux.
Aussi, finalement, le jeune celte sera-t-il amené à conduire son quadrige aux Jeux d’Olympie, en dépit des traquenards tendus par Mulion, son rival.
René Guillot est un conteur. Son héros est donc un peu trop « mythique » pour être tout à fait crédible. D’une certaine façon, il joue un rôle de catalyseur révélant les caractères sur son passage. Il passera dans la vie des personnages comme un météore, les amenant à aller jusqu’au bout de ce qu’ils sont, mais sans achever leurs histoires. Amour, amitié n’auront été que des étapes dans une construction qu’ils devront achever eux-mêmes, tant il est vrai que ce ne sont pas tant les circonstances de la vie qui vous construisent mais la façon dont on y répond.
Alors, bien sûr, si vous pensiez qu’il y a là un peu trop de hasards, heureux ou malheureux, ce ne serait qu’aveuglement dû aux dieux, puisque nous savons bien que les héros sont toujours sous leur protection. Un joli conte pour une jolie leçon de vie.

-- Hélène

Éditions Thierry Magnier
164 pages – 8,50 €
ISBN 978-2-84420-437-0

vendredi 3 juillet 2009

"La Brume des jours" d’Anne Fakhouri

Clara, enfant du Clairvoyage, a franchi la Brume des Jours, le passage entre deux mondes. La voilà au pays des fées où elle doit retrouver sa tante, gardée prisonnière.
De grandes aventures l’y attendent, de terribles combats également qu’il lui faudra livrer non seulement contre les autres, mais aussi et surtout contre elle-même. Car Clara devra s’engager pleinement, faire des choix, apprendre tout autant à renoncer qu’à accepter : Clara n’aura pas d’autre alternative que quitter le doux refuge de l’adolescence et mûrir. En fait, le séjour dans la Brume des Jours sera son parcours initiatique.

Dans cet ouvrage, suite du récit commencé par Le Clairvoyage (en tome I), Anne Fakhouri invente un monde imaginaire où les fées côtoient sorcières, lutins ou encore sirènes. Ce cadre n’est cependant pas aussi féerique qu’il pourrait sembler de prime abord, les impressions y sont souvent trompeuses. Il en va de même du propos de l’auteur qui pourrait sembler léger, comme un conte destiné aux tout jeunes enfants. Pourtant, au delà de « la brume des mots », ce sont de graves réflexions qui nous sont livrées, telle la prise de conscience que nos choix engagent notre vie, tel le dépassement de ses peines profondes, tel le courage d’aller jusqu’au bout, d’affronter ses peurs, de s’affronter soi-même.
L’ensemble se laisse lire agréablement.

Le ton est tour à tour drôle, poétique, grave… à l’image de la vie.

-- Psyché

Éditions L’Atalante
Collection jeunesse
315 pages – 16 €
ISBN 978-2-84172-459-8

mercredi 1 juillet 2009

"Le Fils de nulle part" de Sean Stewart

Voilà qui était une bonne idée : pour changer, l’histoire ne démarrerait pas du début mais de la fin. Non, pas un conte qui remonterait le temps, mais bien qui nous dirait le contenu réel de la formule traditionnelle « et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».
Quoiqu’en dise trompeusement le titre français, le héros, Mark Bouclier, n’est pas le fils de nulle part mais bien celui de personne (Nobody’s son), ce qui sera abondamment répété au long du roman. Et qui sera tout aussi trompeur car, même s’il désavoue son père qui l’a abandonné, Mark l’a suffisamment connu pour souffrir de son départ.
C’est ce qui explique qu’au cours de longues années il aura appris à se battre, à ruser, bref, à devenir « quelqu’un », celui qui sera capable de braver la malédiction du Bois des Spectres et d’en réclamer récompense auprès du roi.
Et, tradition oblige, la récompense qu’il réclamera sera la plus jeune des princesses laquelle, au grand dam de son père, en paraîtra tout à fait satisfaite. Ainsi, personnages et situations sont-ils en place comme ils doivent l’être : le berger, le forgeron, le paysan, le plus jeune fils (cocher la case appropriée)… épouse la fille du roi. Pour autant, que deviennent ces couples que tout sépare depuis le berceau ? L’imagination, qui fait toujours l’impasse, admet tacitement que chacun fera une partie du chemin. C’est ce qui va se passer ici. Mark recevant l’aide de la princesse Gail, et plus encore de sa servante Lissa qui, elle, a le sens des convenances, pour se garder d’un dangereux rival et faire des terres qui lui ont été données un duché digne de ce nom.
Pourtant, rien ne va lui être facile car Mark, en brisant le maléfice du Bois, a également délivré tout ce qu’en abritait le cœur malveillant. Aussi devra-t-il repartir vers ce Donjon rouge, où il avait été victorieux, pour le retrouver en ruine et y affronter une épreuve à laquelle il ne s’attendait pas, bien qu’elle fût celle qu’il avait toujours cherchée sans le réaliser vraiment. Du moins, cette fois-ci, recevra-t-il une aide inespérée.
Rien que de très satisfaisant donc. Hélas, l’auteur n’évite pas un écueil que rencontrait déjà Eddings en écrivant la Belgariade. Sans doute n’est-il guère d’auteurs de fantasy vivant de nos jours à la cour des princes, et pas davantage de lecteurs mais il est d’usage que les princes comme les villageois s’y expriment comme on l’attend d’eux. Et qu’il n’y ait pas de confusion possible. Bref, l’éducation n’étant pas un don du ciel mais un acquis, on pouvait espérer que le langage de Mark évolue en même temps que sa destinée.
De même, on peut également espérer, lorsqu’on ouvre un livre, pouvoir le lire sans être perpétuellement distrait par une orthographe qui franchit allègrement les lisières de la fantasy ou de découvrir au tournant d’une ligne que l’héroïne, Gail, est devenue Fail pour changer.
Ce qui oblige à mettre un bémol à un livre pourtant plein de qualités, à la fois par son sujet et par les qualités d’imagination et de conteur de l’auteur. C’est quand même dommage.

-- Hélène

Éditions Mnémos
270 pages – 22 €
ISBN 978-2-35408-043-3